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 Le Chevalier aux Gnufs

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Benedict Adriel
L'Homo Post-it

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MessageSujet: Le Chevalier aux Gnufs   Sam 31 Déc - 13:38

D'abord, je m'excuse pour le délire. Je me suis trop cassé la gueule quand j'étais petit, et mon neurone restant a été rendu fou par la solitude. Depuis, il sort des trucs étranges
Je lâche cette horreur ambulante ici parce qu'il fallait bien que j'en fasse quelque chose d'autre que le foutre à la corbeille où il a une place toute prête et comme dans l'histoire, il y a des Gnufs...
Bon allez, pour les contes de fée avec des sorcières, des monstres, des chevaliers et des princesses, il n'y a pas d'âge, n'est ce pas?
Je vous présente donc la fabuleuse histoire du
Chevalier aux Gnufs



Il était une fois, dans un pays lointain, un chevalier au service d’un roi un peu désorganisé. Ce chevalier, Sir Benedict d’Adriel, un jeune homme à la chevelure de feu allant vaillamment sur ses vingt-cinq ans, était le moins efficace de toute l’armée du seigneur. Malgré les huit ans qu’il avait passé au service du roi, il n’avait pas réussi à sauver une seule princesse.
Oh, ce n’était pas du tout par manque de volonté ! Il était motivé et tenace, il ne rechignait jamais et acceptait toutes les missions qu’on lui confiait. Ce n’était pas non plus par manque de capacités. Bien qu’un peu niais, il était loin d’être bête et bon nombre de ses conseils stratégiques avaient sauvés des vies. Bien qu’incapable de tenir dans quelle position que ce soit sur un cheval, il maniait avec talent l’arc comme l’épée. Non, non, le problème n’était pas là. Le problème, c’était qu’il était trop gentil. Une princesse risquait de se faire dévorer par un dragon ? Pauvre bête ! se disait-il, il doit avoir faim. Et il partait acheter un troupeau de vaches pour nourrir la créature. Une princesse était prisonnière d’une vilaine sorcière ? Pauvre grand-mère ! Elle devait se sentir seule, à son âge, sans aucun petit enfant pour égayer ses vieux jours. Et il partait proposer une Tea-Party à la sorcière pour la convaincre d’intégrer ce cercle de Bingo où elle serait sans aucun doute la bienvenue. Une malédiction retenait une princesse au fond d’un lac ? Mais on ne pouvait pas utiliser le sort pour assécher le plan d’eau voyons ! Qu’allait devenir les poissons, les grenouilles, les canards ? Et il partait transvaser tous les habitants du lac dans la rivière voisine.

Le pire était sans doute que ses stratégies marchaient toujours : le dragon changeait de régime alimentaire, la sorcière devenait la coqueluche du club de Bingo, les grenouilles en profitaient pour rendre visite à leur belle-famille. Il aurait pu sauver une multitude de princesses ! Seulement, Sir Benedict n’était pas le seul chevalier du royaume, loin de là ! Et comme le roi désorganisé avait décrété que la valeur d’un homme, et donc sa paie, se mesurait au nombre de jeunes filles en détresse qu’il parvenait à secourir, les camarades du chevalier profitaient des moments où le jeune homme consolait un preneur d’otage, redonnait confiance en lui à un magicien ou offrait des produits de beauté à une sorcière qui se trouvait vieille et laide, pour se porter au secours de la princesse prisonnière.
Même si Sir Benedict écartait tous les obstacles, le roi ne se fiait qu’aux résultats et c’était toujours les autres qui recevaient les honneurs, l’argent et le pouvoir.
GNUUUUF <3

