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 ✭ Beautiful Mermaid.

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MessageSujet: ✭ Beautiful Mermaid.    Ven 24 Juin - 16:16

    There is a Mermaid in the bathroom...


    © Fukuwa, Nico Nico Singers.


    For A Sweet Sea Fairy.


    Nom : Raphaëlita. Nom explicitement féminin.
    Prénom(s) : Maena, Aiolia, Méryl. Tout pour plaire.
    Sexe : Bien que la nuance soit infime, il est autant physiquement que mentalement un homme.
    Rang : ○•The Mermaid of your Nightmare.•○
    Orientation sexuelle : N'y ayant pas réellement réfléchi, il se considère comme bisexuel.
    Âge : Dix-sept ans.
    Origines : Depuis plusieurs générations maintenant, sa famille est grecque.

    Divinité servie : Layca.
    Élu dominant : Réservez-moi cette surprise...
    Grade : Bras droit.
    Don : Les cordes vocales acèrbes. La voix miraculeusement hypnotique. Il suffit de l'entendre pour succomber au charme de cette voix divine. Il porte un masque, ou s'il l'enlève, protège ses lèvres par des rubans adhésifs, bandanas, ou autres pièges. On veut les lui retirer à ses risques et périls. Il s'abandonne aux mains imprudentes qui s'aventurent le long de son faciès candide. Là, on découvre deux lèvres closes, qui n'ont pas pour habitude d'être ouvertes. On s'approche. Et il ne prononce pas un mot. Il ouvre simplement la bouche. Il sent la neige. Et l'on sent notre cerveau bouillonner, puis exploser. On appelle cela Mermaid's Call.

    Nécessite cependant une distance relativement proche entre le jeune homme et sa cible, et ne peut non plus être excessivement utilisé sous peine d'être soi-même touché par le don.

    Arme(s) utilisée(s) : Il a aimé tirer avec les gros calibres, sur Terre. Ici, il n'a pas réellement d'armes de prédilection.


    Description Physique :



    Quand il se regarde au travers de son reflet, il admire la beauté angélique de son visage juvénile. Une peau de lys, saine et pure, miraculeusement épargnée par les ravages de l'adolescence. Une pâleur qu'il trouve néanmoins cadavérique, morbide, ce qui ne va pas en lui déplaisant. Une chevelure souple, soyeuse, qu'il se plait à entretenir. Lisse et longue, elle a toujours été noire de jais. Plus noire que ceux de la chère Khionáti. Des traits fins, subtiles, gracieux. Ils rappellent les formes et les esquisses des femmes. Des lèvres fines, discrètes, qu'il s'amuse à mordre ou à rougir la plupart du temps. Il sourit. Il a l'air gentil, comme cela. Un diamant d'un éclat sans équivoque, un rictus merveilleux. Et deux iris, quelque part entre l'émeuraude, le saphir, l'améthyste et le cristal. Un regard glacial, et pourtant, plus ardent que la braise. Il est, une fois tâtée par sa main raffinée aux ongles longs peinturlurés, d'une splendeur qu'il sait irréprochable. Un beau travail fourni par la mitéra et le patéras, il fallait le reconnaître. Il observe sa nuque dégarnie, offrant une vue plongeante sur des os indiscrets. Il a une taille de guêpe et une finesse que l'on ne peut qualifier que de peu virile. Mais il séduit. Il n'est vraiment pas un être banal. Son torse nu et imberbe affiche des pectoraux et des abdominaux dignes d'un athlète de haut niveau. Ses bras chastes sont pourtant dôtés de muscles à faire pâlir les plus parfaits des jeunes hommes. Il est beau, et il le sait. Lorsqu'il prend la pose, il sourit et embrasse son biceps. Il adore son corps. Ni trop grand, ni trop petit. D'après la dernière visite médicale, soit il y a un moment, il mesurait aux alentours de cent soixante quinze centimètres pour un poids d'à peu près soixante dix kilogrammes. Il était dans la moyenne. Il n'a que du muscle, pas même un peu de graisse. C'est pour cela qu'il n'est pas foncièrement résistant aux coups. Il a toujours été plus habile à frapper qu'à encaisser. Il est le chasseur, pas la proie. Son sourire est radieux. Le soleil éblouit sa dentition impeccable. Ses yeux cherchent ses vêtements. Sortir nu ferait sans doute fureur auprès de ces demoiselles -et messieurs, mais ferait sans aucun doute possible désordre. Son sous-vêtement fut enfilé rapidement. Il était encore plus magnifique de la sorte. Virvoltant sur lui-même, il s'amusait à se charmer. Personne ne pouvait lui résister. Narcisse des temps modernes. Avant de poursuivre son atelier vestimentaire, il se farda de bandages autour des mains et des poignets. Pas tant pas nécessité, plus par plaisir. Il adorait les bandages. C'était un accessoire comme un autre. Lorsqu'il enfila sa tenue du jour, il ne pu passer à côté de son obscurité. Il aimait les couleurs sombres, en usait et abusait tous les jours. Un marcel noir près du corps, un jean's noir troué de toutes parts, une veste trop grande et déjà bien assez ample carmin. Il enfila la capuche sur ses cheveux ébènes, ne laça pas ses chaussures de sport cendrées. Le tout était faussement négligé, et pourtant terriblement attirant. Il avait l'habitude de ce genre de tenues. Pourtant, il vénerait la mode punk et cyber-punk autant que celle-ci, et n'hésitait pas à en changer. Il attrapa un paquet de cigarettes posé non loin d'un lavabo humide. Il l'alluma, la coinça entre ses lèvres nacrées, replongea dans son onde miroir si fusionnelle. Il s'enfumait, et trouvait ça bien. Derrière lui, quelqu'un martellait de ses poings la porte de la salle de bains.

