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 Vengeance [PV Astaroth]

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Andrew
Sulfureux et indestructible prétendant de Kamui

Sulfureux et indestructible prétendant de Kamui
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Place dans l'échiquier (click ?)

MessageSujet: Vengeance [PV Astaroth]   Dim 29 Jan - 19:32

High Treason



Sensation viscérale qui saisit les entrailles. Le trou noir s'est invité au fond de vos tripes, les sciant, limant au gré des doléances. L'intérieur boursouflé par le prurit d'un corps qui sommeille en son sein. Démangeaison incendiaire. L'acide corrosif remonte le long de la plèvre, lèche la larynx d'une passion abrasive. La fièvre s'empare d'un conscience émaciée, avide d'une géhenne insatiable. Avidité vorace. L'impatience sied à votre cœur comme la parure délicate du plus beau des chefs d’œuvre. Sentir la fougue embraser l'âme. Cracher un venin trop longtemps contenu. Laisser libre cours à la Bête enragée trop longtemps scellée de ses fers. Relâcher la Créature ensevelie sous la chair. Faire vibrer le dégoût en un tremblement absolu, ouvrir la cage d'un Enfer méphistophélique. Offrir à Lucifer l'horreur de la guerre, l'effroi des maux, les affres de la destruction. Calciner chaque membre. Faire périr du magma incandescent du centre de la Terre chaque être barrant sa route. Démembrer, briser et achever. Regarder l'essence du vivant suinter en une visqueuse mélasse aussi sordide qu'est l'existence même de l'Humanité. Balayer d'un revers de main la souillure, la vermine. Éradiquer cette ignominieuse source de battements, enchevêtrement éphémère d'un souffle.

Détruire chaque poussière de sa si misérable individualité. Tout faire pour le réduire à l'état des cendres répugnantes qu'il a laissé derrière lui. Façonner cette âme en puissance pour n'en laisser qu'une trace infime. Ligne surnaturelle qui briserait tout sur son passage... Mèche sensuelle qui tranchera sa gorge d'une vivacité déconcertante. Annihiler le vivant. Le rendre à son état de nature...

Le son lourd des pas étouffés par le sol boueux de cette nuit perturbée par le ressac incessant du tonnerre. L'ombre pour allier le plus fidèle. L'écho diluvien s'écrasant en une perfide pellicule sur l'épiderme nu. L'étoffe relevée sur la chevelure d'or. Les orbes céruléennes rendues glaciales d'une machination qui serait sa pièce maîtresse. Le clocher résonne, le glas ineffable d'une fin. La leur. Des pas précipités qui crépitent dans les minces étendues aqueuses qui bercent les pavés d'une Cité dépeuplée. Le bruit du métal qui s'entrechoque. Les cris de haine, de rage. Saisir la boîte crânienne de l'impudent et la pulvériser d'un geste sec contre la paroi murale toute proche. Soupir de l'hémoglobine encore chaude qui glisse en une bouillie encéphalique sur le crépit délavé d'une Cité vouée au Néant. La lumière des flammes s'éveille. Brûlure. Les coups s'abattent en une pluie torrentielle. Glissant, dérapant. Une mâchoire brisée. Une oreille arrachée par des crocs d'acier. Scalper et briser les cages thoraciques d'un talon encastré sur la muraille métallique érigée en protection. Superficielle défense.

La garderie s'éveille. Les rues échancrées s'engouffrent de vies écourtées. Coupures, griffures. Le bruit du tissu qui se déchire résonne en une douce mélodie vengeresse. La glace animée d'un feu assassin, le regard se riva sur sa prochaine victime. Piétinée. Le gargouillis des poumons recrachés. Le claquement sec d'un squelette oublié s'affalant piteusement sur les rives d'un domaine étranger. Plusieurs reculent. Les auras s'échauffent. L'atmosphère emplie d'un sentiment alléchant. Terreur. L’État totalitaire impose son devoir, sa marche. Fuir ou lutter reviendrait au même. Vous finiriez tous en lâches sur l'autel du carnage.

Massacre.

Lécher ses doigts ensanglantés en posant un regard appréciateur sur la putréfaction décharnée. Abandonner les dernières âmes geignantes à leur perfide sort. Parcourir les sentiers pavés dans l'obscurité la plus totale. Le bruit des pas se répercutant dans le silence d'une nuit de déluge. L'orage zébrant l'horizon poisseux, infâme. La silhouette d'une tour se peint sur la toile lugubre. Un sourire carnassier illumine le visage tâché de sang du fauve. Il avait trouvé le repère de sa proie.