Le pire de tous était Sir Goliath, aussi appelé Le Chevalier aux Cent Princesses, en référence aux nombreux sauvetages qu’il avait effectué, toujours avec succès. Bien sûr, il n’en avait pas réellement sauvées cent, le nombre réellement s’élevait à soixante huit, dont au moins vingt-quatre qu’il avait secouru en profitant de l’inattention de Sir Benedict. C’était qu’il y avait de nombreuses princesses à sauver, dans ce pays lointain. Et la plupart du temps, on se retrouvait à devoir sauver cinq fois les mêmes, les méchants étant particulièrement actifs dans la région (et les princesses particulièrement bécasses, mais on ne dit pas ça d’une jeune fille, surtout quand on est un chevalier).
En plus des missions qui lui étaient attribuées, Sir Goliath avait pris pour habitude de suivre son inefficace collègue, ayant parfaitement compris qu’il pouvait ainsi récolter des princesses sans faire d’autres efforts que de réciter une petite tirade héroïque à la demoiselle en lui tendant la main.
Sir Benedict était parfaitement lucide sur la situation, mais il ne pouvait pas s’en empêcher. Tuer quelqu’un, ou quelque chose, qui agissait méchamment simplement parce qu’il avait des problèmes de sociabilisation ou des habitudes alimentaires inadaptées lui paraissait d’une cruauté sans nom et totalement indigne d’un preux chevalier qui se devait de posséder un cœur noble et juste. Pourtant, il aurait aimé secourir des belles dames, leur rendre leur liberté et accepter avec classe leurs remerciements admiratifs avant de repartir accomplir son devoir. Ce n’était à ce jour jamais arrivé.
Il était donc considéré comme le chevalier le plus incapable de tout le royaume et était la risée du palais.
GNUUUUF <3

Un beau jour, le seigneur du pays se pencha sur les performances de ses soldats.
-Sir Goliath, soixante huit princesses, vous êtes décidément notre meilleur élément ;
Sir Cé, quarante deux, beau score !
Sir Dabeille, trente-neuf, vous allez presque rattraper votre collègue !
Sir Que, trente, tout rond !
Sir Constance, vingt et une, il parait que vous en avez sauvées deux d’un coup, félicitation !
Sir Culation, douze, pas mal pour quelqu’un qui n’a qu’un bras…

Arrivé en bas de la liste, le souverain fronça ses royaux sourcils.
-Sir Benedict, toujours aucune, en huit ans, je ne sais plus quoi vous dire ! Ecoutez, si vous ne sauvez pas au moins une demoiselle, pas forcement une princesse, une fille de ferme même, ce serait déjà un bon début, je me verrai dans l’obligation de vous renvoyer. Vous avez une semaine ou je vous dépossède de votre titre.
Les autres chevaliers ricanèrent. Bien sûr, devoir se séparer d’une andouille qui leur rapportait des princesses sur un plateau les embêtait un peu, mais ça faisait un concurrent, même inefficace, de moins. Sir Goliath, tout particulièrement, se promit de faire tout son possible pour que le jeune homme soit radié de l’armée. Il s’avait que le chevalier roux, malgré ses piètres résultats, était celui qui méritait le plus le titre qu’il portait et cela le mettait en rage.
GNUUUUF <3