    - Putain, t'as pas bientôt fini?!
    - Dégage, y'a une autre salle de bains en bas.
    - La mitéra l'occupe.
    - Attends qu'elle sorte, alors. Fous le camp.

    Une voix rauque et sèche. Solide et masculine. La jeune femme s'en alla. Lui se contempla. Il manquait ses bijoux. Il passa autour de son cou une chaîne d'acier, au bout de laquelle pendait une coque qui contenait un étrange coeur rouge. Sur son oreille percée, il agrippa une clepsydre sanguine. Puis, au niveau de l'arcane droite, raccroche un piercing en forme de flèche. Bientôt, il attrapa ses affaires personnelles pour les jeter dans un vulgaire sac à dos décoloré, le mettre sur son épaule. Il se regarda une dernière fois. Sourit. Sans quitter son reflet, le bel enfila une paire de gants de cuir noirs. Un symbole ornait le dos de la main. Un oeil. Un oeil. Un temps. Il envoya son poing contre le miroir, le brisant. Et de sa démarche imposante, droite et fière, quitter la salle de bains en riant.

    ****

    Il soupira, puis retira son masque. Les bandages qu'il s'était tué à faire étaient en train de céder. Il les déssera un instant. Il découvrit ces balâfres immondes, refusa d'admirer ces échecs. Il ne savait pas à quoi elles ressemblaient. Il savait qu'il y en avait beaucoup. Il effleura sa nuque glacée, tout comme le reste de sa carcasse. Elles étaient profondes, là aussi. Elles étaient hideuses. Il fallait les cacher au mieux. C'est ce qu'il fit. Il les serra davantage, cherchant à s'étrangler avec. Les noua, minutieusement. Le même pendentif autour du cou. Le style vestimentaire indémodable. Toute la partie basse de son visage angélique disparut sous le blanc des bandes. Il s'observa, intrigué par une telle difformité. Puis, il chercha une cigarette, la fuma en douceur. Rien de tel que la fumée d'une cigarette. Il ne la consuma pas à moitié qu'il l'écrasa sous sa semelle. Expirant par le nez, ses mains bandées parvinrent à lui réinstaller son masque enchanté. La sirène était morte, à présent. Et il attendit, comme ça. Il se regardait. Calme. L'oeil gauche muta vermeille. Il n'était plus qu'un monstre. Bien triste fin d'un Narcisse métamorphosé. Idéalisé. Un passé brisé. Il ne souriait plus. Retira son masque, une fraction de seconde. Entrouvrit les lèvres.

    - Bou.

    Le reflet explosa.