Les larges dalles de pierre creusées par les pas du propriétaire des lieux, l'escalier en colimaçon laissait émaner une oppressante sensation... Mais la Bête se sentait comme chez elle. Fouler le sol du domaine de sa pâture. Flairer les effluves de cette odeur cadavérique. Trouver la tanière de son butin. Poser une main sur l'espagnolette verrouillée. Faire claquer sa langue sur son palais d'un bruit joueur. Reculant d'un pas, la botte d'un cuir d'obsidienne vint fracasser le bois au niveau de la serrure. Dans un grincement loquace, le chambranle de la porte dévoila le bureau rangé à la perfection. L'arôme de la puissance. Repousser précautionneusement la porte avant de s'approcher du bureau, soulever un pile de dossier. Lâcher les documents, s'éparpiller en une mer de feuilles sur le sol. Contourner. Poser ses doigts sur le large fauteuil. Un rire démoniaque. S'installer comme l'empereur en son royaume. Dans un craquement de bois douloureux, venir abattre ses semelles boueuses sur le sommet de l'office. Tâcher et salir le fruit de tant d'heures de travail.

Puis attendre le moment solennel de la rencontre.

Les coudes confortablement posés sur les accoudoirs, les doigts entrelacés au dessus de son torse, l'agréable moment tant attendu se rapprochait. Aura dévastatrice. Furibonde. Un sourire anthropophage gravé sur son faciès, les larges mains bandées vinrent repousser le voile incarnat de ses longues mèches. Ne pas s'émoustiller trop vite... Attendre patiemment.

Le bruit d'une démarche lourde. Peut-être même pressée.

Le blond ferma les yeux. Savourer ce moment de délice intense. La porte claque. Entendre le souffle véhément du reptile assoiffé de sang, il l'espérait. Andrew ouvrit les yeux, planta l'azur au fond de l'ambre et d'une voix suave la provocation fut lancée.

« J'espère que tu as apprécié mon petit présent... Heathcliff. »

La colère.

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Astaroth
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MessageSujet: Re: Vengeance [PV Astaroth]   Mer 1 Fév - 21:36

Out of breath. & Unrelenting.
Les jambes tranchées par l'effort, le souffle coupé par le contrecoup de la course, le visage suintant de sueur chaude, les poings serrés à l'extrême, voici que le Dragon arrive sur le champ de Mars dans le plus bel et le plus pitoyable état de décrépitude divine.
Leviathan des hommes ! Guivre de l'Échiquier ! Tyran des mortels ! Voilà qu'enfin, il réalise la disgrâce de son être et s'effondre sur ce champ de sang et de mort qu'il a lui-même creusé de ses mains gelées ! C'est ainsi, qu'à genoux dans la terre, que le Dragon vient enfouir son faciès abominable dans ses paumes calleuses d'avoir ôté tant de vies. Et il repense à toutes ses âmes, ses humanités brisées, déchirées, lacérées à coups de crocs et de griffes, et de fer et d'acier, et de poings et de pieds, et de cruauté et de violence. Il fait le décompte sans y arriver quand il s'aperçoit qu'il est encore plus broyé, plus mort que l'ensemble de toutes ses morts qu'il a donné et de ses vies qu'il a volé. Damnation éternelle, insolent rouage du destin ! Les dieux n'ont que faire que lui et personne ne se soucie plus du devenir du monstre draconique dont il a revêtu les écailles et avalé le souffle de feu. Point de retour en arrières pour les damnés qui dansent six pieds sous terre à la décomposition de leurs entités suicidées. Assis dans la boue et le sang, l'Enfant d'Oppse prend une fois de plus conscience qu'il n'est qu'un pion parmi les autres, le Roi des Blancs ou des Noirs et le vassal du joueur, le maître des marionnettes et le serviteur du marionnettiste. L'aliéné de sa propre existence avait signé en lettres de sang le pacte éternel de sa descente aux enfers, mais savait-il seulement à quelle profondeur des abysses infernales s'arrêterait sa chute ? Et pourquoi ? Pourquoi ? Pour le prolongement d'une querelle dans laquelle il avait déjà donné ennemis, aimés, alliés, traitres et tiers étrangers ? Il souffre de sa déchéance, du sacrifice de sa mort pour une cause inconnue, qui le dépasse et dont il n'en a que cure. Il souffre car il est encore un vivant parmi les pions en marbre, un coeur qui bat parmi les pantins de chiffon, un cadavre au sang bouillonnant parmi les dépouilles vendus aux touts puissants. Il souffre de cette réalité absurde et amorale dont il est le principal créateur. Il est plus vivant que les plus vivantes âmes de ce jeu funeste car il en est l'une des pièces maitresses, car il est l'un des acteurs principaux de la comédie infernale jouée sur les planches de la haine et de la rancune. Il est le plus dupé de la supercherie jetée à la figure de tous.