Désespéré, le brave paladin partit noyer son chagrin au bord d’une petite mare. Face au miroir aqueux, il s’invectivait pour se motiver.
-Allez, courage ! Tu es un chevalier, un battant qui n’abandonne jamais, surtout s’il n’avait pas commencé la bataille ! Tu prends sur toi, et tu vas en sauver, une demoiselle ! Un peu de nerf, allez, allez ! Si t’es si défaitiste, pas étonnant que tu n’arrives à rien !
Le jeune homme s’arrêta net dans sa tirade, sentant comme un regard posé sur lui. Il se retourna et se retrouva nez à nez avec un étrange mouton joufflu à la laine arc-en-ciel GNUF ! . D’un mouvement habile, il dégaina vivement son épée et la pointa sur le museau de la créature.
-Qu’es-tu, être étrange ? Que viens-tu faire en ces lieux ? Mais surtout… connaitrais-tu une jeune fille quelconque qui aurait besoin qu’on la sauve dans la semaine qui vient ? Ça me rendrait vraiment service.
La bestiole afficha l’air le plus interrogatif que puisse arborer un mouton. Semblant se demander s’il n’était pas préférable de faire demi-tour dés que possible, il finit néanmoins par prendre la parole.
-J’appartiens au fier peuple des Gnufs, monsieur. Je m’appelle Machingnuf. Je me trouve en ces lieux car je suis à la recherche d’un chevalier capable de secourir ma sœur, Chosegnuf. Elle a été capturée par un poulpe géant qui réside au fond du Lac Noir.
A ses mots, Sir Benedict rengaina immédiatement son arme. Avait-il bien entendu ? Une jeune fille prisonnière ? C’était sa chance, il n’avait pas intérêt à la laisser filer !
-Ami Gnuf, je suis ton homme. Il est de mon devoir de te rendre ce service, et je répondrai ainsi au vœu du roi. Conduis-moi jusqu’au Lac, tu ne seras plus séparé de ta sœur bien longtemps, moi, Sir Benedict d’Adriel, je t’en donne ma parole !
Impressionné par tant de fougue et de bravoure, le mouton hocha vivement la tête et ouvrit la marche vers le lieu où Chosegnuf était retenue captive.
Caché derrière un gros rocher, un petit groupe de chevaliers tentait tant bien que mal de ne pas exploser de rire devant tant de stupidité.
GNUUUUF <3

Arrivé devant le Lac Noir, nommé ainsi à cause des eaux si sombres qu’elles semblaient mener droit aux Enfers, le jeune chevalier ordonna au Gnuf de se mettre à l’abri pour ne pas se retrouver mêlé à la bataille, surement violente, qui risquait de suivre.
Il se campa sur la rive, se racla la gorge, et ordonna au maitre du Lac de se montrer. Celui-ci ne se fit pas prier, et dés que la voix du jeune homme se fut éteinte, l’eau commençait à bouillonner affreusement. Un monstre de cauchemars en surgit Poulpy ! <3 , une boule de tentacules, visqueuse et sombre, boursouflée comme si elle avait endurée mille pestes et dégageant une odeur si pestilentielle que le solide paladin se sentit presque défaillir. Entre les tentacules de la Bête, on apercevait une petite boule multicolore qui bêlait de toutes ses forces Hez a baaaaaabyyyy ! .
N’écoutant que son devoir, Sir Benedict dégaina sa lame et s’apprêta à se jeter courageusement sur la créature pour se porter au secourir de la brebis. Le poulpe géant se ramassa sur lui-même, comme effrayé, rapprochant la Gnufette de lui en poussant un gémissement à fendre l’âme. Le chevalier laissa tomber son épée et se précipita tout au bord de l’eau.
-Oh ! Pauvre petite bête ! Tu ne comptes pas lui faire de mal, à cette demoiselle, n’est ce pas ? C’est juste que tu te sens triste, au milieu de tout ce noir. Quand tu l’as vu, avec toutes ses couleurs, tu as voulu la garder près de toi pour égailler un peu ta maison, pas vrai ? Mais il faut que tu nous la rendes, tu sais, sinon, elle sera malheureuse, et son frère aussi. Mais ne t’inquiète pas. Un de mes amis est couturier, il possède les étoffes les plus belles et les plus colorées de tout le royaume. Je vais aller t’en chercher pour illuminer un peu ton intérieur.
Le jeune homme se tourna vers Machingnuf avec un air gêné.
-Je suis désolé, je vais devoir te laisser quelques instants. La ville est loin, à pied. L’aller-retour prendra trois bonnes heures. Mais à mon retour, je te promets que tu pourras serrer ta sœur dans tes pattes.
Alors qu’il s’apprêtait à se mettre en chemin, le Gnuf le rattrapa.
-Attendez jeune homme ! Si je suis trop petit pour pouvoir vous porter jusqu’en ville, une de mes amies peut s’en charger, vous irez bien plus vite ! Par contre, vous ne pourrez l’approcher que si vous avez le cœur pur.
Le mouton marqua une pose puis, devinant que le chevalier ne comprendrait pas la subtile allusion, explicita son propos.
-Si vous êtes puceau quoi.
Sir Benedict rougit brutalement mais hocha quand même la tête, affreusement gêné. Machingnuf baragouina quelque chose dans le bêlement secret des Anciens Gnufs et la plus magnifique des créatures qui puissent exister sur cette Terre apparut. Elle était grande, fière et fine, avait le port d’une princesse et la peau immaculée, une longue chevelure d’argent et de grands yeux tristes d’une beauté infinie. Une élégante corne étincelante ornait délicatement son front et ses sabots délicats semblaient ne pas toucher le sol. Sir Benedict se trouvait face à une licorne.
L’instant de stupéfaction passé, il se souvint qu’il était incapable de tenir correctement sur un cheval, encore moins si celui-ci se déplaçait. Un peu vexée, la licorne lui répliqua qu’elle n’était pas un cheval, mais une créature de légende, et qu’elle était parfaitement capable de faire tenir un homme sur son dos, aussi peu doué qu’il soit. Pas très convaincu, le paladin enfourcha la sublime créature qui s’élança avant même que le jeune homme ne se soit correctement installé.
Effectivement, il ne tomba pas de tout le trajet, qu’ils firent en un temps olympique. Quand il descendit de sa monture pour entrer dans l’échoppe de son ami, il se sentit néanmoins un peu nauséeux. Il passa dans la boutique comme un ouragan, paya la centaine d’étoffes criardes qu’il avait attrapé sous les yeux ébahis de l’adolescent qui tenait la caisse en se demandant si cet enragé était réellement le Benedict qu’il connaissait et réenfourcha la licorne qui rejoignit le Lac encore plus rapidement qu’ils ne l’avaient quitté.
Dés qu’il les aperçut, le monstre du Lac lâcha immédiatement la jeune Gnuf pour se saisir des étoffes multicolores et commença à se les entourer joyeusement autour des tentacules, ravi par tant de couleurs. Chosegnuf se précipita dans les bras de son frère qui, après de tendres effusions, l’envoya remercier le valeureux chevalier qui l’avait sauvée.
Aux anges, Sir Benedict leur demanda s’ils accepteraient de venir dans le château afin de narrer le sauvetage au roi. Ils acceptèrent de bon cœur. Le paladin remonta sur la licorne qui commençait à apprécier son rôle de fier destrier et, encadré des deux Gnufs, rentra au palais.
Sur son chemin, tous ceux qu’ils rencontraient tombaient en admiration devant ce beau jeune homme chevauchant un animal légendaire et escorté de deux bêtes dont la laine arc-en-ciel faisait rayonner le chemin. Sir Benedict était euphorique. Pour la première fois, il était considéré comme un héros.
GNUUUUF <3