    Description Mentale :

    " Il y aurait tant de choses à dire, et tant d’autres à passer sous silence. Maena, lui, ne cache rien. En effet, il aime dire ce qu’il pense, en particulier lorsqu’il sait que sa pensée pourrait froisser la conscience commune. Malgré cela, on ne l'entend en réalité pas bien souvent, le silence n’est-il pas une excellente façon d’agacer de potentiels interlocuteurs? Le bel ne se soucie que de lui, les autres n’existent pas. Ils sont simplement là pour le divertir ou pour faire l’objet de dissection. Les autres, qu’ils soient êtres humains, chiens, oiseaux ou même plantes, sont là pour entendre les moqueries qu’il se plait à débiter. Ils ne sont que meubles dans le décor tandis que lui est le roi du monde. Tout lui appartient. Toi et tes organes aussi, s’il le souhaite. Raphaëlita n'est pas amoureux du sang, de la chair, des tripes. Il l'est des organes. Beaucoup iront dire qu’il est fou. Peu iront même jusqu’à lui dire en face et il se justifiera en signifiant qu’il n’a seulement pas les mêmes intérêts que tout le monde. Il est curieux, en priorité. Curieux de tout. Ce qu'il l'amène à ne pas se considérer comme un meurtrier, ou un monstre. Monsieur est spécial, monsieur se plait à l’être. Monsieur est peut-être un peu fou, mais il n’est pas bête. Peut-être un peu trop émotionnel, se laissant guider par des envies toutes aussi folles les unes que les autres. Il est néanmoins capable de réfléchir, et quand cela lui arrive, mieux vaut ne pas figurer dans ses plans. Il n’hésitera jamais à blesser, à tuer, torturer, pour arriver à ses fins. En fait, si quelqu’un vient à mourir devant ses yeux, il ne serait pas de ceux qui s’affolent et en finissent choqués. Non, il est plutôt du genre à garder les yeux grands ouverts, réellement fasciné. La mort n’est pas quelque chose qui l’effraie. Les êtres vivants, qu’est ce que c’est? Un amas de cellules, d’atomes et de molécules de toutes sortes dont sa préférée reste l’hémoglobine. Il attache plus d’importance à cette dernière qu’à la vie, celles des autres comme la sienne.
    Il s’avère donc souvent froid, un peu rustre, brutal. Comme s’il allait s’enquiquiner à faire attention au petit cœur des autres. Enfin. Y faire attention? Cela dépendra dans quelles circonstances. Scalpel à la main, peut-être qu’il vous le lacèrera bien, et avec amour. Son péché mignon est la douleur. Mais attention, pas la sienne, celle des autres. Il aime faire souffrir. Cela... le met dans tous ses états. Il adore ça. Surtout s’il s’agit de femmes. Mais il s’occupe tout aussi bien des hommes.
    Maena est un véritable fléau. Un fléau qui ne peut être maîtrisé. Fier et hautain, il ne s’avoue pas facilement vaincu lorsque surgissent les difficultés. Baisser les bras blesserait son amour propre. Parce que oui, Maena s’aime par-dessus tout. Il est le plus important, cela est évident. Il détruit sans une once de peine, il ravage tout sourire. L’apothéose serait peut-être d’aller jeter un œil sur ses propres intestins. Pour l’instant, il se satisfait aisément du corps des autres. Il s’imagine même parfois des scénarios. Chirurgien, boucher, bête sauvage affamée, s’inspirant des films d’horreur les plus horribles, dans lesquels il a noyé son enfance. Le monde entier doit lui appartenir. Mais pour qu’un monde lui appartienne, il faudrait qu’il ait la place de Dieu. Il faudrait donc pouvoir donner la vie de sa paume, et la reprendre de son poing.
    Cependant, il n'empêche que Maena n'est pas dénué de sentiments envers des activités plus "traditionnelles". Il adore les jeux vidéo, par exemple. De même, il apprécie le cinéma, la musique, et plus surprenant encore, il adore Charles Baudelaire. Maena possède une personnalité multiple. Il aime énormément de choses, malgré les apparences. En fait, il aime quasiment tout ce qu'il peut trouver et qui nécessite de l'attention. Il n'en a pas l'air, mais faire la cuisine l'intrigue, donc lui plait. La cour de Louis XVI le perturbe au plus haut point, et il est fasciné par cela. Avant toute chose, Maena est d'une curiosité frappante. Si seulement il pouvait faire bon usage de ce talent... "


    Rapport du docteur Hershel Glastown, psychiatre au centre de psychiatrie Dreamy.

