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 These violent delights have violent ends ... [Astaroth]

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Bloody Rose
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MessageSujet: These violent delights have violent ends ... [Astaroth]   Lun 5 Mar - 20:06

And in their triump die, like fire and powder

Which, as they kiss, consume.





Dans un univers reculé et admirateur de toute magie qui soit, blanche ou noire, aussi noire soit-elle, une jeune danseuse s’entraînait dans une évasion contre le fléau qui l’avait prise en otage, son souffle saccadé par l’effort placé dans sa course désespérée accompagné de ses misérables sanglots de jeune enfant impuissant face à l’injustice de ce monde. Mais malgré la sonate chagrine de ses pleurs, Bloody Rose était bien résolue à continuer d’avancer, - elle y était malencontreusement contrainte, son âme ne lui laissant d’autre choix que de fuir -, aux dépends de sa santé ainsi que peut-être même de sa vie … Au bord du gouffre, cette calamité vicieuse qu’était la trahison l’avait enchaînée à des sentences inhumaines afin d’extirper la racine du mal de son cœur banni par la déchéance. Et se soustraire de leur étreinte fielleuse semblait impossible pour une créature aussi vulnérable, en dépit de la détresse dont elle faisait preuve.
Moult bribes de vies s’étant écoulées depuis qu’elle avait quitté la Chapelle Sacrée, l’endroit même où avaient eu lieu les événements coupables de son état si dramatique, elle constatait non sans frayeur qu’elle se trouvait maintenant dans l’immense Forêt de Claurofyl. Pourtant, la Princesse des Souvenirs ne parvenait toujours pas à se détacher de l’amertume abrasive de l’amour juvénile qui venait de se dissoudre devant ses yeux ébahis, bien que son effort était herculéen et que ses jambes prestes de danseuse tant habituées à se laisser guider frivolement par la musique se voyaient contraintes d’engager une course fatale. Ses gestes, tout en étant précipités et emplis d’un désespoir féroce, demeuraient aussi prestes et éthérés que les mouvements d’une rose au vent, qui, calme et résignée, se laisse guider jusqu’à la fin de la tempête. La féminité enfantine de sa silhouette laissait cependant à penser à prime abord qu’il s’agissait d’une poupée en porcelaine alimentée par une vie mystique propre à l’univers d’Alea Jacta Est. Et, tandis que sa robe blanche aux mille et une dentelles et nœuds adorables reflétait une candeur sans égal, son cœur criait à une haine indicible. Hélas, sa beauté était la dernière chose qu’elle possédait, car l’amour qui éblouissait sa vie de ses rayons sublimatoires venait de s’estomper en laissant derrière lui une brume d’affliction uniquement propice aux sépultures. Elle était à présent une poupée de porcelaine brisée en mille morceaux, et ses joues rondes étaient encore loin d’avoir étanché leur soif depuis qu’elles exigeaient ses larmes en abondance. En outre, voilà qu’elle n’était même pas apte d’évaluer l’étendue de son chagrin, tellement ses sanglots l’irritaient et tellement ses pensées étaient dévastatrices. Était-elle maintenant une rose fanée, que l’on jettera sans s’en soucier davantage très bientôt dans la terre pour qu’elle pourrisse avec les autres vieilleries froissées par les crimes de la décrépitude ? Elle pensait naïvement que c’était l’apogée de sa carrière dans ces landes maudites, parsemées de souffrance mais embobinées par des promesses de victoire toujours vaines, si ce n’était qu’elle en voyait déjà le bout ! N’est-ce pas regrettable que d’observer la tristesse amocher ses traits habituellement gais et enjoués ? Son prince ne la sauve-il donc pas de ce terrible châtiment … sauf si c’est lui-même qui le lui a infligé, bien entendu. Puisque Kamui, bien au-delà de sa somptuosité éclatante qui se voulait dépourvue de pénurie, ne l’avait pas uniquement trahie : il l’avait aussi close dans un univers en pâte à modeler, d’une part pour ne pas l’effrayer des dangers qui y règnent, d’une autre part pour ne pas éveiller les soupçons quant à son don au sein de la confrérie d’Oppse.
Elle songea alors à son ultime regret : l’obligation de vivre partiellement cachée, et ne jamais devenir célèbre en tant que ballerine. Ce qu’elle ignorait, en revanche, c’était que cet ensevelissement de son existence aux yeux du monde était vital à l'accomplissement du plan sacré dicté par l’infinité céleste de la toute-puissance de notre déesse à tous. Car qui sommes-nous en réalité, sinon des preuves manifestes et ultimes de son pouvoir au-delà du conflit et de la négation ? Mais Rose y croyait éperdument jusqu’à rendre son zèle, - qui au départ ne paraissait pas importuner qui que ce soit -, nocif pour le monde qui l’entoure, faute de manque de réalisme dans la matière percevable des pensées qui entouraient l’entreprise grandiose de son Prince idyllique. Et même si elle nageait dans l’erreur et qu’elle était bien la seule personne de ce monde à pouvoir solennellement attester ces dires-là, il était pour elle bien notoire de justifier la raison pour laquelle son âme assoiffée de douceur et de magnificence dans ce monde damné et cynique est tombée dans ce piège. Cette fameuse trappe, étant aujourd’hui l’objet de ses doléances, était naguère le délice céleste des rêves qu’Il avait pour coutume de lui vendre par milliers.
L’Élue de Layca était grande maintenant, elle avait atteint les sommets qu'est capable d'atteindre une marionnette à son service. Ingénue comme elle était, elle cultivait l’espoir profond qu’il ressente quelque fierté, même anodine à son égard, étant l’éclat salvateur de son existence. Elle avait appris à surmonter l'immensité obscure qui ternissait ses jours à son arrivée ici, dont, très franchement, elle ne gardait que les plus fugaces souvenirs, en raison de les avoir égarés, à l’instar de tant d’autres instants de sa triste vie. A force de perdre tout ce qui était cher à ses yeux, elle a longtemps été subjuguée par le poids de ses responsabilités, aussi bien envers ses sujets qu’envers sa propre âme dépouillée de son éclat depuis si longtemps. Autrefois toujours d’entrain à découvrir de de nouvelles choses, à ressentir la douce odeur de l’aventure faire revivre en elle toute la passion olfactive qui a sûrement du échouer quelque part au creux de son être, elle a fini par sombrer dans le désespoir dont elle seule semblait connaître la cause. Elle passait ses journées à s’efforcer de comprendre pourquoi ce don particulier lui était assigné. Nul doute que parmi tout cet amas de personnages aussi rocambolesques qu’intriguants, dotés de pouvoirs absolument ahurissants auxquels elle aimait tant prêté plus d’importance qu’à sa propre malédiction, Rose se sentait plus perdue qu’une marguerite dans un champ de pâquerettes dont l’étendue l’oppressait, aussi bien qu’elle ne pouvait digérer cet égarement maudit sous peine de s’empoisonner. Ce goût âpre d’impuissance n’était que plus encouragé encore par sa triste compréhension, car elle savait très bien qu’elle n’apparaissait uniquement comme étant l’instrument de sa propre damnation, que ce n’était pas de sa volonté qu’elle enchantait les humains jusqu’à leur infliger la peine capitale. Or elle ne voulait nullement les emplir d’espoir, tout ce qu’elle cherchait, c’était leur redonner le sourire, titillée aussi par sa propre curiosité qui attendait avec impatience d’être assouvie. Mais le temps passait, et c’est en s’administrant la dose fatale de songes que sa propre âme se dispersait en morceaux. Qu’aurait-elle alors, s’Il n’était pas venu à son secours, la délivrant de tout ce mal qui pesait sur son cœur, s’Il ne l’avait pas remise sur le droit chemin, s’Il ne m’avait pas ensorcelée à son tour pour lui faire saisir la vérité ? Elle Lui doit la vie par l’intermédiaire d’un marché qui possédait aussi bien des qualités précieuses que des vices rédhibitoires.
Toutefois, le prix à payer pour l’avoir enlevée des mains insalubres de la démence était plus important que son esprit candide d’enfant ne l’imaginait, et il était grand temps qu’elle subisse les conséquences de ses actes. Il s’agissait donc précisément du genre de remontrances qu’elle était obligée d’endurer … Mais, malgré tout, elle refusait, obstinée, et n’hésitait pas à brandir le poignard vers son supérieur et à renier ses croyances et amitiés. Cela n’empêchait cependant pas la liste interminable de malheurs dissimulés sous le caveau lourd des répercussions de s’ouvrir au monde ; la boîte de Pandore libérait les ténèbres de son emprise malgré tout. Et tandis que la fautive courait avec la plus superbe vélocité et un crin de persévérance de trop, elle ne s’imaginait même pas que ses gestes vont être lourds de séquelles qui s’attaqueront non seulement à son petit cœur et celui de l’affligé, mais aussi à tout un monde qui verra le traître voir le jour dans une lumière trop ardente pour être jamais vaincue. Et c’est véritablement le leste de la rose trahie jusqu’à l’étouffement qui réveillera en cette dernière une passion d’ores et déjà invincible pour les ténèbres qu’en tant que sage enfant, elle a appris à toujours éviter. Elle suivra les pas de Lucifer avec une tendresse propre à un enfant trop curieux et trop innocent encore pour comprendre qu’elle ne fait pas de bonne paire avec la nature de ses gestes, ses ambitions se verront même viser le lointain vestige d’une divinité parallèle à celle à laquelle elle a jusqu’à maintenant prêté service ... Parce que la danseuse n’est point une des roses triviales qui logent dans les jardins réputés pour leur qualité éclatante de Kamui, mais une rose sauvage, se mêlant à des aventures avec les églantiers, mais gardant son identité de rose intacte. Son souffle aux airs apaisants n’a fait qu’attiser les flammes de son courroux, même s’il n’avait pour but qu’affirmer sa mansuétude. Et en dépit de la clarté des intentions du Premier Élu de Layca, l’efflorescence de Bloody Rose dans toute sa ferveur sera inévitable.
Mais que voit-elle, ce périple de divagations diverses qui puisait son essence dans les tourments qui l’assénèrent l’avait menée beaucoup plus creux dans le terrier du lapin qu’elle ne le souhaitait … Cet endroit énigmatique semblait marquer la fin des Sentiers de Terre, mais à première vue, elle ne le reconnaissait aucunement, ce qui était une raison amplement suffisante pour éveiller ses doutes. Enfoui dans des noirceurs propres au crépuscule, un arbre gigantesque gisait au beau milieu d’un endroit que l’on ne pouvait décidément pas appeler clairière. Elle prit la liberté de balayer du regard les environs afin de peut-être reconnaître ne serait-ce qu’un indice qui l’informerait de sa nature. Mais il n’y avait rien de tel ici. C’était comme nager en plein rêve, comme si cet arbre majestueux aux couleurs curieusement réconfortantes était encore une autre illusion de Belzeneff, planté ici pour exciter son amusement ridicule. Les chimères de son cru ont pourtant depuis déjà très longtemps cessées de divertir Rose … Alors pourquoi continue-t-elle donc de fixer cet arbre avec tant de fascination contenue dans ses iris devenus soudain bordeaux ? Ou … était-elle déjà morte peut-être, assassinée par la fatigue ? Elle avait bien peur de ne connaître qu’un seul moyen de l’apprendre. Portant ses mains à ses joues, elle s’empressa de tâter sa peau douloureuse en se mordant les lèvres pour s’apercevoir que ses blessures y étaient toujours présentes. Malédiction ! Pourquoi est-ce que ces marques macabres ne pouvaient donc pas se dissiper ? Son exaspération refaisait surface lorsqu’elle se remémorait les horribles conditions dans lesquelles elles ont eu l’infortune de s’imprimer sur sa peau, tel le signe de Caïn, vicieux annonciateur d’une immortalité dévastatrice créée pour le pourrir à petit feu et prendre un malin plaisir, - qui n’a certainement rien à voir avec une divinité supposée miséricordieuse -, à l’observer en pleine putréfaction. Cependant, ce n’est pas une véritable rage qu’elle ressentit dans son cœur, c’est plutôt plus d’accablement encore qui lui fit couler de nouvelles larmes aussi généreuses que les précédentes.
Et si elle se donnait la mort ici, si elle franchissait le seuil de la sagesse sans prêter attention au danger, et si elle livrait une bataille dérisoire de tristesse au premier venu ? C’est seulement une fois qu’elle serait véritablement en train de trépasser qu’elle s’imprégnerait de tout le désespoir du Premier Élu qui, persuadé de l’avoir livré personnellement à la damnation, ne se remettrait jamais complètement de sa perte, aussi succincte fût-elle … Les sentiments qu’elle éprouvait à son égard lui ont semblé si vagues à ce moment-là, comme s’il lui était impossible de décrire la nature de leur relation tant elle est la fascinait et l’écœurait à la fois. Peut-être que son amour serait de toute manière tôt ou tard transformé par l’horloge divine en un sentiment de monotonie, laissant derrière lui uniquement torpeur et lassitude ? Nul ne sait ce qui aurait pu réellement arriver si la vérité n’aurait pas éclaté, balayant du revers de la main mensonges et hésitations. Mais pouvait-elle vraiment se défaire de ces pensées, leur creuser une cavité assez grande pour les y enterrer et oublier les derniers évènements qui ont eu lieu ce jour-là ? Elle ne pouvait tout de même pas espérer naïvement que les langues salées de la mer lécheront le reste de ses larmes pourtant ancrées dans le sable. Il ne suffisait pas seulement d’attendre que le ressac fasse son devoir et soulage ses craintes, c’était plus qu’inutile.
Cette forêt si hostile n’a jamais apporté de miséricorde aux serviteurs de Layca, Rose le savait très bien, et jamais elle ne s’était autant éloignée de la Forteresse, seule de surcroît. Bien que la plupart de ses « ennemis », serviteurs d’Oppse, ignoraient tout de son existence, elle ne pouvait guère protéger son aura des regards indiscrets qui trahirait son identité avec une facilité déconcertante. Si jamais l’un d’eux irait jusqu’à donner suite à un combat des plus déplorables, brisée comme elle était, elle serait dans l’incapacité la plus totale à se défendre. Peut-être n’aurait-t-elle pas dû quitter la Forteresse de Layca, finalement ? Mais faire demi-tour lui semblait soudainement impossible, comme si l’atmosphère pesante de cet endroit mystérieux l’empêchait de le quitter. Cet air étranger l’incitait à s’adonner à son allégresse mélancolique, à laisser de côté les camps belligérants et à permettre à ses racines salvatrices de soulager sa douleur. De plus, le doux silence était plus que favorable à son calme, vu qu’il la persuadait avec certitude qu’elle était seule ici. Si jamais quelqu’un avait la maladresse de s’aventurer jusqu’ici pour la déranger, elle l’aurait su, n’est-ce pas … ?
Mais elle n’avait pas lieu de prétendre qu’elle l’aurait su. Tout ce qui touchait à Oppse lui était aussi inconnu que le Nouveau Monde pour de simples paysans du XVI siècle, ce qui était dû d’une part à la discrétion fortement singulière de son entourage par rapport à sa connaissance de ce peuple belligérant, d’une autre à l’attention que lui portait Kamui, manifestement peu enclin à lui dévoiler les méfaits de ces créatures sanguinaires. Elle connaissait certes toutes les histoires absurdes contées par les commères du quartier, mais apportaient-elles ne serait-ce qu’un brin de vérité ? Ce n’était pas la Guerre de Sécession tout de même, « le Nord n’avait pas attaqué le Sud par simple jalousie », cela lui semblait aller de soi. Et pourtant, tous ces terribles méfaits qui leur étaient assignés par les Laycaïstes, - comme s’ils étaient véritablement les seuls fautifs de toute l’histoire -, parvenaient à s’introduire dans son esprit et à modifier ses songes malgré elle. D'autre part, on ne pouvait pas dire qu’elle avait vu de ses propres yeux le fruit de leur bienfaisance en ces quelques siècles, voire plus, car tout ce qu’elle a eu le malheur d’apercevoir de leur cru n’était que massacre et cruauté. L’étrange vision de ses chers alliés jonchant le sol et attendant la mort afin de renaître, parce que manifestement, ils ne pouvaient plus connaître le salut dans ces corps mutilés ne cessait de la tourmenter, ce qui engendrait donc indubitablement un sentiment fort péjoratif à l’égard de ses rivaux. Mais elle n’était pas maîtresse de ses opinions concernant les marionnettes d’Oppse si elle servait Layca, n’est-ce pas ?
Soudain, enveloppée dans le plus bénin des silences, déboussolée par un arbre mystique qui semble guider sa pensée, elle se retrouva prise de stupeur, enlacée par les plus ambivalentes émotions, lorsqu’elle aperçut derrière le feuillage abondant une silhouette qui dès lors eût le défaut de provoquer chez elle à la fois hypnose et épouvante. Combien de matériaux de malice fallait-il donc pour forger l’épée de la fébrilité inexplicable par laquelle Bloody Rose devait être éliminée, outre la stupéfaction patente qu’elle ne sut s’expliquer en aucune façon, tandis qu’elle croisait le chemin du Premier Élu d’Oppse, personnage qu’elle ne connaissait que par le biais de légendes obscures et hyperboliques qui lui rapprochaient jadis de bien tristes délits ? Un cri vif s’échappa de ses lèvres, qu’elle eût la sagesse de couvrir au dernier moment. Ceci dit, le mal était déjà fait, elle courrait au désastre. Elle voyait presque l’individu se retourner vers elle, manifestement curieux de connaître la source néfaste de cette entrave à sa solitude. Et pourtant, voyait-elle vraiment son visage, ou est-ce que le temps s’était réellement arrêté ?
L’ingénue avait égaré toute sa raison en ce bref instant, peinant à se retrouver dans cette immobilité en faveur à la catastrophe. Son corps entier médusé, elle semblait en même temps presque s’approcher de l’objet de son intérêt le plus vif à pas feutrés, pourvue d’un courage bien naïf pour ainsi tendre son cou. Et bien qu’au fond, elle savait pertinemment qu’elle aurait dû docilement rester à la Forteresse dès le début, une partie d’elle dont elle ignorait encore l’existence l’obligeait à avancer et à découvrir l’identité de ce cadavre ténébreux. Effectivement, il était de fait que Rose pouvait percevoir les souvenirs d’absolument chaque personne de ce monde, ne prenant naturellement pas en compte chaque corps dont la vie s’est retrouvée amèrement abrégée, ainsi que Kamui qui lui était hiérarchiquement supérieur … Ceci dit, le manque de songes perçu en la compagnie du Premier Élu de Layca était différent de celui-ci. Or, elle peinait à bien l’assimiler, aussi fût-elle contrainte d’être emportée par la volonté aiguë d’en percer le mystère. Hélas, cette divergence était beaucoup trop troublante pour être fortuite, quand bien même aurait-on souhaité pouvoir éviter le lourd fardeau de son explication. Et cette sourde vacuité amenait la Princesse à deux conclusions plausibles : soit était-il déjà mort, soit lui était-il en effet hiérarchiquement supérieur. Toutefois, demeurait-il ne serait-ce l’ombre d’une possibilité que l’être énigmatique qui se trouvait devant elle, aussi mort fût-il, était en fait la seule personne avec Kamui capable de passer outre son don, et ainsi éviter son châtiment injuste tout en lui infligeant lacunes et méconnaissances à souhaits ? Prise d’une fascination masquée animée par la confusion d’une soif qui demandait avidement d’être rassasiée, il advint qu’elle ne sut plus si elle mettait en effet le doigt entre l’arbre et l’écorce, sous l’influence écrasante de deux unités opposées, ou si toute cette mise-en-scène allait prendre fin avant même qu’elle n’ait le temps d’observer son ultime déraison.
C’est seulement lorsque l’Arbre aux Songes lui donna l’autorisation de reprendre ses esprits qu’elle vit les traits du fantôme de chair et de sang devant elle. Et il n’existe en ce monde véritablement qu’une chose qu’elle était en mesure d’affirmer en cet instant précis : la poupée de porcelaine brisée en mille morceaux savait à présent qu’il n’y avait que la folie qui serait apte de chasser à la fois peur et ahurissement.
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Astaroth
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MessageSujet: Re: These violent delights have violent ends ... [Astaroth]   Jeu 19 Avr - 22:14

Queen of my silent suffocation.
Giving up the ghost of love.
Danse infernale, ballet méphistophélique. À la lueur étouffée de ses songes, la silhouette fantôme danse et se meurt devant sa pupille ambrée, frêle ballerine qui se courbe à la moindre brise comme la flamme mourante d'un vieux cierge. Les pas défilent dans le spectacle chimérique de son esprit et la chorégraphie diabolique est exécutée dans le miroir de ses pensées. Hypnotisé par cette vision trompeuse qui n'a cesse de se mouvoir dans son esprit, le Dragon observe sans savoir s'il doit se réjouir ou se morfondre de l'apparition de cet étrange mirage. Il lui vient à l'idée que cette diablerie puise son origine dans l'arbre millénaire dont il a effleuré l'écorce quelques secondes auparavant. Sa paupière cligne. Il tente de réfléchir, cherche à se délivrer de l'emprise délicate de cette chimère qui s'est introduite au plus profond de son esprit. Mais il ne peut s'empêcher de s'extasier devant le raffinement de cette sylphide qui ne semble valser que pour lui. Il entend la délicate mélodie d'un violon et voit comment le corps juvénile de cette illusion se plie et se balance à chacune des notes de l'instrument. Il ignore si, tandis que son métabolisme entier se tort et se difforme pour former quelques graciles figures, elle pâtit ou jouit de ne former qu'un avec la rythmique du Stradivarius, de n'être que la marionnette actionnée par les cordes du violoniste car son visage ne lui apparait pas en ce qu'il est plus lisse et plus vide qu'un mannequin de cire. Il sait pourtant qu'elle a une bouche car il lui semble percevoir son souffle saccadé et c'est presque si il entend les battements effrénés de son coeur comme un tambour de chair et de sang qui cogne dans sa cage thoracique et vient se joindre aux sanglots brisés du violon. Alors que ses bras se tendent vers un ciel décoloré et que la pointe de ses chaussons de danse se soulève, le son infime de sa respiration prend la cadence familière de l'asphyxie propre aux mourants qui s'apprêtent à rendre le dernier soupir. Astaroth, lui, en a oublié de respirer, absorbé par la beauté tragique de ce qui lui apparait désormais comme une mise à mort offerte à son imagination. Le corps tiré à l'extrême dans un éclat brumeux, elle se dresse puissante et fragile, solide et sur le point de se rompre à chaque seconde. L'Élu se demande si elle compte s'envoler ou se briser en deux. Le violon n'est plus et les percussions de son coeur ont pris le rôle du maestro pour former un concert de battements à présent lents et lourds comme une mélodie d'agonie. Elle est désormais l'archet de sa propre vie. Bien droite sur ses petits pieds qui menacent de se briser, elle pourrait jouer sur n'importe quelle corde, créer n'importe quelle plainte sur l'instrument à cordes. Mais le violon s'est tu, envolé. Obsolète outil, elle n'a plus raison d'être. Le coeur s'arrête, le souffle se bloque et vient la chute fatale. La ballerine chimérique soudain choit et se retrouve au sol sans un bruit dans un mouvement dramatique, trop harmonieux, trop délicat pour être réaliste. Son corps roule sur le côté, un bras élancé vers le Dragon qui reprend sa propre respiration. La vétuste robe blanche qui enveloppe ses courbes fluettes a à présent des allures de linceul. Astaroth retrouve alors le contrôle de ses mouvements qu'elle lui a dérobé il y a quelques instants par la somptuosité de son ballet fantôme. Il s'approche lentement de ce simulacre mis au sol avec le désir de le toucher pour savoir si ce spectre est composé de chair ou de fumée. Quelque chose au fond de lui espère qu'à son contact, cette chimère s'évaporera entre ses doigts maculés car plus il avance, plus le malaise qui s'est formé au creux de ses entrailles grandit. Qui est cette jeune nymphe ? Ses pas résonnent gravement et la dépouille chimérique lui semble être à des kilomètres. Bien qu'il avance, elle n'est pas plus près de lui ce qui attise son envie maintenant ardente de s'emparer de cette illusion. Allongée au sol, immobile, elle le fuit pourtant car elle est de plus en plus en loin. Frustré, la démarche du Dragon s'accélère. Il la veut. Il ne veut plus qu'elle. Il veut savoir quelle est son odeur, la température de sa dépouille, la douceur de sa peau. Il veut la soulever du sol et la faire danser entre ses bras. Lui insuffler le souffle de la vie qu'elle a perdu, car il a l'impression de la connaitre, de toujours l'avoir connu et surtout de l'aimer. Il la veut rien qu'à lui et pour toujours. Et ce, parce qu'il ne peut l'avoir. Il se met à courir, mû par ce désir qui devient obsession. Une force invisible éloigne toujours l'objet de ses convoitises, cette chose qu'il poursuit sans jamais attraper depuis une éternité. Il rage, boue d'énervement devant cette ruse qui ne peut être que l'objet machiavélique des Dieux. Ces derniers se jouent de lui, l'appâtent avec quelque chose qu'il chérit avec une passion déraisonnée mais qu'il ne saurait jamais effleurer du bout des doigts. Car il est désormais certain que ce fantôme lui est proche. Plus que ça, elle est le but même de son existence, cette chimère pour laquelle il se lève chaque matin et se meurt chaque soir de ne l'avoir trouvée. Nonobstant cette idée lucide d'un piège, il cherche toujours plus ardemment encore à s'approcher de la silhouette gisant au sol et court comme un dément. C'est alors que soudain le décor semble se figer et brusquement, il se retrouve enfin aux côtés de la danseuse. Il aperçoit alors son visage et le chignon serré sur son crâne se défait dans un déferlement de mèches brunes et souples. Il voit son menton délicat, ses lèvres à peine rosées entrouvertes dans un dernier souffle, son nez adroit légèrement retroussé, ses ravissants grands yeux noisettes ouverts et figés de stupeur, son front immaculé sur lequel sont tombés quelques mèches souples. Elle est plus belle que tous les délires fiévreux qu'il s'est construit pour combler son absence. Même figée dans une mort soudaine, étalée là, par terre, en marionnette cassée, danseuse déchue, elle est la plus belle des créatures mortelles et immortelles. Il tend la main pour enfin toucher la source du plus brûlant de ses désirs et ses doigts tremblent sous l'effet de l'émoi car enfin, il s'apprête à atteindre l'objectif de toute une existence, d'années d'échiquier barbare, de tueries infâmes et autres crimes inhumains.
Un cri, comme une note arrachée à un violon. Une note aiguë lui perce les tympans et c'est à ce moment que tout s'effondre. Le corps devant lui fond et disparait et il a beau tendre les bras et lui supplier de rester avec lui, aucun son ne sort de sa bouche et le visage séraphique du mirage dégouline, s'enlise dans ses propres traits et disparait.


She is the one that I adore.
Cri. Astaroth sursauta et recula par réflexe. Ses doigts perdirent contact avec le tronc de l'arbre. Brise. Un courant léger s'était levé, faisant doucement balancer le feuillage des végétaux environnant dans un bruit quasi imperceptible à l'oreille tel le souffle discret d'une pucelle. L'air frais du soir l'aida à regagner ses sens. Il tourna la tête, croyant avoir halluciné pendant des heures quand à peine quelques minutes s'étaient écoulées en réalité. Il sentit au contact de la brise qu'une larme avait coulé le long de la paupière qu'il venait de clore. Le Dragon avait perçu dans son dos l'aura intruse d'une marionnette Laycaïste, mais il ne prit pas la peine de se retourner. À quoi bon ? Ses mains tremblaient encore et le souvenir de son visage s'évanouissant dans les ténèbres lui hantait toujours l'esprit.
Elle n'était plus. Peut-être n'avait-elle jamais été. Alors pourquoi lui renvoyer l'image d'un être cher si ce n'était que pour lui aussitôt lui retirer ? Pourquoi lui offrir le somptueux corps de l'être désiré pour lui arracher de suite après sinon pour le torturer ? Il fallait se faire à l'idée : Ni hommes, ni dieux ne pourraient les réunir à présent. Était-ce la fatalité, le cruel châtiment de Mère ou le simple hasard des choses ? Qu'importe : elle n'était plus et il devait se faire à cette réalité aussi laide et vide de sens était-elle.
Sa paume droit lâcha alors la tresse brune, présent empoisonné d'un rival. Il se demandait pourquoi il l'avait gardée tant de temps après tout. Sans doute parce qu'il s'agissait du seul fragment matériel d'elle en sa possession. Les longues mèches soigneusement brossées, lavées et tressées se libérèrent et s'éparpillèrent lentement sur le sol.
Il aurait du être en colère ou du moins terriblement affligé de s'être fait berner de la sorte, mais désormais il se sentait vide. Vide oui. Terriblement, profondément vide, comme si sa poitrine avait été éviscérée de son contenu et un vague sentiment d'amertume avait fait neutre au creux de sa bouche le goût âpre de la capitulation. Comment se battre contre quelque chose qu'on ne peut tuer ? Comment transpercer un adversaire invisible, immatériel dont le nom était celui de la Faucheuse ? Il lui faudrait s'appeler Orphée et descendre aux Enfers chercher sa bien aimée Eurydice mais hélas, il fallut qu'il soit né dans un monde où l'Enfer et le Paradis avaient été remplacés par un plateau d'échiquier, un monde où l'âme d'Eurydice s'était envolée au-delà de sa portée si elle ne s'était pas simplement évaporée. S'il avait eu la consolation de savoir que son Eurydice était en paix ou dans un endroit meilleur, il aurait pu peut-être s'empêcher de la poursuivre et de la chercher en vain mais le destin n'avait jamais eu la clémence de lui donner le moindre signe de son devenir ce qui avait redoublé son chagrin et son désespoir. Le fait de savoir qu'elle était tout autant que lui perdue entre les bras d'une destinée cruelle et implacable le rendait fou.
Bien que son poitrail se soit empli d'une certaine sensation de vacuité, le Dragon ne se sentait pas plus léger pour autant. Il restait encore cette présence gênante d'un quelconque soldat de Layca dont il fallait s'occuper. Si sa tête n'était toujours pas embrumée de l'étrange vision dont il avait été la victime, il se serait demandé quel espion aussi malhabile pouvait bien manifester sa venue aussi bruyamment. Avec une lenteur théâtrale, l'Elu se tourna vers l'importune seulement pour se heurter à la vision d'une figure des plus inattendues.

Bittersweet, I want you.
Quand son unique oeil se posa sur le fin visage de la ballerine le temps sembla à nouveau s'être arrêté. L'espace d'un instant, le paysage végétal autour d'eux cessa d'exister. La forêt entière, les plaines, les montagnes, le désert, les deux garnisons, tout, tout l'échiquier s'écroula et ce en quelques fragments de secondes, à la simple apparition d'un messie enfant dont le regard apeuré laissait transparaitre toute la pureté et la candeur de son âme. Le sol s'était comme dérobé sous ses pieds, le transposant dans u espace vide où plus rien ne subsistait à l'exception de l'angélique missionnaire car plus rien n'avait d'importance et plus rien ne comptait à l'exception de celle qui donnait un sens à ses jours. Et pourtant, dans ce désert d'un instant, Astaroth réussit à se perdre dans la contemplation des traits figés sa rédemptrice. Des traits encore plus réalistes, encore plus ressemblants que ceux de la chimère de l'arbre aux songes. Rêve ou réalité ? Il n'en avait que cure ! Tant que lui apparaitrait le séraphin fantôme de son Eurydice, il s'élancerait aussitôt à ses trousses. Ni dieux, ni hommes, ni démons ne pourraient l'en empêcheraient puisque Astaroth était faible : trop faible pour résister à la promesse ô combien félonne d'une réunion ou même de quelques secondes avec l'être chéri, adoré, divinisé, gracié puis perdu. Et c'était dans cette faiblesse qui n'avait rien de dragonne, car le propre d'un monstre était bien l'inaptitude à l'amour, qu'il puisait la plus grande de ses forces. Aussi, sans prendre le temps de laver l'expression de stupeur qui s'était dessinée sur son faciès, il se précipita en direction de la belle mais se stoppa net à quelques pas à peine de cette dernière, des larmes au coin de son oeil de reptile.
Il craignait cette fois-ci que tout ne s'effondrât à nouveau, qu'elle ne disparût aussitôt, qu'elle ne soit qu'un nouveau fantôme venu titiller ses souvenirs meurtris. Bien que le simple de fait de revoir avec tant d'exactitude cette fillette aimée lui suffisait, il était tétanisé à l'idée que la fin de ce moment pourrait survenir à tout instant. Qu'adviendrait-il d'elle s'il osait lever la main à nouveau en sa direction ? S'il effleurait même sa joue ronde et blanche, n'allait-elle pas s'affaisser comme un vulgaire pantin de sable ? Tomberait-elle en morceaux au contact de ses mains souillées par le sang versé à son effigie ? Le souffle vint à lui manquer tant son coeur s'était emballé au fond de son poitrail. Pour la première fois depuis des lustres, ses jambes lui semblèrent être faites de coton et il tomba à genoux devant la séraphique apparition. Ses lèvres s'entrouvrirent, bougèrent sans aucun son n'en sorte sinon le bruit rauque de sa respiration. Il réalisa soudain la laideur de son être difforme devant la grâce de son autrefois protégée en observant la frayeur reflétée par ses prunelles brunes. Il eut à présent peur d'être indigne de sa présence, de sa compagnie. Si la surprise et le bonheur ne lui avaient pas ôté la parole, il lui aurait supplié de ne pas partir mais le seul geste qu'il fut capable de faire fut de tendre une main hésitante vers elle. Les secondes parurent durer des heures quand enfin ses doigts vinrent saisir les siens. Tendre et légère, l'étreinte devint tout de suite plus ferme quand il comprit que la naïade qui se tenait debout devant lui n'était pas un mirage mais un être de chair et de sang. Il sentit sa peau douce, son sang chaud, son pouls battant au creux de son poignet, ses doigts tremblants et frêles emprisonnés dans les siens. Il joignit son autre main, enveloppant à présent sa paume douce et meurtrie avec force de peur qu'elle ne s'envole. Elle vivait. Elle était là, vivante, à son contact. Elle était là, réelle, respirant faiblement. Comment décrire le sentiment de joie qu'éprouvait le Dragon ? Comment raconter avec des mots le fruit d'un amour à présent complet après des années d'errance ? Rien, rien n'aurait plus rendre plus heureux Astaroth que cet instant précis, que le fait de l'avoir près de lui, vivante et pour toujours.
Plus rien et personne ne les séparerait à présent. Jamais. Il s'en fit la promesse, une promesse qu'aucune force divine ou humaine ne saurait briser.
Sa tête avait été baissée car malgré le bonheur qui avait fait rougir ses joues, la vue des larmes qui avaient sillonnées les pommettes d'ivoire de sa Précieuse lui faisait autant de mal que la surprise horrifiée qu'il avait entraperçu sur son faciès angélique. Être aimé, tu avais toutes les raisons d'exprimer ton dégoût et ta peur face à l'abject monstre qu'il était devenu. N'avait-il pas après tout le regard d'un reptile et sourire carnassier d'une bête ? Ô il n'avait plus d'humain que la passion qui faisait battre son coeur et couler le sang dans ses veines ! Quelle horrible créature il était devenu en son nom ! Mais elle comprendrait comme elle avait toujours compris. Elle comprendrait qu'elle était la raison de cette vile transformation. Et elle pardonnerait en sainte qu'elle était. Le propre visage du Dragon se fit alors triste à son tour, amadoué, meurtri par l'expression affichée par la demoiselle. Sans relâcher un instant sa main, il leva timidement le regard pour observer son délicat visage de poupée et remarqua cette fois-ci quelques marques rosées et brunâtres. Il sentit entre ses mains des cicatrices récentes et ne put retenir un sentiment de fureur en imaginant que quelqu'un avait osé lever la main sur elle. Une ombre de mécontentement apparut alors entre les traits adoucis du Dragon.
Il resta quelques secondes silencieux, butant sur les mots à dire et se surprit à hésiter sur les paroles à prononcer puisqu'autrefois ils se comprenaient d'un simple regard. Or, hormis la stupéfaction et l'effroi, il ne voyait rien dans ses yeux ou plus précisément il ne voyait aucune joie ce qui le décontenança un peu plus. Sa demoiselle n'était-elle pas aussi heureuse que lui de le retrouver ? Quel obstacle donc pouvait donc bien se dresser entre leur deux bonheurs ? Peut-être était-elle encore sous le choc de la surprise. Ou alors peut-être était-elle la victime d'un mal assez grand pour l'empêcher de savourer la joie de leurs retrouvailles tant attendues ?
Quelque chose n'allait pas. Bien vite, le bonheur d'Astaroth s'amincit car une ombre planait sur le tableau de leur réunion pourtant supposée être idyllique.
Le nom de Kamui lui vint rapidement en mémoire. Kamui, Layca. Par quel tour de sorcellerie s'était-elle retrouvée entre les griffes de son pire ennemi ? Quel mal lui avait fait ce faux ange luciférien qui répondait au titre d'enfant de Layca ? Désormais, il était clair que le Dragon paraissait contrarié. Mais ce n'était nullement la faute de la douce créature tremblant entre ses mains. Il baissa sa pupille ambrée, ne voulant pas qu'elle devine en lui la colère qui se répandait en lui car elle avait toujours exécré assister à l'éveil de son courroux draconien.
Il détestait Kamui. Il le détestait au point de se détester lui-même de gâcher son propre bonheur en invoquant mentalement le nom de son ennemi juré. Comment osait-il interrompre leur félicité en s'interposant seul le visage de ce détestable personnage, du responsable même de leur malheur ? Parce que ses mains serraient avec brutalité celle de la naïade, il relâcha son emprise, laissant filer ses doigts à contre-coeur. Il se mordit la lèvre inférieure d'avoir déjà fait du mal à l'être chéri. Il se flagellerait volontiers pour cette négligence impardonnable s'il n'était déjà pas assez confus. Car le Dragon bouillonnait de toutes les façons possibles et pour toutes les raisons possibles.
Toutefois, le silence interposé entre eux lui semblant soudainement pesant, il réunit des trésors de bravoure et de contenance pour lui adresser la parole de sa voix la plus tendre :


- My dearest, dis-moi quelles sont ces larmes ? Quel est le tourment qui te hante ?

Son unique oeil était revenu à elle et à elle seule. Il regretta soudainement de n'avoir plus qu'un oeil au lieu de deux lors de leur dernière conversation. Mais bien qu'il n'était désormais nanti que d'un seul iris, celui-ci la dévisageait avec plus de bienveillance que l'aurait jamais fait n'importe quelle autre paire d'yeux. Il était clair que son regard était trop insistant pour être dénué d'amour.

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These violent delights have violent ends ... [Astaroth]

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