Hélas, il déchanta bien vite en arrivant devant le roi et ses chevaliers, qui manquèrent de mourir de rire au récit de son aventure. Après avoir plus ou moins retrouver son calme, le souverain lui expliqua qu’un mouton, même femelle, même doué de parole, même multicolore, ne pouvait en aucun cas être considéré comme une jeune fille, sauf par des personnes aux mœurs étranges, et que le sauvetage était par conséquent considéré comme non valable.
Affublé du surnom moqueur de « Chevalier aux Gnufs », le jeune homme quitta piteusement le château et retourna, désespéré, au bord de sa petite mare. Les trois animaux tentèrent tant bien que mal de le consoler, mais le chevalier ne les écoutait plus. Alors qu’il s’apprêtait à briser son épée, se considérant indigne de la posséder, un groupe de vieillardes arriva en boitillant, invectivés par une énergique vieille dame qui portait une écharpe où était inscrit « Miss Bingo » qui les enjoignait à accélérer le pas. Sir Benedict salua faiblement l’ancienne sorcière et reporta son attention sur l’onde. Les poings sur les hanches, celle-ci commença à caqueté contre le jeune homme.
-Non mais dans quel état je te trouve ! Ton ami l’couturier m’a bien dit que t’avais des ennuis avec le châtelain, mais j’m’imaginais pas te trouver dans un tel état d’abattement ! Qu’est ce qu’il t’est donc arrivé sale mollusque ? Où est passé l’insupportable énergumène plein de bons sentiments qui m’a forcé à boire un thé infect pour me convaincre de rejoindre un cercle de Bingo au lieu de kidnapper des princesses ? J’ai honte de te voir comme ça, crapaud baveux. J’ai suivi les conseils d’un fier chevalier, honnête et sage, pas d’une vieille carpette déprimée ! Tu déprimes aussi facilement et tu oses dire aux autres ce qu’ils doivent faire ? Sale chat de gouttière, tu me rappelles mon grand-père. Bientôt, tu te serais tellement bien auto-convaincu de ta propre incapacité que tu kidnapperas toi-même des demoiselles pour essayer de retrouver ta fierté masculine !
Ces derniers mots firent réagir le jeune homme qui protesta d’autant plus énergiquement qu’il avait effectivement pensé que, comme il était incapable de sauver une jeune fille, il ne lui restait plus qu’à en enlever. Satisfaite de l’effet de son petit discours, la nouvelle reine du Bingo lui désigna ses accompagnatrices.
-Tiens, regarde ce que je t’ai trouvé. Trente princesses d’un coup.
Sir Benedict jeta un coup d’œil dubitatif sur les vieilles, qui gémissaient en se plaignant de leur arthrite, en se demandant s’il existait une date à partir de laquelle les princesses périmaient et devenaient juste de simples vieilles dames moches. L’ancienne sorcière secoua la tête.
-Ne te fie pas aux apparences, taupe terreuse ! Roger a trouvé ces pleurnichardes regroupées dans la forêt et les a ramenées au club, mais comme y’en avait pas une qui savait jouer au Bingo, on s’est douté qu’il y a avait asticot sous paillasson. C’est l’cousin de Barbe Bleue, Ongle Rose qui fout encore le bordel. Il a épousé toutes ces filles, mais comme il les trouvait trop superficielles, il les a toutes vieillies de quatre-vingt ans. Sauvez des princesses d’un sortilège, c’est dans tes cordes, non ?
Le jeune homme hocha la tête lentement, toujours pas réellement convaincu et n’osant pas croire en une telle opportunité.
-Et bien qu’est ce que t’attend larve avariée ? Vas voir Ongle Rose ! Sauve les princesses, plus vite que ça !
Sir Benedict bondit sur ses pieds. Il sauta sur la licorne en adressant un discours chevaleresque aux trente femmes qui ne lui prêtèrent pas la moindre attention et disparut dans les bois sans réaliser qu’il commettait la même erreur qu’à chaque fois : il allait s’occuper du méchant, mais laissait les véritables objets de sa quête sans surveillance.
Heureusement, les deux Gnufs n’étaient pas aussi tête-en-l’air que leur nouvel ami. Ils restèrent en compagnie de l’ancienne sorcière, et, prenant respectivement le rôle de chiens de berger et gardienne de troupeau, le trio entreprit de guider lentement le groupe de vieilles jusqu’au château où Benedict s’était rendu. Dans l’ombre, Sir Goliath n’avait rien perdu de la discussion. Trente princesses, rien que ça. Et un abruti qui les laissait à la garde d’une tarée et de deux boules de laine. C’était son jour de chance.
GNUUUUF <3

De son côté, Benedict avait déjà atteint la demeure d’Ongle Rose et toquait à la porte. Un jeune homme débraillé, décoiffé, mais aux ongles parfaitement soignés qui luisaient d’un rose surnaturel lui ouvrit. Il tenait à la main une bouteille de parfum et un paquet de barrettes.
-Quoi ? aboya-t-il d’une voix grave qui contrastait étrangement avec son physique gracile.
-Bonjour, je suis le chevalier Benedict d’Adriel…
La porte se referma sur le paladin qui eu quand même le temps de glisser son pied dans l’ouverture pour l’empêcher de se clore complètement.
-Je ne vous veux pas de mal Monsieur ! Je venais juste vous demander si vous accepteriez de rendre leur apparence normale aux princesses que vous avez vieillies.
La porte s’ouvrit de nouveau et Ongle Rose s’adossa à l’encadrement, une main fermement plaquée sur ses cheveux pour tenter d’en discipliner les épis, l’autre tendu vers Benedict, menaçante.
-Ecoute, t’es mignon, d’arriver comme ça la bouche en cœur, mais si je leur ai jeté ce sort, tu penses bien qu’il doit y avoir une raison et que je vais pas les libérer comme ça, pour tes beaux yeux.
Le paladin fit la moue. Dommage, ça serait tellement plus simple si les méchants acceptaient tout de suite de devenir gentils.
-Pourquoi vous les avez transformées ? Je peux peut-être vous aider.
Le cousin de Barbe Bleue faillit s’assommer devant tant de niaiserie d’innocence. Il se dit que l’autre ne devait qu’être un simplet se prenant pour un chevalier et qu’il n’était sans doute pas dangereux et choisit de lui confier l’histoire.
-T’as l’air bête, mais têtu, donc je te raconte et ensuite, tu files, ou je me fâche. C’est simple, les filles m’énervent. A chaque fois, c’est la même chose, tous les matins, elles s’habillent, elles se maquillent, elles se coiffent, elles deviennent belles et resplendissantes. Et moi, je suis incapable ne serait-ce que de tenir un peigne dans le bon sens. Elles se moquent de moi, elles se croient drôles. Pourquoi elles savent se servir de tout ce bazar et pas moi ? Alors je les ai transformées en vieilles, comme ça, même avec leur science du maquillage, elles n’arriveront à rien ! C’est bon, tu connais toute l’histoire, t’es content ? Alors oust !
Ongle Rose reporta son attention sur le chevalier et découvrit que celui-ci le fixait d’un air désolé, l’œil humide et la lèvre tremblotante.
-Je comprends votre peine ! Votre histoire est si triste !
-Hein ? Mais nan ! Tu es sûr que tu as écouté ce que j’ai dit ? En quoi c’est triste ?
-Cette malédiction qui vous empêche de vous occuper de votre apparence… c’est tellement dommage !
-Mais, c’est pas une malédiction ! Personne m’a appris, c’est tout.
-Je comprends que vous en vouliez à ces jeunes filles. Elles n’ont pas su vous comprendre, les ingrates. Elles auraient dû vous enseigner les secrets des produits de beauté !
-Pardon ? Vous seriez pas un peu malade ? Les filles, c’est pas leur faute. Je leur ai jamais demandé de m’aider, elles pouvaient pas deviner ! Je leur ai jeté ce soir parce que j’ai un caractère de merde et une patience proche de zéro, c’est tout. … Quand j’y pense, c’est pas sympa ce que je leur ai fait… Simplement parce que j’étais de mauvais poil…
-Je connais une jeune fille ravissante et d’une habilité incroyable qui apprend aux gens à prendre soin de leur apparence. Je pourrais vous la présenter?
-Une telle femme existe ? Qui partage son savoir ? Quand je pense à tout le mal que j’ai fait à mes anciennes épouses… Bon, vous m’avez convaincu, vous pouvez aller les libérer du sortilège. Elles ne méritaient pas ça.
Sir Benedict sourit.
-Je vous donne immédiatement l’adresse de mon amie. Pouvez-vous m’expliquer comment désensorceler les princesses ?
-Hein ? Bah, comme d’habitude voyons ? Il n’y a qu’une seule méthode, à ma connaissance : vous les embrassez. Tiens, hop, magie, par les pouvoirs qui me sont conférés, je te permets de lever le sort en posant tes lèvres sur les leurs, zouh ! Sur ce, je vous laisse, il faut que j’aille préparer mes affaire pour rendre visite à cette charmante femme dont vous me parler. Adieu !
Ongle Rose disparut dans son manoir en claquant la porte sans réaliser que le teint du chevalier avait lentement viré au vert. La licorne s’inquiéta.
-C’est l’idée d’embrasser des princesses qui semble te donner à ce point la nausée ?
Le jeune homme hocha lentement la tête et enfourcha la créature de légende sans un mot de plus.
GNUUUUF <3