    Signes particuliers : Le bel est, à quelques éléments près, assez remarquable. Toujours quelque accessoire devant la bouche, il ne parle de ce fait que très peu, et en priorité pour exprimer un avis différent de la majorité -soit, pour râler. De même, ses yeux sont selon lui les plus sublimes, et il n'a pas tort. Autrement, il a énormément de tocs. Tellement, qu'il serait impossible de tous les répertorier. Cela sera la surprise.
    Talents spéciaux : Toute activité artistique lui réussit. Autant la musique que la peinture, en passant par la poésie, la sculpture, l'écriture en général...
    Aimez-vous les rhododendrons ? J'aime rien. Surtout pas cette horreur là. [Réponse validée par Kamui qui t'aime quand même *-*]

    Votre personnage est-il victime d'amnésie ? Maena n'est pas complètement amnésique. Il se souvient de certains éléments frappants de son histoire, mais au final assez peu. Toutefois, il a parfois des sortes de retour en arrière furtifs, qu'il oublit presque instantanément. De ce fait, il porte toujours des post-it et un stylo sur lui pour pouvoir les noter, et les afficher dans sa chambre. Au passage, tous les murs sont déjà recouverts de souvenirs.
    Citation : Royal, celui qui... domine.
    Aspiration / Rêve: Ne jure que par la tranquilité et la liberté. Être tout-puissant lui conviendrait parfaitement.
    Phobie / Cauchemar : Ablutophobe. La peur inconditionnelle de se noyer. Cela l'empêche de se baigner.
    Précisions : Depuis plusieurs années maintenant, Maena est insomniaque. De plus, avec un nom comme le sien, l'on n'a que l'embarras du choix pour ce qui est de l'apostropher. Il préfère néanmoins le prénom Méryl, et ne supporte pas son nom de famille.




Dernière édition par Maena A. M. Raphaëlita le Mar 19 Juil - 23:21, édité 6 fois
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MessageSujet: Re: ✭ Beautiful Mermaid.    Mar 28 Juin - 21:24

Biographie :

[ Chapter I- Once upon a time, there was a little aquaphobic mermaid. ]



J'suis sorti, la mitéra soupira, déprima. J'avais les yeux blancs. Complètement blancs. J'ai fait peur à la mitéra, le patéras s'en cognait, et ma sœur était trop jeune pour s'en rendre compte. Elle allait avoir un morveux avec elle, dans sa chambre. Elle ne pensait qu'à ça, j'suis sûr. On m'a retiré des bras de l'aînée fébrile et tremblante pour me confier à un de ces anges d'ivoire. Elles faisaient mal aux yeux, ces garces. Elles m'ont emmené je ne sais où pour me faire passer tout un tas d'examens bizarres. Comme si j'avais que ça à foutre, moi. Ça durait des heures, le voyage. Ses bras gluants menaçaient de me lâcher à tout instant. Elle pouvait pas accélérer, non? Enfin on arriva. La porte s'ouvrit. Ils étaient des milliers, autour de nous. Elle contourna chacune des serres dans lesquelles ces plantes poussaient. Je les voyais remuer les lèvres. Les anciens fœtus ne les bougeaient pas, eux. Les tuyaux qui les reliaient aux machines rudimentaires les alimentaient sans qu'ils n'aient à fournir le moindre effort. La lumière des néons m'arrachait les rétines. Elles tiennent à ma cécité, celles-là. C'est un complot en fait, j'suis sûr. Elles faisaient ça avec un naturel désobligeant. Remuer les lèvres. Sérieux, c'était si facile, pour toutes ces filles. J'essayai, moi, en vain. Si facile. Je n'avais pas l'air de pleurer. Je ne voyais rien. Si, leurs mouvements. Les esquisses de leurs mouvements filamenteux, nébuleux. Une nouvelle galaxie s'offraient à mes yeux aveugles. J'y voyais clair, pourtant. Trop clair. Le sublime. Et c'est tout. C'était trop clair, la scène. Trop de lumière. Elles m'ont posé sur une table glacée. À peine ma peau entra en contact avec cette horrible morsure que mon échine se cambra. Je ne voulais pas rester ici. Quelque chose de mauvais se tramait. C'était pas bon du tout. Et j'pleurais pas. Tant mieux, j'dirais, mais c'était pas à leur goût. Alors elles m'ont frappé. Ma joue brûlait. J'n'ai pas hurlé. Elles me massaient le ventre comme si c'était de là que naissait le problème. Conneries. Elles souriaient, m'attrapaient les poignets. Sans aucune pudeur, l'une d'entre elles m'a joyeusement attrapé le bout de chair qui logeait entre mes jambes. Elle se foutait de l'âge, apparemment. Non, j'étais pas trop jeune pour ce genre de choses. Sale chaudasse. J'ai lu sur ses lèvres. C'est... un... garçon. Ah ben merci, c'est cool, ça. Bon, on peut me foutre la paix, maintenant? Une des imbéciles me regarda dans les yeux, profitant de mon handicap évident. Toujours ces néons à la con en plein dans le nerf optique. C'est vraiment idiot, comme système. T'aveugles les gens comme ça, toi? Mais elles n'avaient pas vraiment l'air de s'en soucier. Vraiment pas. Celle qui jouait avec mon intimité prit un air sérieux. Ça se voyait, elle ne remuait plus les lèvres. Celle qui me massait la regarda. Elle leva les yeux au ciel, baragouina quelque chose. Comme elle n'était pas en face de moi, j'n'ai pas pu lire. L'autre reprit ses paroles. Elles s'éloignèrent. J'ai juste pu interpréter que j'avais les deux. Les deux quoi, bordel? J'veux bien les avoir, ces deux, mais c'est quoi? J'ai regardé la madame qui me séquestrait sur le glaçon par les poignets. Elle déposa sur moi quelque chose de chaud, d'agréable. Je ne voyais pas ce que c'était, mais c'était doux et confortable. Puis elle tira mon poignet vers elle, brusquement. J'ai rien compris. Elle serrait, cette garce, en plus... Et elle me lâcha. J'ai ramené mon bras sur moi. J'avais une étiquette collée à un bracelet. Sans doute un matricule ou un numéro d'identification, j'sais pas. J'y voyais rien. Elles revinrent vers nous, elles ne bougeaient pas leurs lèvres. C'est désagréable, cette pression sur les veines. Elles m'ont à nouveau attrapé, me conduisant ailleurs. Au moins, j'n'avais plus cette sensation de froid dans le dos, et ce n'était pas plus mal comme cela. Elles m'ont lâché ailleurs. Il y avait tellement de lumière que j'étais complètement aveugle. Et là, j'ai voulu hurlé. Mais rien. Pas un son. Avec le recul, je me suis aperçu qu'il n'y avait pas de bruit. Rien. Le monde autour de moi était muet. Mais les femmes remuaient les lèvres. Elles devaient se comprendre. Ou j'étais sourd. J'étais sourd et muet. Aucun son ne s'échappait de ma gorge. Mes cordes vocales ne vibraient pas. Je ne sentais rien, je remuais. J'étais mal. J'avais les deux. Qu'est ce que j'ai? Et pourquoi je suis sourd, maintenant? J'ai bien entendu le patéras et la mitéra communiquer, et c'est de là que je sais penser avec des mots, mais maintenant, il n'y a plus rien. Peut-être que les tympans sont encore en état léthargique, aucune idée. Pareil pour la gorge, aussi. J'sais pas, j'sais rien. Je sens une horrible douleur dans mon nez. Ces salopes... Je... Elles m'enfoncent le tube en plastique dans la gorge. Je ne pleure pas. Je ne vois rien, je n'entends rien, je ne peux pas parler. Et une vive piqûre dans le bras. Ma vision change, mais reste inefficace. Je vois leur ombre. Et puis, plus rien.
J'ai demandé à la mitéra comment j'étais né. La mitéra pouvait sans doute me répondre, parce que le patéras n'a jamais voulu le faire. Elle m'a dit que, quand je suis né, on a du m'opérer. J'ai demandé si c'était pour mes yeux. Mais malgré leur vide, ils étaient fonctionnels. Je les ai toujours blancs, là. Alors j'ai demandé si c'était pour mes oreilles. Non plus, tout était normal. Peut-être mes cordes vocales, peut-être? Toujours pas. J'ai demandé pourquoi, alors. La mitéra m'a dit que j'étais né à la fois garçon et fille. On leur a demandé de choisir entre les deux, c'est la mitéra qui a choisi ce que je serai plus tard. C'est pour çaaaaa...