La mâchoire se sert comme comprimée par toute la pression universelle quand les muscles se raidissent et grelottent dans la morsure d'un froid de mort. Elle retient les cris et les échos d'une rage sourde et muette qui puise son essence dans un gouffre infini de honte et de chagrin. Les dents, légions blanches, viennent stopper les gémissements de bête qui se heurtent et s'entrechoquent dans la gueule du Dragon.
Les mains ont collé à ce faciès le débris d'une vie qu'elles ont elles-même assassiné, étranglé, noyé. La longue mèche de cheveux n'a plus d'odeur, plus de valeur, arrachée du crâne de sa feu propriétaire mais elle est le vestige pour lequel le Dragon vend sa gloire et se roule dans la boue et le sang des batailles immémoriales de ce monde. Gloire qui n'en a jamais été une et laisse désormais un goût de cendres dans sa gueule. L'antre illusoire du Dragon, remplie d'or et de femmes ont déversé le contenu et en cet instant, le monstre abandonne orgueil, pouvoir et majesté. Le bas de son corps ancré dans la bourbe des soldats tombés, il délaisse et donne aux tombés du champ de Mars tout ce qui fait de lui l'illustre Dragon d'Oppse. C'est dans toute la magnificence de sa décadence qu'il abandonne de la plus haute à la plus infime des considérations matérielles et immatérielles et ne garde que la substance spirituelle de la fange dans laquelle il baigne. Car il n'a jamais valu plus que la bouillasse de ce terrain battu et rebattu, gorgé des gloires et des déshonneurs des triomphes et défaites militaires passés et à venir. Comme pour renforcer le grotesque de la situation la pluie s'est abattue sur lui tel un châtiment céleste.

Et il se souvient combien, ô combien elle aimait la pluie. Gamine brune et faible, poupée laiteuse en chair fragile, il tremble à la simple réminiscence de son visage assassiné. Les bleus sur son corps d'enfant et le sang perlant de sa bouche à peine colorée le rendent fou tant cela fait longtemps qu'il ne vit que pour le fantôme de cette sainte juvénile qu'on lui a retiré de la plus injuste des façons. Il a cherché parmi milles pions et milles morts le visage, la voix de l'unique ange qu'il aimerait croire capable de lui accorder la rédemption auquel il ose aspirer. Mais il n'a trouvé dans cet incensé voyage que ce vaste paysage de squelettes et de désolation. Chaque pas qu'il prend, chaque sentier qu'il emprunte semble un peu plus l'éloigner de l'Eden salvateur qui mettrait fin à son errance de vieux fou.
Quand on lui offre une mèche de ses cheveux, il effleure pour la première fois le rêve qui l'a tenu éveillé depuis le commencement. Mais la tête de l'enfant se fait cruellement absente avec le reste de sa dépouille alors il ne peut que se mourir de la frustration éprouvée de ce paradis auquel on lui montre les portes pour mieux les faire disparaitre.
Il sait au plus profond de lui que ces mèches sont les siennes mais il ne parvient à expliquer comment.
Il aimerait penser que c'est le signe d'un espoir, de sa présence mais n'a pas la force de s'agripper à une lueur rédemptrice. Il craint trop de poursuivre une nouvelle fois l'espérance d'une illusion qui viendrait se dissoudre au contact de ses doigts quand il penserait pouvoir enfin l'atteindre.
Il aurait aimé trouver le même bonheur à servir cette Mère toute puissante et immortelle, lui qui n'a que des morceaux de mémoire des étreintes maternelles qui lui étaient pourtant dues. C'est cependant dans les bras de la plus cruelle et de la plus insensitive des femmes qu'il s'est lancé et il se heurte à l'indifférence de la déesse qui l'a mis à bas dans ce monde. Il voit combien elle reste muette à ses supplications, absente à ses moments de détresse malgré le dévouement aveugle qu'il lui consacre. Il prie sans cesse le bourreau maternel de sa condition qui se refuse toujours d'abaisser la hache de l'exécution. Il cherche le refuge qui le cachera de ses malheurs dans l'autel abandonné de sa propriétaire. Il court comme un maudit vers l'impartiale matriarche qui lui a en vain promis la paix en échange d'une guerre continue. Mais il est seul face à l'orage qui gronde et ne peut donc que s'en remettre à sa génitrice, ne serait-ce que pour la maudire.

Enfin, les mains lâchent prises, tombent le long du corps et laissent les mèches s'envoler. La gueule du Dragon s'ouvre et hurle, hurle et hurle encore dans le grondement des éclairs à s'en faire exploser les poumons. L'Élu pleure et régurgite dans ses lamentations son pitoyable, insignifiant statut de Dragon incandescent. Il gueule à s'en arracher les cordes vocales pour faire sortir de ses entrailles la Bête à Écailles dont il a embrassé l'allure. Il se brise dans la complainte du tonnerre et mêle détresse, chagrin et rage dans le chant des éléments en furie jusqu'à ce qu'enfin les larmes se mélangent à la pluie. Ses poings se resserrent à nouveau et frappent la terre. Ils battent le sol sans raison et Astaroth pleure en vomissant de sa voix les écailles, la queue, les griffes, les crocs et le souffle de braise du Dragon. Astaroth pleure et gémit comme un animal à l'agonie puis brise le coeur du Dragon qui finit par abdiquer sa fierté et sa force dans les rugissements de l'être meurtri. Alors, quand la dépouille du monstre a pris la fuite, Astaroth pleure. Tout simplement.
Car Astaroth n'est plus Dragon.
Astaroth est un homme.
*
Drainé par la fatigue, malade des contemplations de l'échiquier, ce fut le pas lourd qu'Astaroth revint vers la Cité, gardienne de son abattement, foyer immuable de son absurde commandement. Bourreau silencieuse.
L'Élu avait ramassé la dépouille du Dragon et avait repassé une fois de plus le manteau puant du tyran à écailles. Il le fallait bien après tout.
Il crut d'abord que l'odeur pestilentielle des lieux était la sienne, que la puanteur du Dragon scalpé puis ressuscité l'avait suivi jusqu'ici. Mais en voyant une fumée noire s'élever de la Tour dressée au milieu de la tempête du ciel, il pressentit que quelque chose n'allait pas. Ses pas se firent plus vifs et il s'étonna de rentrer dans une Cité aux portes grandes ouvertes où il ne vit pas une âme qui vive. Il se mit à courir, le coeur battant à l'idée que ça y est, la bataille touchait à sa fin car l'ennemi avait pris le contrôle du poste principal. Était-ce la peur ou la joie qui agitait son esprit ? Une fin. C'était ce qu'il lui manquait cruellement. Qu'elle soit victorieuse ou perdante. Il lui fallait mourir ou tuer une bonne fois pour toutes. Il se dirigea vers la Tour aux lumières vacillantes d'où provenaient des cris funestes. Il eut beau croiser quelques pions affolés, il ne prit pas le temps de demander ce qu'il se passait et préféra leur donner l'ordre de fermer les portes et de sécuriser l'enceinte.
Il pénétra dans le hall, jeta à peine un oeil sur le carnage ambiant, ne pouvant de toutes façons pas reconnaitre ce qu'il restait des corps éclatés. Il se contenta de suivre les trainées de sang, laissées comme un guide. Il n'avait jamais vu un tel massacre à l'intérieur même du bâtiment symbole de son pouvoir. Le doute l'envahit alors, peut-être pour la première fois. Il se refusait d'attribuer une telle démonstration de cruauté et de puissance à Kamui car il le savait incapable de pareille violence. Il se mit alors à craindre au courroux maternel tandis que ses pas le menaient de plus en plus haut. Il se demanda alors s'il serait encore capable de s'empêcher de laisser éclater sa joie au retour triomphalement sanglant de sa matriarche, de sa geôlière immortelle. Il se fichait d'être puni, battu, humilié devant tous : Mère était revenue, Mère était présente, Mère avait entendu, vu et surtout elle avait répondu à ses supplications. Il se pâmerait devant elle et baiserait les pieds de la souveraine de la démiurge, sans doute.
Enfin, le chemin écarlate lui indiqua une porte : sa porte. Il se trouvait dans son bureau, fermé devant lequel se trouvaient deux de ses Élus : Filippa et Leeroy, se disputant sur l'attitude à adopter. L'un voulait entrer en force, l'autre attendre son retour. Un silence de mort s'installa à son arrivée. Les deux le regardèrent. Astaroth vit la lueur d'inquiétude dans les yeux de la femme-cheval et il devinait l'hébétement du militaire masqué. Sans dire un mot, il écarta les deux belligérants et passa une main sur la poignée glissante d'hémoglobine.


- Leeroy, rassemble ce qu'il reste de tes pions et poste-toi devant l'entrée de la Cité. Je ne veux que personne d'autre ne puisse franchir les portes de cette ville. Filippa, tu sors de là et tu barricades la Tour. Quoiqu'il arrive j'interdis quiconque de pénétrer ici avant que je sois sorti de cette pièce. Quelle que soit la personne qui ait pu commettre un tel acte, elle est trop puissante pour vous et c'est à moi de gérer ce problème. Maintenant filez. Il sentit que les deux étaient réticents à lui obéir mais n'étant pas d'humeur à voir son autorité contestée, il rugit : C'est un ordre !

Il ouvrit la porte et la claqua derrière soi sans même avoir l'ombre d'une idée ce qui pouvait réellement l'attendre. Ses espérances se brisèrent, un sentiment de surprise et de dégoût bondirent dans ses entrailles quand son unique pupille ambrée se posa sur le bellâtre blond, paisiblement installé sur le fauteuil qui était sien. Stupéfaction, terreur et déception furent les sentiments qui le prirent au ventre. Des mots résonnèrent dans son crâne, mais il n'en retint que l'essence moqueuse de la voix mélodieuse tant haïe qui s'était imprégnée dans son esprit. Il lui fallait un moment pour comprendre, assimiler ce qui venait de lui arriver. C'était presque comme si un coup d'orage s'était abattu sur sa tête et maintenant, il ne lui semblait percevoir qu'une réalité difforme et groteque. Était-il en train de rêver ?
Un fantôme pour un autre.
Il ne pouvait que rester bouche bée devant la vision d'un ancien rival revenu d'entre les morts.

Il devinait la bestialité difficilement retenue dans le regard de l'éphèbe qui lui cherchait querelle. Il voyait toute la sauvagerie et la démence de son âme à travers les yeux limpides d'azur de l'intrus. Mais au plus profond des pupilles translucides, derrière les lueurs pernicieuses, il vit son propre reflet. Quelque part au fond de lui, il prit peur car il se reconnaissait parfaitement dans ce regard plein de rancune et de fureur à peine contenues qui réclamait justice. Il prit peur en se rendant compte qu'il était le reflet de ce personnage abject, toujours détesté. Il venait de trouver un égal à son niveau de puissance et d'inhumanité. Il lui passa à l'esprit la pensée qu'il était sûrement devenu tout ce qu'il avait toujours détesté dans cet infâme blondin pédant.

Il resta alors immobile, ahuri, fatigué le temps que tout s'assemblât et ne prenne un sens. Les sons dispersés dans sa boite crânienne s'assemblèrent et leur signification lui éclata à la figure comme une vérité pleine d'épieux acérés. Il finit par comprendre quelque chose qu'il aurait sûrement préféré pouvoir ignorer. Celui qui avait autrefois été envoyé six pieds sous terre s'était évadé de son cercueil. Et avec lui il avait déterré la misère enfouie dans le sol pour la placer sous le museau du Dragon en signe de provocation. Oh quelle astucieuse ruse ! Cruelle plaisanterie ! Quel beau jeu de stratège ! Le mort profane qui s'en va souiller la mémoire d'un autre mort dans le but de faire mourir un adversaire qui se croit immortel ! Magnifique ! Sublime même !
Mais Astaroth n'avait même plus la force de lui rendre la monnaie de sa pièce pas pour le moment. Le coup porté était mortel. L'adonis avait déplacé ses pièces et frappé. Et il avait visé trop juste, trop bien. Désormais la partie semblait avoir basculé de son côté car la blessure rouverte saignait trop pour lui permettre d'avancer ses propres pions et de contrattaquer.
Le Dragon applaudit. Simplement et lentement et leva les bras de façon théâtrale :


- Andrew ! Quel plaisir de te revoir ! Tu aurais du me prévenir de ton arrivée, chenapan ! Me voilà bien embarrassé de ne pouvoir te servir en pâture que la vermine de cette tour branlante en guise de comité d'accueil. Le manteau trempé tomba de ses épaules et s'affala sur le sol tandis qu'il tira une chaise en bois et s'assit nonchalamment en face de son interlocuteur, las.
- Pour répondre à ta question j'ai effectivement beaucoup apprécié ton charmant cadeau.
L'unique oeil du Dragon quitta son ancien rival pour fixer le sol. Combien de temps cela faisait-il qu'ils ne s'étaient pas revus ? Avaient-ils tout deux changé ? Vieilli ? Mûri. Certainement pas. Et c'était là que résidait tout le triste de la situation. Astaroth ne désirait guère s'occuper de cadavres depuis longtemps enterré. Il n'en avait pas le temps, pas les nerfs. Pas après ça.
- Mais mon cher, tu ne m'as jamais dit si tu avais apprécié le mien. Alors dis-moi, je me suis toujours demandé quel effet ça faisait de se faire étrangler ? As-tu senti la poigne glaciale des mains de la Faucheuse t'arracher la gorge pour te trainer aux enfers ? À moins que tu n'aies été noyé. Quel goût avait l'eau boueuse de la Tamise quand elle s'est insinuée dans tes poumons, t'entrainant dans les fonds vaseux des égouts ? Oh pardon, je me suis égaré. Je crois plutôt bien que je t'ai empoisonné. Tu as senti la cigüe se répandre dans chaque veine de ton corps, brûlant chaque parcelle de ta peau d'une atroce douleur ? Biensûr ! Suis-je idiot ? Ne t'ai-je pas plutôt poussé du haut du Big Ben ? Oh, je me suis toujours demandé d'où lui venait ce ridicule surnom. Le Big Ben n'est pas si grand que cela, tu ne trouves pas ? Combien de temps a-t-il fallu avant que tu ne t'écrases sur les pavés sales de la ville ? Tu as compté j'espère ? Je dirais trois, peut-être quatre tout au plus. Allons, dis quelque chose mon ami, je te trouve bien silencieux.
La tirade s'était échappée de la gueule du Dragon comme un jet de venin craché au visage. Mais il s'agissait d'un discours grinçant, amer sans aucune pointe de cynisme ou d'amusement, comme une réplique apprise et récitée machinalement. Astaroth ne tirait aucun plaisir de cette joute verbale. Il coupa court aux hostilités de politesse.

- Et maintenant quoi Andrew ? Je ne suppose que tu n'es pas venu jusqu'à mon bureau en massacrant tout ce qui se trouvait sur ton chemin pour prendre le thé. Faut-il que nous nous battions jusqu'à la mort comme les deux animaux que nous sommes ou puis-je d'abord t'interroger sur la façon dont tu es revenu m'honorer de ton auguste présence ?

Astaroth comprenait sans pouvoir pardonner car son coeur manquait de la compassion propre aux âmes charitables. Mais il comprenait la rancoeur, la fureur qui devait cogner contre les tympans du jeune homme et lui faire grincer les mâchoires à s'en casser les dents. Car il avait la même animosité en lui. Deux animaux c'étaient tout ce qu'ils restaient d'eux.
Deux bêtes. Mythiques ou mortels. Ils restaient deux bêtes, toutes deux rendues folles pour un unique but, un unique objectif simple et pourtant si difficile à atteindre : La Vengeance.
Vengeance était le Maître Mot. Vengeance était leur Marionnettiste infernal. Vengeance était le motif personnel qui animait les poupées animales et les faisait se battre et s'entre déchirer jour après jour. À défaut de pouvoir maintenant atteindre un idéal, un rêve broyé et émietté par l'infernal tourbillon des Dieux, ils se devaient à present trouver Vengeance.
Il leur fallait désormais mourir ou plonger leurs mains dans la fontaine du sang d'une justice purifiée, atteinte, sanctifié. Vengeresse.
Mais Astaroth ou Heathcliff ne se sentait pas encore prêt à accorder Vengeance à un nouveau joueur quand lui ne l'avait jamais ne serait-ce qu'effleuré après des années de lutte et de souffrance. Non, le Dragon était à demi-mort mais il n'avait pas encore succombé. Et il n'y avait pas de demi-mesure. Il n'accepterait que la Mort ou la Vengeance.

Il dégaina son sabre.

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Vengeance [PV Astaroth]

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