Lorsqu’il arriva en vue de la mare où il avait abandonné les jeunes vieilles femmes, il ne semblait toujours pas tout à fait remis. Le spectacle qu’il trouva là-bas le surpris tellement qu’il accomplit une chose impossible : tomber du dos d’une licorne sans que celle-ci ne l’ai décidé. Il faut dire que la scène avait de quoi surprendre. Trente vieilles dames étaient agglutinée le plus loin possible de la mare, où un solide gaillard pleurait à chaudes larmes, un mouton arc-en-ciel lui gobant chaque main jusqu’au coude. Une sorcière complétait l’étrange tableau en lui infligeant des coups répétés à l’aide d’une écharpe portant l’inscription « Miss Bingo » tout en hurlant des insanités. Sir Benedict dégaina timidement son épée pour faire bonne mesure et s’enquit des évènements qui avaient mené à une telle situation.
-Bordel, qu’est ce qui se passe ici ?
-Gnamagnamagnam. Articula Machingnuf sans lâcher le bras de l’homme.
La sorcière traduisit.
-On avait décidé de te suivre donc on a rassemblé les princesses. Mais au moment où on s’est mis en route, ce bouc crasseux nous a sauté dessus en déclamant une tirade presque aussi niaise que les tiennes et a tenté d’embrasser les demoiselles. La p’tite Gnufette l’en a empêché et on s’est occupé de lui en t’attendant.
Sir Benedict posa son regard sur l’homme qui geignait en barbotant dans la mare, pas réellement surpris de reconnaitre Sir Goliath. Il ordonna aux deux Gnufs de relâcher le chevalier et s’approcha de lui, la lame en avant.
-Vil personne, tu devrais avoir honte. Un chevalier se doit d’être noble, droit et fier, juste, courageux et galant. Je peux te pardonner de sauver des princesses qui me revenaient de droit, mais il est inadmissible de tenter d’embrasser de force une jeune fille, fût-elle vieille et ensorcelée. La moindre des choses est de lui demander l’autorisation !
Le Chevalier aux Cent Princesses hocha énergiquement la tête, les yeux fixés sur les deux Gnufs qui bêlaient agressivement. Benedict lui intima de quitter les lieux sur le champ et le couard obéit sans plus insister.
Après avoir rengainé son arme, le paladin se tourna vers les princesses d’un air gêné.
-Bon euh… Je suis allé voir votre ancien époux… et… il m’a donné le pouvoir de vous délivrer de sa malédiction en euh… en vous hum… embrassant. Qui veut commencer ?
Les ensorcelées le dévisagèrent d’un air septique. Il n’avait tellement pas l’air convaincu lui-même par ce qu’il disait qu’elles avaient beaucoup de mal à le croire.
Après un long silence, une vieille se redressa.
-Un peu de courage, mesdames ! Qu’avons-nous à perdre ? Et puis, il est bien mignon, ce garçon, non ? Vous ne pouvez pas dire le contraire. En tout cas, moi, personnellement, je le croquerais bien.
Elle s’approcha du pas le plus énergique que ses vieilles jambes lui permettaient et planta un long baiser sur les lèvres du pauvre jeune homme qui manqua défaillir. Dans un « SPLOTCH » lumineux, une magnifique jeune femme aux longs cheveux noirs et à la poitrine opulente apparue en lieu et place de l’ancienne. Elle détailla sa nouvelle apparence avec attention et releva la tête, visiblement satisfaite.
-Et bien voilà ! On est quand même mieux comme ça, il n’y a pas à dire. Merci mon mignon. Allez à la suivante !
GNUUUUF <3

Les vingt-neuf autres femmes embrassèrent donc chacune leur tour le pauvre jeune homme, avec un enthousiasme plus ou moins prononcé, mais toujours trop aux yeux du garçon. Pour lui, une femme, c'était jolie de loin et attirante uniquement si elle était totalement inaccessible. De près, il trouvait ça relativement effrayant. Quand toutes eurent retrouvé leur apparence juvénile, la première à avoir osé prit la direction des opérations.
-Bien, si j’ai tout compris, nous devons accompagner notre charmant sauveur pour prouver au roi qu’il a bien accompli son devoir, ensuite, nous pouvons partir où bon nous semble.
Sir Benedict acquiesça.
-Ou alors, on peut aussi rester avec lui pour qu’il nous protège au cas où notre ancien époux ne reviendrait sur sa décision. Proposa une petite blonde en faisant courir ses doigts sur le bras du chevalier qui secoua énergiquement la tête en signe de refus.
-Mon devoir est de porter secours aux demoiselles en difficulté. Je ne puis rester en compagnie d’une seule en en laissant d’autres dans le besoin. Tenta-t-il maladroitement.
La blonde fit la moue mais n’insista pas, au grand soulagement du paladin.
La petite troupe se mit en route. La sorcière ouvrait la marche, suivie par la brune à forte poitrine qui guidait toutes les autres demoiselles. Derrière, Sir Benedict, encadré des deux Gnufs, chevauchait sa licorne en se faisant le plus petit possible et le teint toujours un peu terreux.
GNUUUUF <3

Leur arrivée au château fût très remarquée et le roi daigna même descendre les accueillir, curieux de savoir comment un chevalier aussi incapable avait pu dénicher autant de demoiselles.
-Chevalier Adriel, vous m’étonnez agréablement. Sourit-il quand les princesses lui eurent raconté toute l’histoire. Je commençais à désespérer de faire de vous un soldat digne de ce nom. Trente jeunes femmes, de sang royal qui plus est ! C’est du jamais vu. Je n’y croyais plus, mais vous m’avez bien prouvé que vous êtes digne de votre titre. Outre les récompenses pécuniaires, je vous autorise à choisir une de ces dames afin de l’épouser, si elle est d’accord, bien entendu.
La grande majorité des demoiselles roucoulèrent leur accord en mettant leur argument en avant. Sir Benedict pâlit et réprima un pas en arrière, qu’il transforma en petite courbette.
-Mon roi, je me dois de décliner votre aimable proposition. Gentes demoiselles, veuillez pardonner l’horrible affront que j’ai l’audace de vous faire. Vos beautés et vos grâces se surpassent les unes les autres et je serais bien incapable de faire mon choix parmi tant de joyeux rivalisant d’éclat. De plus, je suis chevalier. Mon rôle est de vous secourir, vous, merveilleuses créatures féminines qui font la renommer de notre pays par delà les mers. Je ne peux m’attacher à l’une d’entre vous sans compromettre la mission qui m’a été attribuée. Je dois, sur ces paroles, vous quitter. Le devoir m’appelle ailleurs.
Le chevalier sauta élégamment sur la licorne qui virevolta pour faire demi-tour, encadrée par les deux fidèles Gnufs qui avaient fait le choix de rester aux côtés du jeune homme. En s’éloignant, Sir Benedict se retourna pour faire un dernier adieu aux jeunes femmes.
-Au revoir, charmantes demoiselles ! Puisse votre beauté ne jamais ternir et vos charmants sourires toujours illuminer ces terres. Si jamais il venait à vous arriver malheur, soyez sûres que je viendrais immédiatement vous porter secours !
Il disparut dans le soleil couchant alors que la gracieuse licorne prophétisait, à raison, qu’il n’aurait de cesse de regretter ces dernières paroles.
Now r rdy 2 invade z FIN Now r rdy 2 invade z



Vous êtes arrivés jusqu'ici? Vraiment? Et vous n'êtes pas devenu aveugles à cause de l'avalanche de couleurs absolument pas accordées? Je vous admire.
Excusez moi pour ce délire chevaleresque, j'ai trop mangé de livres de contes quand j'étais petit, et j'ai trop fréquenté de timbrés quand j'étais plus grand.
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