La situation devenait critique. Vraiment critique.



Circée Imogen Honny avait tout de la jeune fille modèle. C'est elle qui s'est occupée en grande partie de son jeune frère, tandis que la mitéra se prostituait et que le patéras buvait. Elle réussissait, en cours, faisant même partie des plus brillantes élèves de sa promotion. Toutefois, elle restait simple, chaleureuse, attentive, modeste, engagée, combattive, serviable, polie, obéissante, gentille, drôle, calme, réfléchie, patiente, habile de ses mains, paisible, motivée, audacieuse, bienfaisante, compatissante, délicate, éblouissante, exemplaire, gracieuse, humble, indulgente, lucide, optimiste, ordonnée, ponctuelle, sincère, et avant tout sociable. Elle semblait partie pour avoir une avenir radieux. Elle se devait d'en avoir un. Dans l'ombre de sa sœur aînée, le cadet de la famille n'enviait personne. Il n'était pas du genre à jalouser les autres, se contentant de ce qu'il possédait. Circée aimait jouer avec lui. Ils allaient dehors pour courir, grimper aux arbres. Elle soignait son frère lorsqu'il s'écorchait. Elle lui lisait des histoires, le soir avant de s'endormir. Circée était, en plus d'être sincère, attentive et adorable, belle comme un cœur. Sa chevelure blonde noyait ses épaules et son dos de manière conséquente. Elle était grande, pour son âge, Circée. Elle adorait porter des robes blanches et de grands chapeaux. C'était une reine des origamis. Elle était imbattable, et avait un don pour en créer de nouveaux sans avoir besoin de modèle. Elle aimait aller à la plage, et elle nageait comme une sirène. Il ne lui manquait qu'une seule chose. Circée, sa voix était laide à en mourir. Elle n'avait aucun timbre, aucune valeur. Ni alto ni basse. Elle ne vivait pas, sa voix, à Circée. Elle pleurait ces mugissements hideux. Elle chantait atrocement faux. Circée, elle aurait pu être très largement parfaite. Il ne lui manquait que ce que Maena A. M. possédait largement. Circée I. H. était devenue la nouvelle mitéra. Et Circée I. H. était délicieusement jalouse de son cadet. Tout était trop parfait. La situation allait devenir plus que critique. Du haut de ses six ans, Maena Aiolia Méryl le savait.
Un jour, Circée Imogen Honny connut ses premières menstruations. Elle venait d'avoir neuf ans.
Il entendait ses hurlements bestiaux. Elle, comme toujours, restait silencieuse. Il ne pouvait rien faire. Les portes étaient toutes closes. La femme pervertie veillait, rôdait. La fenêtre, hors de sa portée. Il devait aller la secourir, lui venir en aide. Il le savait. Mais il n'y arrivait pas. Il ne pouvait pas. Ses yeux blancs s'embrumèrent. L'eau roulait sur ses joues creuses, s'écrasait sur le parquet poussiéreux. Seul. Chez lui, seul. Ses parents, ordures. Seul, à devoir supporter ces sons vomitifs, ces caresses douloureuses, ses images vulgaires, ces pensées répugnantes. Il la voyait sourire, parfois. Imaginait ses larmes chaudes en cet instant dégradant. Maena. Lui, son frère. Peut-être n'attendait-t-elle que lui. Qu'il pénètre l'antre de ses bourreaux, qu'il aille pourfendre les cœurs en décomposition de ces êtres infâmes. Ou alors, n'espérait peut-être qu'il reste à l'écart. Par pudeur, par honte. Elle savait clairement qu'il était au courant de son châtiment. Elle n'avait sans doute pas envie que cette rumeur s'ébruite. Compréhensible. Son nez secrétait une pâte gluante qu'il tentait de faire disparaître au moyen de sa manche trouée. Plus de mouchoirs. Les mouchoirs lui faisaient penser au papier. Le papier, à elle. Elle. Origamis. Elle. Circée. Elle.
Lorsque la mitéra cherchait à s'imposer, elle était battue. Circée, dans sa candeur absolue, ne pouvait faire autrement que se taire pour ne pas être violée à nouveau. Le patéras avait tous les pouvoirs. Et le mieux, c'est qu'il était immunisé aux plaintes. Être un flic, même alcoolique, ça a ses avantages en général.
La sœur pleurait. Elle pleurait en silence pour ne pas les réveiller. Peine perdue. Le jeune garçon s'aventura près de la porte de la salle de bains close. Elle venait de s'y enfermer. Ses sanglots lui fendait le cœur. Ils étaient laids. Ils n'avaient aucune personnalité, pas de jolis bruitages, non. Certains pleurs sont ravissants. Ceux de Maena étaient merveilleux. Il ne pleurait que très peu, voir jamais. Circée, elle, se laissait aller de plus en plus souvent. Sa joie de vivre se dissipait, petit à petit. Il resta contre le mur un long moment. Puis elle cessa son accès de pouvoir sur la poignée pour la déverrouiller. La porte s'ouvrait de l'extérieur, pour venir rencontrer le mur de droite. Ainsi, le bel pu rester caché efficacement. La sœur s'était calmée. Elle se dirigeait vers sa chambre. Doucement. Elle errait comme un spectre. Lui semblait être le démon voyeur. Il entra dans la pièce dès qu'elle eut disparut derrière une cloison. Son regard fut irrémédiablement attiré vers la poubelle du fond. Il s'en approcha, fouilla quelques secondes. Il récupéra un test de grossesse. Cependant, il ne comprenait rien à ces chiffres. Il le jeta, et retourna se coucher.
Il n'était pas une étoile à l'école, et ne le serait probablement jamais. Sa sœur souriait, mentait à la perfection. Le jeune garçon ne s'inquiétait pas plus que cela pour son aînée. Elle était grande, depuis son anniversaire. Dix ans. Lui venait d'en avoir huit. Deux malheureuses années qui, pourtant, faisaient toute la différence. Il passait sa dernière année dans cette école avant de rejoindre des cours à domicile. Il ne se plaisait guère, entouré des autres. Il aimait être seul. Mais il n'était pas dupe. Tout le monde se foutait de son bien-être. Le véritable objectif, c'était de ne pas faire d'ombre à Circée. Ils faisaient du chant, avant. Tout les deux, ensemble. On lui avait inventé un faux nom et avait forcé les professeurs à le cacher au maximum. Et lorsqu'on prit en compte le fait que sa voix était impossible à couvrir, on lui fit quitter la chorale. Il n'eut plus le droit d'ouvrir la bouche en public. Pendant les repas de famille, les questions qui lui étaient destinées se faisaient rares; et quand bien même il y en avait, le patéras répondait à sa place et la mitéra détournait la conversation de sorte à ce que sa fille soit le centre d'intérêt de tous. Il n'y avait rien à dire à propos du cadet. Il n'était pas magnifique, il était discret, il ne ferait sans doute jamais de longues études, et pire, il refusait catégoriquement de faire policier. Comme le patéras.
Il fêtait ses neuf ans. Il n'y avait personne. Circée était en compagnie de la mitéra et du patéras pour les derniers achats de sa tenue de bal du lendemain. Quelque chose qu'avait organisé l'école, auquel Maena ne pouvait pas assister puisqu'il y aurait un karaoké. On lui avait acheté un gâteau tout prêt à passer au four. Il ne manquerait plus que le four soit trop haut pour qu'il puisse y accéder. Quelle ironie. Il le goûta froid, ne le trouva pas délicieux ni même comestible. Il lui fallait pourtant le finir, de peur de n'être, à nouveau, réprimandé. Il s'infligea sa propre punition, omettant le fait que la mitéra et le patéras seraient bien trop obnubilé par la sœur pour lui demander où était passé le gâteau. Le patéras passait le plus clair de son temps au commissariat. Il ne rentrait que pour aller voir Circée, et parfois la mitéra. Cette dernière était au chômage. Elle travaillait dans la composition musicale, avant d'arrêter toute activité pour satisfaire pleinement les besoins du patéras et de sa fille. La famille Raphaëlita n'était pourtant pas n'importe quelle famille. Ancienne maison noble de Grèce, la génération précédent l'avant dernière avait fini de les ruiner. Ils durent reprendre une vie de pauvres travailleurs dans un appartement miteux, hypnotisés par l'illusion d'une gloire passée maintenant éteinte. La mitéra n'avait jamais raconter cette histoire à Maena, le patéras encore moins; il l'apprit lors d'une conversation entre la feu grand-mère et la mitéra. C'était illégal, d'écouter aux portes. Cela ne l'empêchait pas de le faire. Maena finit sa part de gâteau avec dégoût, jeta le reste aux ordures. Personne n'en voudrait, de toutes façons. La famille, bien que nombreuse, ne lui communiquerait pas ses souhaits de bonheur. La famille ne connaissait pas sa date de naissance, l'oubliait, ou si elle la connaissait l'oubliait délibérément. Le jeune garçon n'avait jamais demandé pourquoi un tel châtiment. D'un autre côté, c'n'est pas comme s'il se préoccupait outre mesure de son traitement au sein de la lignée. Il y avait déjà une multitude de secrets de la sorte à taire. Il n'allait pas en plus s'amuser à essayer de les faire éclater au grand jour. Après tout, son image n'était déjà pas la plus sublime qui soit. Il fallait limiter la casse pour le moment. La mitéra ouvrit la porte alors qu'il regardait un dessin animé. Il adorait les dessins animés. Circée ne s'arrêta pas le saluer, fila dans le couloir, prit l'escalier. Sa chambre se trouvait au rez-de-chaussée. Si elle tournait à droite, elle irait dans la salle de bain. Elle prit à gauche, la chambre du patéras. Ben voyons. Rapidement, le flic s'engagea dans le couloir, dans l'escalier, à gauche. Maena laissa la télévision allumée, se leva. La mitéra était dans la cuisine. Il alla lui demander pourquoi il n'avait pas de cadeau. Elle lui répondit d'un ton plus froid que la mort qu'il n'était qu'un misérable accident, qu'elle aurait du lui arracher les couilles elle-même pour qu'il soit une fille, qu'il n'avait même pas à exister, qu'il n'était une sale vermine, qu'elle donnerait tout pour le voir à la place de sa fille, qu'il n'aurait jamais du être un garçon, qu'elle avait fait une connerie, qu'il était un monstre pire que cet homme, qu'elle aurait du le laisser en fille pour éviter à la plus adorable des jeunes filles de subir pareil traitement, qu'il était ignoble, qu'il était inutile, qu'il devrait être à sa place, qu'il devait crever. Ah, les secrets.

Puisque rien ne lui était permis, Maena du découvrir les merveilles du monde par lui-même. Il avait commencé avec les dessins animés, puis les films d'animation. Il vouait une fascination sans bornes pour ces êtres de papier mis en mouvement. Le papier. Mais ce papier n'était pas un origami. Ce papier-là n'était pas Circée. Sa première reine fut Khionáti, la première fille de monsieur Disney. Il les regarda tous, sans exception. D'autres studios s'amusaient avec ces petits êtres fictifs. Il en raffolait. Mais le cinéma n'était pas réellement la tasse de thé des Raphaëlita. Il décida de découvrir la musique. La radio était cassée, les cassettes audio, les vinyles puis les disques chez lui n'étaient consacrés qu'à la musique classique. Il appréciait, au début. Mais rapidement, il fut dégouté. Les chansons qu'il entendait dans la rue lui plaisaient plus que le mot. Il découvrit la musique des années quatre vingt. Il découvrit le rock n' roll. Le reggae. La disco. Le folk. Le métal. La musique symphonique. Le rap. L'électro. Et tellement d'autres encore. Il tomba amoureux de la musique. Chez lui, il n'en écoutait jamais. Il s'intéressa, mais un peu tard, à la lecture. Aux bandes dessinées, surtout. Elles lui rappelaient les dessins animés. Il adorait cela. Lui qui n'aimait pas foncièrement lire, il semblait pourtant comblé. