AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  


Partagez | 
 

 Mélissande

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Mélissande
Gentille petite Chronophage ❣

avatar

Place dans l'échiquier (click ?)

MessageSujet: Mélissande   Jeu 24 Mai - 21:02

    C'est vrai qu'elle disait souvent
    qu'elle voulait arrêter le temps
    arrêter le monde quelques secondes







[Seuls les administrateurs ont le droit de voir cette image]

© Izayoi Sakuya

Nom : LeCoultre. Enfin, en réalité, mes souvenirs à ce sujet sont étrangement très flous. J’ai ce nom en tête quand je pense à ma famille, mais j’ignore si c’est réellement le mien, ou juste le nom de l’atelier où travaillaient mes parents.
Prénom(s) : Mélissande. Et hum... pas de diminutif s'il vous plait, je n'aime pas trop ça.
Sexe : Féminin, soutenir autre chose me paraît être une position difficilement défendable.
Rang :
Orientation sexuelle : Est-on jamais vraiment sûre? Enfin, hétérosexuelle je pense, si je me réfère aux personnes avec qui je suis sortie jusqu'à maintenant.
Âge : 18 ans, 4 mois, 12 jours, 2 heure... 33 minutes et 23 secondes au moment où je vous parle.
Origines : Je viens de Suisse, de la montagne. Mais je n'ai jamais vraiment pu en profiter.




Divinité servie : Oppse, si possible

Élu dominant : Normalement c'est la même chose que pour la divinité, on vous fait la surprise. Mais si vous désirez servir un Élu particulier, mettez son nom quand même, on sait jamais...

Grade : En temps normal vous commencerez en tant que Simple Pantin, mais si vous aspirez à un poste spécial mettez-le.

Arme(s) utilisée(s) : Aucune... je n'ai jamais eu l'occasion de me battre. Enfin, me battre, si, mais jamais contre quelqu'un. Et on n’a pas vraiment besoin d’armes pour lutter contre la maladie, juste de chance et de médicaments. Et de volonté.





L’apprentie de Chronos

Mon don, oui bien sûr, j’en ai un. Comme tout le monde, non? C’est vrai que ça fait un peu bizarre au début, mais on s’y habitue vite. Ça fait partie de nous. En tout cas, c’est l’impression que j’ai.
Le mien est assez simple à résumer: je contrôle les temps. Les temps, oui. Sur terre, je pouvais parler du temps au singulier. Ici, c’est un petit peu plus compliqué, c’est pour cela que j’emploie le pluriel. Normalement, sur terre, votre temps est en synchronosation avec le Temps. Vous vieillisez au fur et à mesure de son écoulement. Sur AJE, c’est un peu différent. Si vous êtes là depuis quelques mois, voire années, vous l’avez peut-être remarqué: ici, on ne vieillit pas. Votre temps est figé. Pourtant, le Temps en lui-même continue d’avancer, même s’il est sans doute un peu désordonné. Vous continuez à être blessé, et à guérir au fil des jours, si vous n’êtes pas mort. Les deux temps se sont séparés.
Ce qu’on appelle votre “horloge biologique”, l’état de votre métabolisme, l’effet que le temps a à l’interieur de vous, l’âge de vos cellules, de vos neurones, est ici statique, votre âge reste éternellement le même. C’est l’un des temps que je peux contrôler. Quelques années de moins, quelques années de plus, je peux changer votre âge. Le fonctionnement est assez simple. Comme une horloge arrêtée dont je pourrais avancer ou reculer l’aiguille pour indiquer une fausse heure, je peux dérègler votre “horloge biologique” pour vous vieillir ou vous rajeunir selon mes envies. Enfin, quand je dis, “selon mes envies”, j’exagère, bien sûr. Aujourd’hui, je ne peux que vous dérègler d'une dizaine d'années au grand maximum. A moins que vous ne soyez déjà vraiment très jeune, ou très vieux, c’est rarement un outil de défense très efficace, surtout qu’il me fatigue beaucoup. Si je change l'âge de quelqu'un d'un grand nombre d'années, il me faudra quelques jours pour récupérer avant de pouvoir utiliser mon pouvoir à nouveau. Mais bon, quand je suis arrivée ici, je ne pouvais vous faire changer que de quelques mois, alors je suppose que ça va continuer de s’améliorer au fur et à mesure.
Voilà, je contrôle donc “votre temps”. Mais si vous avez suivi, vous vous souvenez qu’il reste l’autre, le Temps exterieur, celui qui continue de s’écouler à un rythme presque normal. J’ai aussi une influence dessus. Mais elle est bien moindre, sans doute parce qu’il s’agit du Temps, dans son entièreté, et non le temps d’une seule personne, ou de n’importe quel autre être vivant d’ailleurs. Le fonctionnement de mon don sur le Temps est bien plus difficile que son application sur le temps de quelqu’un. Ce Temps-ci est comme un sablier. Rempli d’une multitude de grains dorés qui s’écoulent sans cesse par le goulot. Un sablier géant avec dans sa partie supérieure la réserve de sable, de secondes futures et dans la partie inférieure toute celles qui se sont déjà écoulées.
Vous avez l’heure ? Ouf, seulement. Merci.
Mon pouvoir, c’est d’entrer dans ce sablier, et de faire remonter ou descendre les grains de sable, les secondes. Les faire remonter pour remonter un peu le temps, les faire s’écouler pour le faire avancer un petit peu. Mais bien sûr, je ne peux pas controler tout le Temps de ce monde, ce serait bien trop large. Mon don ne s’applique qu’à des choses précises: un caillou, une fleur, un homme... je peux effacer ou ajouter des effets du temps sur eux, les éraflures, par exemple. Ça me permet d’utiliser mon don pour soigner. Comment ça ? Et bien… Imaginez que vous vous soyez blessé, et que la blessure se soit infectée. Il me suffit de remonter le Temps de quelques heures, voire jours pour pouvoir désinfecter la plaie à temps. Je peux aussi remonter en arrière si vous souhaitez pouvoir estomper une vieille cicatrice mal refermée. Revenir avant que vous ne soyez blessé, par contre, ne présente aucune utilité, parce que je ne peux pas empêcher la blessure de survenir. Je contrôle les effets du Temps sur l’apparence des choses et des êtres, pas les évènements qui l’ont altérée. De la même façon, si je remonte un peu le Temps, que vous êtes blessé, puisque je replace les secondes du sablier comme elles l’étaient au départ, vous vous retrouverez avec une marque plus ou moins bien cicatrisée, cela dépend de paramètres que j’ignore. Et inversement : si j’avance le Temps autour de vous de trois jours et que vous vous blessez, la plaie disparaitra quand j’annulerai mon don et que vous serez de nouveau synchronisé avec le Temps d’AJE, mais elle réapparaitra comme par magie trois jours plus tard.
Blessure à retardement… dans un roman policier, quelqu’un possédant ce genre de pouvoir pourrait sans doute commettre le crime parfait.
Mais bien entendu, ce n’est pas aussi simple. Vous vous souvenez de la métaphore du sablier ? Bien. Supposons que je veuille remonter le Temps. Il faut que je remonte les grains, les secondes. Alors une deux, dix minutes, d’accord. Mais… vous avez déjà entendu l’expression «être courbé sous le poids des années » ? Et bien, pour moi, ce n’est pas une expression. Les secondes, il faut que je les remonte, que je les porte, et que je les garde en hauteur. Ça pèse vite très lourd, des secondes, vous savez. Comme le sable. Je ne tiens jamais très longtemps. Et puis, ça s’écoule, le sable, de nombreuses secondes me filent entre les doigts quand j’utilise mon don. Je n’arrive pas encore bien à les retenir. Je ne dois pas encore maîtriser suffisamment mon pouvoir, certainement. Alors parfois, au lieu de remonter le Temps d’une semaine, il ne perd que quatre, cinq jours.
Grace à ce contrôle sur le Temps, mon don peut tuer. Ou plutôt, il peut vous faire revenir au moment de l'une de vos morts, si vous avez déjà vécu cette expérience sur l'échiquier. Mais c'est compliquer. il faut que je sache le moment exact où vous êtes décédé la dernière fois, et il ne faut pas qu'il remonte à trop longtemps, mon contrôle du Temps ne s'étendant qu'à quelques semaines tout au plus. Assez contraignant. De toutes manières, je ne suis pas particulièrement enthousiaste à l’idée de tuer quelqu’un. Même si la mort n’est ici qu’un phénomène temporaire, une vie, ça reste précieux, et aucune seconde ne doit être gâchée.
Pour en revenir à un détail technique, les secondes du Temps comme de votre temps retrouvent leur place initiale dès que j’annule mon don ou que je perds conscience d’une manière ou d’une autre, sommeil compris.






♪ Description physique



Me décrire physiquement? Vous avez des questions vraiment étranges, vous êtes en face de moi, vous devez bien le constater par vous même, non? Enfin bon, puisqu'il le faut... Mais donnez-moi l'heure d'abord, s'il vous plait. Merci.
Bon, par où commencer... Je ne suis pas particulièrement petite, pas particulièrement grande. Dans la moyenne européenne. Niveau carrure... Vous connaissez ces gens qui se vantent de ne pas avoir une once de graisse? Et bien moi, c'est un peu pareil. Sauf que c'est de muscles, dont je suis totalement dépourvue. Il faut dire qu'avec ma maladie, les occasions de pratiquer une quelconque activité sportive ne se présentaient pas beaucoup. Le piano et la balançoire étaient les deux seules choses qui s'en approchaient un peu, mais ce n'est pas le genre d'activités qui fournit une musculature imposante.
Depuis mon arrivée ici, ça ne s'est pas beaucoup amélioré. Rien n'a changé dans mon inactivité, mis à part qu'il n'y a ni piano, ni balançoire. Je marche un peu, histoire de dire que je fais quelque chose, mais je fatigue très vite, je n'ai pas l'habitude. Pourtant, il faudrait que je me renforce un peu si je veux me servir mieux de mon don. Donc voilà, avec mon impressionnant manque d'activité physique, j'aurais certainement fini énorme sans un détail: je suis malade. Et quand on est malade, d'abord on ne mange pas beaucoup, c'est trop fatiguant, et ensuite, on élimine rapidement. C'est très gourmand en calories, une maladie, vous savez? La mienne en tout cas. Donc voilà, une jeune fille de taille moyenne sans aucune force et pas bien épaisse, c'est ce que vous devez pensez de moi, non? C'est exactement le cas.
Il est 7 heures 39, c'est bien ça?
Autre conséquence de ma maladie, du fait que je restais presque tout le temps à l'intérieur, ou des deux, peut-être, c'est que je suis effacée. Oui, oui, je parle bien de mon physique, pas de mon caractère. Même si ça doit sans doute être vrai également. Ce que je veux dire par là, c'est que je suis.... je ne sais pas comment le dire autrement. Je suis hum... Vous savez, comme quand vous laissez une photo trop longtemps au soleil, ou que vous nettoyez trop souvent un vêtement. Délavée, oui, voilà, c'est ça, merci.
Ma peau, mes cheveux, mes yeux, je suis très pâle. Non, pas albinos, ça n'a rien à voir, c'est une absence de pigmentation, j'ai des couleurs, mais... elles ne sont pas très vives, disons. Ma peau est très blanche et marque facilement, c'est pour ça qu'il y a beaucoup de traces sur mes bras. Oui, les piqûres, tout ça. ça finira peut-être par disparaître avec le temps, j'espère. Evidemment, les coups de soleil m'adorent, j'en ai pris un nombre incalculable depuis mon arrivée ici mais je ne me suis toujours pas résignée. Un jour, je bronzerai. Mes yeux sont d'un bleu presque transparent. Comme les glaciers, m'a-t-on dit un jour. Je n'ai jamais vu de glaciers, donc je ne peux pas infirmer ou non cette comparaison, qui venait d'une personne sans doute très peu objective, et que je soupçonne de n'avoir jamais non plus vu le moindre glacier. Lisbeth, oui.
Seuls mes cheveux illuminent un peu l'ensemble, mais seulement au soleil. De blond pâle et sans intérêt, ils passent à une couleur chaude peuplée de reflets miel. Bon, j'exagère peut-être, mais personnellement, je trouve ça très joli. C'est un peu ma fierté, mes cheveux. D'ailleurs, je me demande si je ne vais pas les laisser pousser. A l'hôpital, je les gardais courts à la demande des médecins. Ce n'était pas obligatoire, mais c'était plus pratique. Et puis, à l'époque, je n'avais pas vraiment de raisons de les vouloir longs. J'aimais prendre soin de mon apparence, bien sûr, mais ce n'était pas une de mes principales préoccupations. Oui, je considérais ça comme une perte de temps, vous avez raison. Mais j'ai toujours été impressionnée par la tignasse de Lisbeth, j'aimerais bien parvenir à en avoir une semblable. Bon, elle était brune, bien sûr, mais je parlais surtout de la longueur. Enfin bref, nous ne sommes pas là pour parler de Lisbeth.
Mes goûts vestimentaires? Haha, et bien, pareil, je ne m'en préoccupais pas trop. La plupart du temps, je portais l'espèce de tunique de l'hôpital. Quand je sortais, je mettais toujours un vêtement pratique, une robe. Comment ça une robe, ce n'est pas pratique? Oh, je ne parlais pas de pratique pour pratiquer une activité physique, je vous ai déjà dit que ça ne m'arrivait pas. Non , pratique à enlever, pour que les médecins perdent moins de temps si jamais j'avais une crise. Aujourd'hui, je continue à ne porter presque que des robes. Je ne me suis jamais habillée autrement au cours de ma vie, je crois, de toute manière. Quand j'étais toute petite, oui, peut-être. En tout cas, je ne m'en souviens pas.
J'aime beaucoup les breloques. Barrettes, bagues, colliers, bracelets, toutes ces petites choses inutiles, futiles, m'attirent pour une raison inconnue. La plupart des bijoux de ce genre que j'ai en ma possession sont pourvus d'un cadran. Pour connaitre l'heure exacte à tout moment. C'est rassurant, vous comprenez?
Alors, cela vous suffit? Parfait, je n'avais pas grand chose d'autres à dire. Donnez-moi l'heure s'il vous plait.

Description mentale ♪


Comment je suis ? C’est une question curieuse. Vous savez, je n’ai jamais eu le temps de m’interroger là-dessus, c’est un peu inutile, vous ne croyez pas ? Je veux dire, à quoi ça peut bien servir, d’analyser mon attitude ? Au mieux, vous arriverez peut-être à dégager une tendance générale dans mon comportement, ce qui vous donnera l’impression de pouvoir prédire mes réactions, jusqu’à ce que vous réalisiez que l’être humain n’a pas la constance d’une horloge et qu’on ne peut pas l’étudier aussi facilement. Je trouve ça parfaitement superfétatoire, et je n’ai jamais eu le temps pour les choses superflues. L’introspection et la philosophie, je pense que c’est réservé aux personnes âgées qui n’ont plus rien à faire ou aux nantis qui ont déjà épuisé toutes les autres activités existantes.
Mais j’ai peut-être tort, je n’ai jamais étudié la philosophie. Pourtant, j’aime beaucoup lire. Quand notre vie est trop courte, un livre est une véritable brèche dans le temps qui vous permet de vivre milles existences différentes et passionnantes en à peine quelques heures. J’ai toujours adoré lire. Lisbeth aussi d’ailleurs, ça doit être quelque chose qu’aiment les personnes qui savent qu’elles n’auront ni les moyens ni le temps de remplir leur vie suffisamment par leurs propres actes. Quand ton environnement est réduit à ta maison et à l’hôpital, vivre des aventures devient assez ardu. Pour ça, j'utilisais aussi les jeux vidéos et la musiques. Enfin, j’arrivais quand même à remplir ma vie, il le fallait bien, je ne pouvais pas rester assise sans rien faire ne serait-ce qu’une seconde. Elles sont trop précieuses.
Mais pendant que je parle, le temps fuit
En général, les gens se contentent de tuer le temps sans réaliser que le temps les tue. Les gens qui savent qu'ils vont mourir, comme Lisbeth, comme moi, ne peuvent pas faire ça. On a une… une urgence de vivre, vous voyez ? On ne dormait pas plus de deux heures par nuit. Quand notre vie est déjà courte, on ne va pas en perdre la moitié à dormir. On faisait toujours mille choses à la fois, je me souviens que ça faisait rire les infirmières. On remplissait chaque seconde à l'en faire éclater, développant ainsi un incroyable talent pour pratiquer ensemble toutes les activités que l'hôpital. On se retrouvait ainsi dans la salle de musique, jouant du piano et peignant en apprenant des poèmes tout en essayant de développer nos talents de coiffeuses. Pas hyperactives dans le sens médical, mais l'idée est là.
A propos, quelle heure est-il ? Déjà ! Je m’excuse de vous faire perdre autant de temps. Oui, oui, c’est vrai, ici, le temps n’a plus d’importance, j’oublie toujours. C’est difficile de perdre des habitudes qu’on a cultivées durant toute une vie. Je suis toujours aussi hyperactive qu’avant, à faire mille choses à la fois, sans arrêt. Je dors toujours aussi peu d’ailleurs. Même maintenant, je n’arrive pas à m’accoutumer à cette effrayante perte de temps.
La seule chose qui a changé, c’est que maintenant, j’en parle plus, du temps. Avant, c’était un sujet que j’évitais absolument, le mot même était tabou. Pour ne pas inquiéter ma famille, bien sûr ! C’est ma grande sœur qui m’avait dit ça, quand j’étais encore très jeune, je me souviens. Elle m'avait ordonné de ne jamais pleurer, de ne jamais montrer ma détresse, d'essayer même de ne pas être en détresse. De vivre. J’étais petite, j’ai parfaitement intégré ses paroles. Ne pas montrer mes problèmes, les nier, toujours afficher un visage souriant, avoir sans cesse un mot rassurant aux lèvres, pour ne pas inquiéter les autres, les rassurer. Je n’ai pas perdu cette habitude non plus. Ici encore, je crois n’avoir jamais pleuré, ni de douleur, ni de tristesse. J’ai un peu de mal à exprimer ce que je ressens. Je ne sais pas montrer autre chose que de la joie, ou de la tranquillité, même si je suis désespérée. J’avais, et j’ai toujours, une très forte maîtrise sur mes sentiments, plus liée à une incapacité d’expression qu’à une réelle volonté. A force de cacher mes sentiments, j'en venais à avoir l'impression de ne plus en avoir. Sauf concernant les sentiments amoureux. C’est l’inconvénient de lire beaucoup. On tombe invariablement sur des histoires d’amour. Quand les médecins vous assurent que « ce serait un miracle si vous dépassiez les vingt ans, mademoiselle » et que les seuls personnes que vous croisez sont des membres de votre famille et aux personnes de l'hôpital, vous vous doutez bien que les idylles ne sont pas pour vous. C’est sans doute pour ça que je suis sortie avec autant de personnes. On n’y pense peut-être pas, mais la jeune fille malade et condamnée, ça attire les hommes, et j’ai eu plusieurs petits amis. J’avais pour principe de ne jamais refuser, je ne sais pas trop ce que j’espérais par là. J’aurais aimé pouvoir ressentir tous ces sentiments étranges dont les romans font l’apologie. J’espérais aussi peut-être que sortir avec quelqu’un fasse de cette personne un être spécial qui s’occuperait de vous et vous comprendrait. J’étais déçue à chaque fois. Eux aussi d’ailleurs. Je crois que ma bonne humeur permanente les agaçait. La plupart était très gentils et ne demandait qu’à m’offrir un soutien que je ne réclamais jamais.




Signes particuliers : Je suis chronophobe. J’ai une peur panique du temps qui passe. Je crains toujours qu’il fuit trop vite, que les secondes m’échappent. Alors je regarde l’heure sans arrêt. Autour du cou, du poignet, dans la poche... j'ai toujours au moins une montre avec moi. Généralement plus. C’est plus prudent.
On dit aussi que je m’exprime d’une manière inhabituelle pour une personne de mon âge. C’est sans doute que j’ai trop lu et pas assez fréquenté de groupe d’adolescents. Ou simplement parce que j’ai grandi trop vite. Quand on a peu de temps à vivre, on doit toujours tout faire trop vite, de toute façon.

Talents spéciaux : J'ignore si on peut vraiment appeler ça un talent mais... Je suis capable de savoir l'heure d'après le bruit que fait le mécanisme d'une montre. Ce n'est pas très utile, mais je n’ai rien demandé. A force d'être toujours accrochée à ces appareils, j’ai fini par comprendre leur langue, je suppose.

Aimez-vous les rhododendrons ? Les fleurs sont interdites dans les hôpitaux, et les fois où j’en sortais, je crois n’avoir jamais croisé de fleurs de cette variété. Je ne peux donc pas vous répondre, désolée. Par contre, si vous le souhaiter, je peux vous donner l’heure exacte. [Réponse validée par Kamui. Les interdictions sont faites pour être bravées D8]

Votre personnage est-il victime d'amnésie ? Je me suis donnée trop de mal pour me faire le plus de souvenirs possible pour les oublier aussi facilement. Seul mon nom de famille est flou, ainsi que quelques autres détails.

Citation : Lorsqu’on donne une heure à un condamné à mort, cette heure a la valeur d’une vie entière. Lichtenberg






[Seuls les administrateurs ont le droit de voir cette image]

18 ans, 4 mois, 12 jours, 6 heures et... 34 minutes et 57 secondes à cet instant. ça change sans arrêt. C'est vraiment affolant, vous ne trouvez pas, le rythme auquel il s'écoule. Qui s'écoule? Le temps bien sûr. Si rapide et implacable. Il avance à toute vitesse, vous conduisant vers la mort par la force de chacune de ses petites secondes. Vous ne savez pas quand ça arrivera, vous ne savez pas quel jour, à quelle heure, où et dans quelles circonstances. Une seule chose est sûre: vous finirez irrémédiablement par atteindre votre destination finale et par mourir
Oh, regardez, il est 9 heures pile.
Qu'est ce que je disais déjà? Ah oui, excusez-moi, je suis un peu tête-en-l'air. Je parlais de mon âge. C'est déjà vieux, non? Toutes ces secondes que j'ai vécu, je trouve ça impressionnant. Et scandaleux aussi. Quand je pense à toutes ces petites bêtes qui ne vivent que durant un tour de cadrant. 24 heures pour une existence, pour naitre, donner la vie et mourir. Enorme et ridicule, n'est ce pas? Vous vous demandez ce que ça fait? Oh, je pourrais peut-être vous le montrer. Accèlérer le rythme de vos secondes pour arriver aux toutes dernières. C'est mon don. Mais, vous n'apprécieriez pas. Et puis, c'est fatiguant. Vous savez, on ne plaisante pas quand on parle du poids des années. Chaque minute, chaque seconde vient s'appuyer sur vos épaules. Vous n'imaginez pas à quel point c'est dur, de les porter. Vous êtes encore trop jeune pour les sentir. Moi aussi? Vous trouvez? C'est gentil de me dire ça. C'est vrai que je n'ai que 18 ans, 4 mois... Non, je sais que c'est long, mais dire seulement "un peu plus de dix-huit ans", ce n'est pas assez précis. Il faut faire attention aux heures qui passent, vous savez. Sinon, vous allez les rater. Et après, impossible de les rattraper. Sauf avec mon aide, bien sûr. mais ça ne serait que momentané. Je parle de mon don, toujours
Excusez-moi, quelle heure est-il? Vous êtes sûr, votre montre est bien réglée? Merci beaucoup. ça passe trop vite, vraiment.
Concernant mon âge, il se peut que je n'ai pas dit l'exacte vérité. Je veux dire... D'après mes montres, c'est bien mon âge. Mais j'ai l'impression que le temps ici ne se déroule pas pareil sur AJE que sur Terre. En fait, j'ai même l'impression qu'il ne se déroule pas, si vous voulez tout savoir, et comme ça fait quand même quelques... oui, on peut compter ça en mois, déjà, que je suis ici... C'est vraiment affolant quand on y pense. Bref, je ne suis pas certaine de l'âge que je dois donner. Enfin, si dans cinquante ans je suis encore là avec cette même apparence, je suppose que je donnerai l'âge que j'avais lors de mon arrivée ici plutôt que l'âge que les horloges indiquent. ça sera plus logique. Cinquante ans... C'est énorme, n'est ce pas? Dire qu'avant, j'osais à peine me projetter plus loin que le lendemain, et encore, rien n'était assuré. Une durée si longue, ça me fait presque peur. Mais comme on ne meurt pas vraiment ici, je suppose que tous les espoirs sont permis. En tout cas, j'ai bien l'intention de remplir mes secondes futures autant que je l'ai fait pour mes secondes passées. Comment? Bien sûr qu'elles ont été bien remplies! Oui, c'est vrai, je vous ai dit que je ne faisais pas beaucoup de sport et que je sortais rarement. Et alors, ce n'est pas la seule manière de vivre, vous savez? Ma manière principale, à moi, c'était les livres. Par contre, je dois bien vous avouer que j'effectuais une discrimination drastique les concernant. Je ne lisais que les livres qui me permettaient de voler la vie de leurs personnages. Toutes les oeuvres d'histoire, de philosophie... et la majorité des biographies me passaient par-dessus la tête. J'avais besoin de m'éloigner de la vie d'ici. J'avais besoin de voler la vie formidable et agitée des autres pour combler la platitude de la mienne. Oh, je ne me plains pas, hein! J'ai fait tout ce que j'ai pu pour la rendre intéressante, et je considère avoir réussi. Une preuve? Si vous y tenez, je peux vous raconter, oui, même si je doute que cela vous passionne beaucoup. Ma vie n'a pas été bien longue et les intérêts qu'elle a pu représenter n'ont dû l'être que pour moi, ça ne prendra certainement pas beaucoup de temps.

Je suis née un premier mai, et les médecins ont très vite compris que quelque chose n'allait pas. Vous connaissez le symptôme du "bébé bleu"? C'est dû à un trop faible taux d'oxygène dans le sang: les doigts, les oreilles, les lèvres de l'enfant bleuissent. ça m'est arrivé. J'ai immédiatement eu droit à une batterie d'examen. Le diagnostique ne se fit pas attendre longtemps. J'avais une forme de cardiopathie congéniatale cyanogène, une malformation cardiaque somme toute pas si rare puisqu'elle apparait chez environ un bébé sur cent. La forme dont j'étais atteinte était par contre assez complexe, mais je ne tiens pas à vous assommer avec tout un blabla médical sans importance. A peine née, j'étais déjà condamnée à plus ou moins court terme. "Elle pourra vivre une trentaine d'années au maximum". Ils se sont montrés un peu trop optimistes, en fin de compte. Mais bon, c'est ce qu'on leur demande, après tout. C'est leur rôle, aux médecins, de donner suffisamment d'espoir aux gens pour qu'ils ne perdent pas leur envie de vivre. Trente ans, c'était l'âge de ma mère à cette époque. Mon père était un peu plus jeune, de quelques mois. Trente ans, c'était peu, bien sûr, mais pour eux qui les avaient tout juste atteints, c'était déjà beaucoup. Trente ans, ça leur a suffit pour faire de brillantes études, avoir des amis, se rencontrer, se marier, décrocher un travail stable, et avoir deux belles petites filles. Ils se sont dit que je pourrais vivre comme eux, la même chose qu'eux. Ils se sont dit qu'en trente ans, la médecine aurait fait d'incroyables progrès, et qu'on pourrait me soigner, me permettre de vivre quelques années de plus. Quand on vous dit que votre enfant va mourir dans trente ans, vous ne pouvez pas vraiment réaliser. Et surtout, vous ne voulez pas vraiment réaliser.
J'ai passé les trois premières années de ma vie à l'hôpital, jusqu'à ce que les medecins se rendent à l'évidence et se résignent au fait qu'ils n'avaient pour le moment aucun moyen de boucher le trou dans mon coeur. Pour la première fois, je suis allez "chez moi". J'ai rencontré ma soeur, Diane, dix ans à cette époque, qui ne m'avait encore jamais vu de sa vie, les enfants n'étant pas admis dans les hôpitaux. Elle put enfin mettre un visage sur le nom du petit être responsable des absences répétées de ses parents. Elle ne m'aimait pas beaucoup, je crois. Ou plutôt, elle n'aimait pas les soucis que je causais à notre famille. Je ne devais absolument pas faire d'efforts physiques, mon coeur percé ayant déjà suffisamment de mal à faire son travail au repos, mais garder immobile et calme une enfant de trois ans est un exercice complexe, et qui le devient de plus en plus au fur et à mesure des années. Mes parents devaient sans arrêt être derrière moi pour veiller à ce qu'il ne m'arrive rien. Et je coûtais cher. J'appris à parler très tôt, et marchai très tard, à l'âge de quatre ans. D'abord parce que je n'avais pas assez d'endurance pour, ensuite parce que mes parents, qui avaient toujours eu peur que cela ne m'ouvre la voie à un tas d'activités fatigantes et donc dangereuses, n'avaient pas jugé utile de m'y entrainer.
En grandissant, mes "crises bleues" commencèrent à se faire plus rares, je respirais plus calmement, m'évanouissais moins. Devant ces signes d'amélioration, mes parents prirent la décision de m'envoyer à l'école pour que je puisse vivre à la manière d'un enfant normal.
La première année se passa bien. J'avais six ans, les adultes ne me lâchaient pas du regard mais n'intervenaient qu'en cas d'extrème nécessité, me laissant jouer dans la classe avec les enfants qui voulaient rester avec moi pendant les récréations. Ce n'était pas très difficile de les convaincre, je les intriguais, et les divers jouets que je ramenais pour m'occuper finissaient de les attirer. Même si je devais rester assise quatre-vingt dix pour cent du temps, j'avais des amis, et je m'amusais autant que possible. J'appris à lire. C'est l'une des plus merveilleuses choses qui me soit arrivées, je pense. Toutes ces petites lettres qui s'alignaient pour former des vies toutes plus intéressantes les unes que les autres, peupler de dragons, d'elfes, de princesses, et d'autres créatures que le faible périmètre dans lequel j'avais la possibilité de circuler ne m'avait jamais donné l'occasion de rencontrer. Je crus juqu'à très tard aux contes de fées. Se dire qu'une sorcière vous a jeté un sort était quand même une explication beaucoup plus simple à mon état que toutes celles dont m'abreuvaient les médecins. Espérer qu'un prince pourra lever la malédiction était tellement mieux que de se résigner. Je vivais dans un monde-frontière qui me protégeait de la vision dramatique que les adultes avaient de ma maladie. Durant cette première année de ma scolarité, j'appris les bases absolument nécessaire: lire, je l'ai déjà dit, écrire et compter. Pas beaucoup, pas bien, j'étais trop jeune.
Ma deuxième année de cours fut très brève. Environ un mois après la rentrée des classes, j'eu une crise. J'étouffais. Je respirais profondément, comme on me l'avait appris, mais c'est comme si l'air ne dépassait pas mes poumons. Je m'évanouis sous les yeux affolés de ma maîtresse à cause du manque d'oxygène dans mon sang. C'était la dernière fois que je devais mettre les pieds dans une salle de classe, la dernière journée durant laquelle on m'enseigna quelque chose. Après, je ne pris plus jamais de cours. ça n'aurait servi à rien, de toute façon. Personne n'était suffisamment hypocrite pour apprendre des notions à quelqu'un qui n'aura de toute manière jamais le temps de trouver l'occasion de s'en servir. Et puis, j'aurai tellement d'autres choses à faire qu'étudier. Lire, pour accéder aux livres, et compter, pour surveiller mes secondes, c'est tout ce dont j'avais besoin.
Je repris connaissance quelques heures plus tard dans le service hospitalier où j'avais passé les premières années de ma vie. Je reconnus le médecin qui me suivait depuis toujours, et deux infirmières qui s'étaient occupées de moi à l'époque. Je reconnus ma soeur qui, du haut de ses treize ans, n'aurait jamais dû avoir le droit de se trouver ici. On m'apprit que mon père avait eu un accident au travail, et que ma mère ne pouvait donc pas venir me voir tout de suite, car elle était avec lui. On me dit que sa vie n'était pas en dannger. Puis on m'avoua, avec un air extrèmement gêné et un tact tel qu'il fallut qu'on me réexplique plus tard pour que je comprenne de quoi il en retournait, que la crise que je venais d'avoir était le signe d'une complication de ma maladie. Une endocartite infectieuse. Du haut de mes sept ans, je ne pouvais pas prendre l'entière mesure de la chose. A sept ans, la mort, on sait que c'est quelque chose de triste, c'est tout. J'avais eu mal, je pleurais parce que les medecins avaient dit que ça recommencerait sans doute, et que je ne voulais pas. C'est là que ma soeur m'ordonna de ne plus pleurer. Pas seulement maintenant. Plus jamais. « Je sais que c'est dur pour toi, mais sois forte, ne montre rien. Pour pleurer, pour penser, pour hurler, pour te plaindre, tu as l'intérieur de ta tête, c'est déjà très vaste. C'est difficile pour papa et maman, pour moi aussi. Alors ne montre rien, n'en parle pas, essaie de faire comme si tout allait bien. Parais heureuse et tâche de l'être vraiment, tu n'as pas assez de temps pour te permettre d'être triste ». Diane n'avait jamais été une jolie poupée toute féminine. Mentalement comme physiquement, elle était forte. Elle avait un caractère en acier trempé et ne se laissait pas marcher sur les pieds, même par moi, la petite malade fragile dont il fallait prendre soin. Elle m'impressionnait, je rêvais d'être comme elle, de pouvoir grimper courir, rire, me battre, sortir seule, me faire gronder. Être indépendante. J'ai soigneusement intégré ce qu'elle m'a dit. Au fond, elle avait parfaitement raison, et l'ordre qu'elle m'avait donné se révèla fort utile par la suite. Mon père perdit l'usage de son bras suite à son accident, et se retrouva ainsi dans l'incapacité d'excercer son métier d'horloger. Ma mère dut se mettre à tenir seule l'atelier, jonglant avec les comptes pour pouvoir payer l'hospitalisation de son mari et de sa fille. Ma soeur, déjà indépendante , le devint encore plus, s'occupant seule de la maison vide, passant parfois nous rendre visite à mon père et à moi, visiblement obligée par ma mère. Durant les deux mois qu'il passa à l'hôpital, mon père vient me voir aussi souvent que possible. Je crois n'avoir jamais passé autant de temps avec lui qu'à cette période, et j'en venais presque à bénir égoïstement l'accident qui l'obligeait à rester avec moi. Trop occupée, ma mère ne passait presque pas, et jamais assez longtemps. Je le déplorais, mais ça ne me gênait pas tant que ça. J'avais mon père, et je connaissait très bien les membres de l'équipe hospitalière. Quand il put enfin quitter l'hôpital, j'étais inconsolable. Intérieurement, bien sûr, j'avais parfaitement enregistrer ce que m'avait dit Diane, et elle prenait bien soin de me le rappeler à chacune de ses visites. Ne pas protester. Alors j'ai pris sur moi, j'ai souri en disant que ce n'était pas grave, que je m'amusais bien ici, évitant soigneusement les mots qui pourraient blesser ou faire culpabiliser mes parents.
Avec du recul, je me dis que mes faibles talents d'actrice de sept ans n'ont pas dû paraitre crédibles une seule seconde. Pourtant, ils ont fait comme s'ils me croyaient, et ils sont partis. Je pense qu'au fond, ils voulaient s'éloigner. Parce que les médecins leur avaient dit qu'il ne me restait plus qu'une dizaine d'années à vivre. Trente ans, ça va, cest long. Dix ans, c'est tout de suite plus proche, plus inquiétant. Dix ans, ce n'était rien. Ils avaient peur, sans doute. Je ne leur en voulais pas. J'avais peur moi aussi. Je commençais à comprendre.. Je commençais à craindre la mort. Je commençais à comprendre la vie, et à vouloir la vivre, le plus possible, le plus vite possible. Ne pas perdre une seconde. Et ne perdre aucun moment de cette seconde. ça peut être long, une seconde, vous savez, quand vous la remplissez bien.
Je m'appliquais à vivre le plus de choses possibles, à accumuler par les livres les expériences que je ne pouvais, et que je n'aurais parfois jamais pu, vivre moi-même. Si j'ajoute à mes propres secondes celles que j'ai volées dans les livres, j'ai dû vivre bien plus longtemps et de manière bien plus intéressante que la majorité des gens sur la planète.
Je n'étais pas à plaindre, vraiment. Les infirmières, compétentes, prenaient soin de moi. Mais surtout, elles étaient sincères. Elles ne cherchaient pas à me "préserver". On ne peux pas dire à quelqu'un "tu vas bientôt mourir" et le traiter ensuite commme un enfant, ce serait ridicule. La plupart des médecins avaient compris ça et ne cherchaient pas à nous "protéger" en nous racontant n'importe quoi. Malgré tout, ils ne comprenaient pas toujours, j'ai entendu certaines absurdités.Par exemple, un jour, un vieux médecin avait tenter de me rassurer.
"Pensez que de cette manière, vous vivez uniquement les plus belles années de la vie humaine. Après, ça devient tellement plus dur, de vivre. On a des responsabilités, des problèmes d'argent, la vieillesse... il n'y a plus vraiment d'intérêt."
Je l'ai dévisagé, choquée par ses paroles. On ne dit pas des choses comme ça à quelqu'un qui ne pourra jamais vivre. On ne dit pas à un enfant qui souffre chaque seconde que la vie d'un adulte est plus difficile que la sienne. De la part d'une personne normal, une telle remarque aurait pu être acceptée, elle n'aurait pas pu comprendre. Mais pas de la part d'un médecin. Pas de la part de quelqu'un qui était censé savoir, qui voyait trop de gens mourir trop vite, trop tôt.
"Votre vie n'a pas d'intérêt parce que vous n'avez pas la volonté de lui en trouver un."
Mon visage me brûlait, j'étais hors de moi. C'était la première fois que mon perpétuel sourire quittait un instant mon visage, la première fois que je dérogeais à l'ordre de ma soeur. C'était une insulte, une insulte pour moi, et pour toutes les personnes dans une situation similaire à la mienne.
Ce genre de paroles, je ne supportais pas. Il y avait une autre chose qui m'énervait: le prêtre qui venait une fois par semaine parcourir l'hôpital, essayant de vendre aux mourrant l'espoir d'un paradis post mortem. Je trouvais ça absolument ridicule, et surtout, totalement vain. Les malades n'ont pas besoin d'espoir, ils ont besoin de volonté. Si vous leur dites qu'une vie meilleure les attend après celle-ci vous croyez que vous allez leur donner envie de se battre pour vaincre le maladie? Non. Non, bien sûr que non. Ils vont préférer se laisser alle, caressant l'espoir de la future existence qu'on leur promet. Seule la volonté pousse à vivre, pousse à se battre. L'espoir, c'est passif. C'est confier son destin, reconnaitre qu'on n'a aucune prise sur notre vie. Je refusais fermement ça. Ma vie je n'espèrais pas la remplir, je VOULAIS la remplir.

J'ai vécu seule dans ma chambre d'hôpital pendant six ans. A treize ans, on me demanda si j'acceptais d'accueillir une autre petite fille, plus jeune, souffrant de la même malformation cardiaque que moi. Une autre coeur-percé. J'acceptais immédiatement Je refusais rarement de faire ce qu'on me demandait de toute façon. Je n'aimais pas décevoir les gens, et je répugnais à leur causer le moindre embêtement.
C'est comme ça que je fit la connaissance de Lisbeth. Lisbeth avait quatre ans, sept mois et quelques minutes de moins que moi. Elle avait donc un peu plus de neuf ans quand nous nous sommes rencontrées. Deux choses m'ont frappé chez elles: ses cheveux d'un noir hypnotique, d'une longueur incroyable, et son regard las, le regard de ceux qui considèrent ne rien avoir à attendre de la vie. Pendant qu'elle s'installait dans la chambre, on me prit à part pour m'expliquer que Lisbeth était un peu différente. Que le trou dans son coeur n'avait pas été repéré assez vite, et que son cerveau avait manqué d'oxygène quand elle était tout bébé. Qu'elle était retardée. Je n'aimais pas comment ils disaient cela, "retardée", comme si c'était un retard qu'elle pourrait rattraper sous peu. Quand bien même cela aurait été possible, elle n'en aurait pas eu le temps. Elle était bien plus atteinte que moi, elle mourrait plus vite, on me l'avait dit. J'ai considéré que ce n'était pas une raison pour qu'on puisse déjà lire dans ses yeux qu'elle avait déjà abandonné la lutte.
Je me suis immédiatement prise d'affection pour elle. j'avais besoin de quelqu'un, sans doute. Même si je ne l'admettais pas, je me sentais seule. Et puis, je m'étais donné comme mission de faire disparaître cette lueur de langueur dans ses yeux. Je voulais qu'elle ait envie de vivre, qu'elle vive à fond, comme je tâchais de le faire, qu'elle profite du peu de temps dont nous disposions. Pas une minute à perdre Lisbeth. Les gens comme nous n'ont pas le temps de se lamenter sur leur sort. S'il faut mourir, autant vivre à en crever.
Mais elle s'ennuyait. Elle ne voyait pas l'intérêt, disait-elle, quand je parvenais à qu'elle m'adresse un mot. C'était dur, de lui parler. Elle ne voulait pas. Elle faisait comme si elle ne comprenait pas. Parfois, elle ne comprenait vraiment pas, c'est vrai. Mais j'ai appris à repérer quand elle jouait la comédie. Elle n'était pas aussi bête qu'on le disait, Lisbeth. Elle savait comprendre uniquement ce qu'elle voulait comprendre. Et ce que je lui disais, ça ne lui plaisait pas. Parce que j'essaie de faire tomber le mur de résignation qu'elle s'était construit. C'était ma petite mission. C'était dur, j'ai presque cru que je n'y arriverais pas, que le trou dans son coeur avait laissé s'enfuir toute son envie de vivre.
Et puis un jour, je l'ai surprise en train de lire. Quand quelqu'un est dans une histoire, ça se voit dans ses yeux, ça se voit à son regard ravi ou inquiet, concentré. Elle vivait l'histoire. Mais surtout, elle lisait. Lire un livre, c'est toujours long. En entamer un, c'est vouloir continuer à vivre pour le finir, voir le bout de l'histoire, savoir comment va finir la vie des personnages, pendant que la nôtre continue. ça m'a convaincu qu'elle pouvait parfaitement réussir à vivre son petit morceau de vie. Je n'ai pas abandonné, j'ai continué à tenter de l'entrainer dans mes activités. Mais il fallait d'abord lui faire comprendre qu'elle aurait assez de temps pour les faire, assez de temps pour espérer avoir encore un peu de temps.
Alors pour ça, je lui ai dit de faire comme moi, de compter les secondes. Notre vie est vite devenue une sorte de compétition : c'était à celle qui en accumulerait le plus. Bien sûr, j'avais beaucoup d'avance sur elle, mais qui sait, un jour, elle finirait peut-être par me rattraper. On découpait nos vie en tranches de secondes, et on avait l'impression d'avoir vécu longtemps.
J'ai passer des moments formidables avec elle, vraiment. Elle pouvait faire encore moins de choses que moi, elle était petite, et elle ne comprenait pas tout. Mais je l'adorais. M'occupez d'elle était ma petite aventure. Je ne pensais plus à mes parents qui ne venaient que rarement, à Diane qui avait totalement disparu de la circulation. J'oubliais vite les quelques garçons qui s'étaient parfois intéressés à moi, me délaissant ensuite quand ils réalisaient que sortir avec une fragile jeune fille n'était pas aussi bien que cela leur paraissait.
Quand son temps s'est arrêté, je n'ai pas pleuré. Ce n'est pas que je suis sans cœur, je tenais énormément à elle, ça avait été ma seule amie, presque ma seule compagnie pendant plusieurs années. C'était un peu ma sœur. Mais je n'ai pas pleuré, parce que je m'attendais à ce moment depuis longtemps. Ça devait finir par arriver. Quand on venait ici, quoi qu'on nous dise pour nous rassurer, c'était pour mourir. Je n'ai pas pleuré. Quand j'ai réalisé qu'elle ne respirait plus, je suis allé la voir, j'ai posé ma main sur sa poitrine silencieuse. Son cœur, cette étrange petite machine défaillante que nous appelions notre petite horloge interne, s'était arrêté. Il n'égrainait plus les secondes qui passaient.
« 423446400 secondes environs. C'est quand même un score tout à fait honorable Lisbeth. »
Je n'ai pas pleuré, mais j'étais triste. Vide. Je veux dire, ça faisait longtemps, que j'étais vide. Mais ce qu'elle avait réussi à mettre en moi s'est volatilisé avec elle. Je n'ai pas pleuré. C'est peut-être pour ça que j'avais l'impression de me noyer, à l'intérieur de moi.

Don't ever look back, regret nothing, but never forget. Don't ever look back.


J'étais de nouveau seule dans ma chambre. Elle ne m'avait jamais paru aussi vide, je crois. ça faisait presque peur. Mais je n'ai rien dit, j'ai pris sur moi, et j'ai continuer, comme si de rien n'était, le coeur dans la gorge comme s'il cherchait à m'étouffer. Tu ne pouvais pas, coeur percé, ton gouffre laissait l'air passer.
Les mois sont passés. trop vite, trop lentement, je ne saurais pas vraiment dire. je voulais toujours vivre, bien sûr. J'ai été peut-être un peu moins assidue, dira-t-on. Mais je me suis vite reprise. J'avais une vie à remplir, et compte tenu de la dégradation de mon état de santé, j'avais tout intérêt à me dépêcher. j'ai repris mon remplissage de secondes, soigneusement, le sourire collé au lèvre. Toujours le sourire, toujours jusqu'au bout. Je voulais mourir avec ce sourire, pour que tout le monde sache que malgré tout, j'avais été heureuse. Que tout cette lutte en avait valu la peine.

J'ai eu dix-huit ans. On a fait une petite fête pour célébré cet évènement: j'avais réussi à atteindre l'âge adulte. Quelques infirmières pleuraient, celles qui me suivaient depuis que j'étais bébé. Celles qui avaient toujours été à mes côtés, pendant dix-huit ans. Parce que je partais. Dix huit ans, service adulte. je n'étais plus une enfant. Mes parents, qui savaient que j'étais bien là où j'étais, tentèrent d'argumenter pour que je reste dans mon service. Les médecins avaient dit que je n'avais plus que deux ans, au maximum. Pour une si courte période, je pourrais rester, tout de même. Non. Je leur ai dit que ce n'était pas la peine. l'endroit où j'étais ne changerait rien. Ne pas les contrarier, ne pas les embêter, les convaincre que tout allait bien. Et puis après tout, tout allait bien, n'est ce pas?

Non tout n'allait pas bien. Un jour et une nuit dans ma nouvelle chambre suffirent à m'en convaincre. Il manquait quelque chose. Quelqu'un. Il manquait Lisbeth. Sa présence plutôt. Cette chambre là était complètement vide, dans l'aile toute neuve de l'hôpital. Personne n'y avait vécu. Elle était vide. Elle était morte. ça me faisait peur, même si j'essayais de le cacher. Et puis j'avais mal. Une douleur sourde au fond du coeur, à laquelle je n'étais pas habituée. Qui s'aggrava pendant les Voyages de Gullivers. Cela redoubla mon affolement. Je ne voulais pas mourir au milieu d'une vie, je ne voulais pas mourir au milieu d'un livre. Je voulais connaitre la fin. Pitié, juste quelques secondes pour connaitre la fin. Mon coeur ne daigna pas écouter ma requête.

Une nouvelle crise. Mais différente. J'avais mal. Si mal. Je n'avais jamais eu aussi mal. Je n'arrivais plus à aligner deux pensées cohérentes. Aujourd'hui encore, j'arrive mal à retranscrire ce que j'ai ressenti. Quand je suis morte. Enfin, je suppose que je suis morte. On ne le sait jamais vraiment, sans doute. J'avais mal. Mais ce n'était pas le pire. Le pire? C'était que je savais que j'étais en train de mourir. Je le sentais. C'était un moment auquel on m'avait toujours préparée. J'aurais difficilement pu ne pas le reconnaitre. Je savais que ça finirait par arriver. Bientôt. J'avais toujours pensé qu'à ce moment-là, je serais résignée. J'étais toujours résignée. Pas vraiment du genre à combattre la fatalité. Pas de manière frontale en tout cas. A ma plus grande surprise, ce ne fût pas le cas. J'ai hurlé. Pas de peur. De rage. J'avais la bouche fermée, mais je hurlais. Je hurlais que je ne voulais pas mourir. J'exigeais plus de secondes. Je savais que je n'avais pas assez vu, pas assez lu, pas assez vécu. Je voulais plus. Je ne m'étais jamais connue aussi exigeante. Néanmoins, ça a payé. J'ai entendu une voix étrange. Elle semblait étonnée, presque amusée de m'entendre hurler ma requête. "Tu veux vivre? Pauvre petite, tu ne connais pas ta chance pourtant. Mais soit, je vis acceder à ta demande. Je vais t'envoyer dans un monde où tu pourras vivre jusqu'à plus soif, jusqu'à ce que tu finisses par la rechercher, cette mort que tu refuses tant.". Je serais bien incapable de décrire ce qu'il s'est passé par la suite. Je me suis retrouvée dans un endroit étranges, rempli d'arbres immenses et sombres. Le mot forêt s'imposa dans mon esprit, tiré de mes escapades littéraires puisque je ne m'étais jamais aventurée dans ce genre d'endroit. J'ai paniqué. Je ne savais pas où j'étais, personne ne se semblait se trouver dans les environs et les bois passaient pour tout sauf pour accueillants. Je respirais profondément pour tenter de retrouver mon calme, sachant parfaitement que mon coeur percé ne pouvait supporter l'effort d'une hausse de tension due au stress. Pourtant, je ne ressentais aucun des symptômes habituels qui survenaient lors de mes moments d'agitation. Je posai la main sur ma poitrine pour estimer les battements de mon coeur, sans réussir à les percevoir. A la place, un tic tac délicat semblait résonner. Persuadée qu'elle en était la responsable, je détachai la petite montre qui pendant à mon cou, sans que cela ne semble stopper le bruit. Décidant que j'avais pour l'instant d'autres problèmes que celui-là, je me redressai pour explorer les environs de l'endroit où je me trouvais. Des arbres, des arbres des arbres, et quelques cailloux, rien de bien utile pour me sortir de cette déroutante situation.
Je suis rester un certain temps assise sur un rocher en tentant de trouver une solution miracle, presque une journée à vrai dire, avant de rencontrer des êtres humains. Quand j'y repense, vue la taille des bois, j'ai eu une chance incroyable de tomber sur eux aussi vite, et je soupçonne l'entité propriétaire de la voix, Belzeneff m'a-t-on assuré par la suite, de m'avoir mise sciemment sur le trajet qu'ils empreinteraient. Les quatre personnes composant le petit groupe réagirent différemment en me voyant, certains parurent satisfaits, d'autres clairement ennuyés, mais aucun ne se montra menaçant à mon égard, ce qui me supris étant donné le nombre d'armes en leur possession, qui indiquait qu'ils n'étaient pas ici pour une simple balade.On m'apprit plus tard à comparer les auras et je compris ainsi pourquoi ils ne m'avaient à aucun moment semblé me considérer comme une hypothétique menace. A mon arrivée à la Cité, on me fit un rapide topo sur la situation et sur ce qui m'était arrivé, avec un ennui qui montrait que c'était loin d'être la première fois qu'il tenait ce genre de discours.
J'ai eu, et j'ai toujours, beaucoup de mal à me faire à la vie d'ici. J'ai honte de l'avouer, mais le manque de confort tranche vraiment avec la vie douillette et calme que j'ai vécue jusqu'ici. Trop d'agitation, trop de désordre, trop de saletés et surtout trop de sang. Trop de blessés. Nous sommes en guerre, c'est vrai, en guerre contre ces criminels qui font tant de morts et de blessés dans notre camp. J'ai assisté à des batailles, je sais bien que la sauvagerie des soldats d'Oppse n'a bien souvent rien à envier à la leur, mais je ne supporte pas qu'on s'en prenne à ce que je considère, à défaut d'autre chose, comme une famille. je me doute bien que ce sentiment de parenté est loin d'être partagé, mais c'est comme ça que je ne peux m'empêcher de les considérer. Une manière de me rassurer sans doute, de m'auto-persuader que je n'ai rien à craindre d'eux. Parce qu'ils me font peur, parfois. A se battre, à rire, à boire, à courir.. Ce n'est pas vraiment dans les habitudes des gens que je rencontrais, dans l'univers calme et feutré de l'hôpital.
Enfin, je m'y fais, je m'adapte. Et surtout, je vis. Après tout, c'est bien cela que j'ai souhaité, non?



Dernière édition par Mélissande le Sam 2 Juin - 6:54, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Mélissande
Gentille petite Chronophage ❣

avatar

Place dans l'échiquier (click ?)

MessageSujet: Re: Mélissande   Jeu 24 Mai - 21:02




    [Seuls les administrateurs ont le droit de voir cette image]

    Il y a un temps pour tout: un temps pour naître, et un temps pour mourir
    Recroquevillée derrière un arbre, les mains plaquées sur les oreilles et la tête entre les genoux, yeux résolument clos, je tente d'oublier l'endroit où je me trouve.
    Je dois avoir l'air ridicule, prostrée comme ça, sans défense, ma robe blanche me rendant aussi visible qu'une tache d'encre sur une feuille vierge. Mais je ne me suis pas cachée pour ne pas être vue. Je me suis cachée pour ne pas voir. Toutes ces vies qui prennent fin d'une manière aussi… stupide, vaine. La plupart de ceux qui se battent là-bas se sont entretués par le passé. Il y a un mois, une semaine, hier, peut-être même. Je serre convulsivement la petite montre autour de mon cou, les yeux fixés sur l'aiguille qui avance à la fois trop vite et trop lentement. Trop vite parce que le nombre de vies qui s'achèvent au cours d'un mouvement d'aiguille ne devrait pas être aussi important. Trop lentement parce que je souhaite désespérément que tout cela se termine au plus vite, que je puisse rentrer, occuper mes minutes à autre chose qu'attendre et me cacher. Je ne comprends pas pourquoi ils ont tenu à m'amener, je ne leur sers à rien, mon don n'est pas assez puissant pour que je puisse leur venir en aide, et je suis incapable de me battre. Lâche, je ne les regarde pas, je ne les entends pas, je les sens juste mourir, ruminant mon inutilité.
    Le sol tremble soudain légèrement à côté de moi et je relève vivement la tête, affolée à l'idée qu'un membre du camp ennemi n'ait décidé de venir régler le sort de la petite tache blanche immobile à l'arrière. Un homme se tient devant moi. Je lâche ma montre qui retombe contre ma poitrine et me cogne contre l'arbre en amorçant un mouvement automatique de recule. Pourtant, le combattant est de mon côté. Derrière les mèches de cheveux tellement imbibées de sang que leur couleur n'est même plus identifiable, je reconnais les traits de la personne qui dirige l'attaque. Il a la mâchoire contractée de quelqu'un qui lutte activement contre la douleur, une expression que je ne connais que trop bien. Mes yeux scrutent son corps à la recherche de l'origine de cette souffrance. Elle n'est pas bien dure à trouver, une épée à double tranchant est plantée dans un endroit qui doit se situer sous sa dernière côte droite, laissant suinter de multiples filets de sang qui rejoignent la matière rouge sombre dont il est déjà couvert. Il se penche au-dessus de moi, appuyant sa main contre l'arbre, juste à côté de ma tête, laissant goutter des perles vermeilles qui viennent décorer ma robe de délicates petites rosaces carmines. J'ai l'habitude de la douleur, mais pas des blessures. Pas de voir autant de sang en dehors d'un corps ou d'une perfusion. Une envie de vomir me monte à la gorge, mais je relève la tête, l'état de mon camarade est bien plus préoccupant que mes petits dégouts. Je le regarde, mais je n'arrive pas à parler. Vue son état, il ne va pas tenir très longtemps, pourquoi est-il venu me voir ?
    -Hé, la petite Méli.
    -Mélissande. Je rectifie automatiquement avant de m'en vouloir de m'attacher à des détails aussi futiles alors que la vie d'un homme est en train de fuir sous mes yeux.
    -Si tu veux. Il grimace. Bon, tu vas me filer un coup de main. Ton don, c'est bien de pouvoir faire disparaitre les blessures en rajeunissant les gens, non ? Tu vas l'utiliser sur moi, entendu ? Je dirige cette bataille et il y a des gars qui se battent encore là-bas, hors de question que je parte avant eux.
    -Mais…
    -Chut, j'ai vraiment pas le temps, ça fait putain de mal cette saloperie. Je sais que je retarde juste l'inévitable, que je crèverai dès que tu annuleras ton don et tout. Mais tout ce que je veux, c'est un peu de temps pour pouvoir conduire mes hommes à la victoire et pouvoir ramener les survivants au bercail, c'est compris ? Donc tu me remontes le temps de deux ou trois heures, en truc comme ça. Je sais pas comment ton machin marche, mais je veux que cette saleté de blessure disparaisse que je puisse aller m'en faire une tripotée d'autres aux côtés de mes soldats, c'est compris ?
    Je hoche vigoureusement la tête, impressionnée par la volonté de l'homme. Malgré la grossièreté de son langage, il m'avait parlé d'un ton calme et amical, comme s'il ne réalisait pas que sa réserve de secondes s'amenuisait de plus en plus. Un coup d'œil à la montre de mon poignet, m'apprend que son discours a duré à peine trois minutes, ce que me confirme le cadran suspendu à mon cou. C'est déjà trop, il faut faire vite. L'homme semble le comprendre.
    -Bon, allez ma petite demoiselle, on a pas toute la journée, et quand bien même on l'aurait, cette maudite épée fait pas du bien. Alors, je vais l'arracher d'un bon coup, et toi, tu vas faire ton truc avec le temps. Prête ?
    Je hoche une nouvelle fois la tête, les yeux fixés sur lui, prête à agir. Mes mains recommence à triturer mon pendentif. Il sourit.
    -A moins que ce ne soit nécessaire à ton truc, ferme les yeux, ça va pas être joli à voir, et t'es déjà toute pâle. Essaie de pas tomber dans les pommes, la plupart des dons s'annulent quand leur propriétaire est dans les vapes et je t'ai dit que je n'avais pas l'intention de clamser tout de suite.
    Il place ses deux mains sur la garde de l'arme et éclate de rire.
    -C'est parti ma petite demoiselle !
    Je ferme les yeux dès qu'il tire sur l'épée et m'attaque au sablier. C'est une métaphore, bien sûr, le Temps ne ressemble pas réellement à un sablier. Mais c'est vraiment l'impression que j'ai quand j'active mon don. Un, deux, trois, je m'active à remonter les grains de secondes. Une, deux, trois heures. Je rajoute quelques minutes par sécurité puis m'arrête. Le poids du temps pèse sur mes épaules, mes muscles sont fatigués comme si j'avais dû transporter des sacs de sable. Je ne suis pas sûre de l'exacte quantité de secondes que je lui ai accordée. Je rouvre les yeux. L'homme a remonté sa chemise et observe avec une perplexité évidente son ventre qui, bien que couturé de cicatrices, n'en porte aucune récente. S'apercevant que je l'observe, il baisse immédiatement le tissu, visiblement gêné. Je détourne le regard et porte mon attention sur les aiguilles d'une de mes montres, m'accordant quinze secondes pour me remettre de l'effort que je viens de faire et pour retrouver mon souffle. Au bout de dix, je prends la parole. Les secondes sont trop importantes pour l'instant, je récupérerai quand il sera parti.
    -Je… Dans trois heures, la blessure réapparaitra. Revenez me voir un peu avant si vous n'avez pas encore euh… fini. Je recommencerai. Mais je ne pourrais pas le faire indéfiniment. Vous finirez par devoir… par devoir mourir.
    Il sourit et passe une main dans mes cheveux. Il n'a pas l'habitude de ce genre de geste, ça se voit.
    -T'en fais pas pour ça, ça sera pas la première fois que ça m'arrive, je m'en remettrai. Allez, j'y retourne ma petite demoiselle. Je reviens te chercher tout à l'heure, il reste plus beaucoup de monde de l'autre camp, on devrait terminer ça, tâche de ne pas te faire manger par un ennemi en attendant.
    Il se détourne et repart sur le champ de Mars. Je résiste à l'envie de jeter un œil sur la bataille pour voir ce qu'il devient, sachant parfaitement que le spectacle ne me plairait pas.

    Deux heures, trente deux minutes et dix-sept secondes plus tard, alors que je commençais à m'inquiéter, l'homme revient, dans un état presque aussi lamentable que la fois précédente, mais un air très satisfait peint sur le visage.
    -Parfait. Nous avons vaincu. Il ne me reste plus beaucoup de temps, n'est ce pas ? Je sens déjà que quelques blessures sont en train de réapparaitre, ça fait pas du bien, crois-moi. Allez, lève-toi, on rentre.
    J'obéis et trottine à sa suite. Les survivants se mettent en route. La colonne laisse derrière elle une trace sanglante produite par le liquide qui suinte des armes et des blessures des combattants.
    Au bout de quinze minutes et quarante trois secondes, je le vois s'arrêter pour parler avec un de ses subordonnés. Lorsqu'il se tait, le Parrain hoche la tête en signe d'assertion. Immédiatement, son interlocuteur tombe au sol comme foudroyé, évanoui sous le coup de la douleur provoquée par les blessures que j'ai effacées qui reprennent peu à peu leurs droits, certainement. Le soldat d'Oppse fait de grands signes pour attirer l'attention des pions qui n'ont pas remarqué l'évènement.
    -On continue d'avancer, c'est moi qui suis maintenant chargé de vous ramener à bon port. Il nous retrouvera au bercail quand il aura ressuscité.
    Tout le monde acquiesce et reprend la route. Je détourne lâchement les yeux en passant près du corps. Il aurait pu me demander de lui accorder quelques minutes, voire heures de plus le temps de rentrer. Certes, c'est fatiguant, mais j'en aurais été capable. L'abandonner comme ça sur le bord du chemin me répugne. Je pourrais remonter le temps, lui redonner la vie pour quelques instants, pour qu'il puisse mourir dignement et dans de meilleures conditions en sécurité chez nous, même si ça n'a sans doute pas grande importance. Je ne comprends pas pourquoi il n'y a pas tenu.
    Ce n'est que quelques jours plus tard que, apercevant sa silhouette au cœur d'un groupe d'autres pions, que je cesse de culpabiliser à son sujet.


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Belzeneff
Le Créateur ✜ Nyolo !

Le Créateur ✜ Nyolo !
avatar

Place dans l'échiquier (click ?)

MessageSujet: Re: Mélissande   Dim 17 Juin - 20:08

    Tic tac tic tac !

    [Seuls les administrateurs ont le droit de voir cette image]
    Tu veux un cadran solaire ?
    Une petite blonde qui a les cheveux tellement clairs qu'on en verrait presque pas la différence avec sa peau. Avoue, t'es décolorée nyolo !
    Mais du coup, tu sais donner l'heure même sans avoir de montre ou d'horloge à proximité ? Il est quelle heure là en Papouasie orientale ? BELZENEFF VEUT SAVOIR !
    T'étais un bébé bleu ? Alors quoi ? T'étais jalouse de Hulk ? T'as voulue être originale ? Bah c'est nyoloraté !
    Et dans tout ça, finalement, t'es une petite crevette prête à clamser ? C'est comment de voir la mort en face nyolo ?
    Et dans tout ça, à l'hôpital, t'as jamais pu manger quoique ce soit de bon nyolo ? Belzeneff veut savoir c'était quoi ton plat préféré dans toutes ces immondices !
    Et puis qu'est-ce qui te fait dire que t'es hétéro ? Regarde, si tu sors avec Belzeneff, t'es Belzenesexuelle. Tu veux essayer nyolo ?
    Et pour Lisbeth, pas de regret nyolo ? Parce que franchement, y'a pas mal de chiffres à dire dans son temps de vie. Tu saurai estimer mon temps nyolo ? Belzeneff est curieux de savoir nyolo !


Code du questionnaire:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Mélissande
Gentille petite Chronophage ❣

avatar

Place dans l'échiquier (click ?)

MessageSujet: Re: Mélissande   Mar 19 Juin - 11:27

    Tic tac tic tac !

    [Seuls les administrateurs ont le droit de voir cette image]
    Tu veux un cadran solaire ?
    Une petite blonde qui a les cheveux tellement clairs qu'on en verrait presque pas la différence avec sa peau. Avoue, t'es décolorée nyolo ! Même pas! Ce n'est pas nécessaire, ils sont comme ça naturellement. Et puis vous savez le temps que ça prend, une décoloration? Il parait qu'il faut rester presque une heure à attendre! Je ne survivrais jamais à une telle perte de temps, surtout pour un résultat si peu utile.
    Mais du coup, tu sais donner l'heure même sans avoir de montre ou d'horloge à proximité ? Il est quelle heure là en Papouasie orientale ? BELZENEFF VEUT SAVOIR ! Non pas exactement... Enfin, en gros, si, j'arrive à peu près à savoir. A force de surveiller les horloges, on prend leur rythme! Quand à l'heure qu'il est en Papouasie orientale, comme je n'ai absolument aucune idée de ce que c'est, je peux difficilement vous aider. J'aurais fait de la géographie, peut-être, mais comme c'est une matière que je n'ai jamais étudiée...
    T'étais un bébé bleu ? Alors quoi ? T'étais jalouse de Hulk ? T'as voulue être originale ? Bah c'est nyoloraté ! Hulk? Il n'est pas vert lui? Et puis, ce n'est pas exactement un bébé. Vous auriez dû me comparer aux Na'vis, ça aurait été plus adapté.
    Et dans tout ça, finalement, t'es une petite crevette prête à clamser ? C'est comment de voir la mort en face nyolo ? Petite, petite... Ma taille est dans la moyenne hein ! Moyenne basse, d'accord, mais quand même. Et puis voir la mort en face... Je ne sais pas vraiment si c'est elle que j'ai vu, mais si c'est bien le cas, j'ai personnellement trouvé ça décevant.
    Et dans tout ça, à l'hôpital, t'as jamais pu manger quoique ce soit de bon nyolo ? Belzeneff veut savoir c'était quoi ton plat préféré dans toutes ces immondices ! Si, il y avait des choses bonnes à l'hôpital ! On avait des petits biscuits au goûter, des boudoirs ça s'appelle. C'était délicieux! Bon, bien sûr, il y avait des choses pas très attirantes, et puis, je n'ai jamais eu beaucoup d'appétit, de toute manière
    Et puis qu'est-ce qui te fait dire que t'es hétéro ? Regarde, si tu sors avec Belzeneff, t'es Belzenesexuelle. Tu veux essayer nyolo ? Je ne sais pas, j'ai dit ça sans vraiment réfléchir. Je ne suis sortie qu'avec des garçons, donc je suppose que ça doit être vrai. Et hum... sortir avec vous ne me dit rien, non, désolée. Vous êtes trop pelucheux.
    Et pour Lisbeth, pas de regret nyolo ? Parce que franchement, y'a pas mal de chiffres à dire dans son temps de vie. Tu saurai estimer mon temps nyolo ? Belzeneff est curieux de savoir nyolo ! Bien sûr que si, je la regrette! Je donnerais n'importe quoi pour qu'elle soit avec moi en ce moment. Quoi que ce monde ne semble vraiment pas adapté à elle. Estimer votre temps? ... Non, je ne peux pas, vous êtes trop vieux pour ça, je ne vois pas quelle heure il est à votre horloge.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Oppse
PNJs ☬ Your Divine Master

PNJs ☬ Your Divine Master
avatar

Place dans l'échiquier (click ?)

MessageSujet: Re: Mélissande   Mer 11 Juil - 12:14

Très chère petite chronophage Mélissande,

Avant tout, je me permets de te remercier pour ton inscription... Mais je pense que tu t'en doutais.

Alors j'en viens directement à ta fiche. Ce que j'y ai principalement vu... Du vert. Beaucoup de vert. Bien que tu aies hésité à mettre le code de ta fiche, et peut-être aussi parce qu'il brûle un petit peu les yeux sur le fond noir du forum, j'ai eu un peu de mal sur les premières secondes, mais au final, le tout semble bien correspondre à la demoiselle, alors on ne s'en plaindra pas.
Dans tout ça, on constate une fiche joliment et minutieusement rédigée, à ne point en douter. Des descriptions peaufinées, sur lesquelles tu as probablement du passer un certain temps. Une histoire qui correspond à ce don bien particulier que tu as choisi. Et quel don. J'aime beaucoup cet optique de pouvoir contrôler le temps. Fais en bon usage, c'est un excellent outil pour traumatiser tous tes petits partenaires de RP.
Toutefois, je tiens à te signaler que quelques petites fautes persistent dans ta fiche, si tu avais l'envie de les corriger (bien qu'elles ne fassent absolument pas fondre les yeux puisque discrètes).

Quoiqu'il en soit, c'est avec plaisir bien qu'en retard que je te valide !
[Seuls les administrateurs ont le droit de voir cette image]

Je te place comme parrain sous la garde de Levi. Bien qu'il n'y ai pas d'Elu au dessus de ta tête, n'hésite pas à demander à tous les Oppsédés si tu as besoin de quoique ce soit.

Bon jeu !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé



Place dans l'échiquier (click ?)

MessageSujet: Re: Mélissande   

Revenir en haut Aller en bas
 

Mélissande

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Alea Jacta Est :: ✗ Épilogue :: ✎ Fiches et journaux-
Sauter vers: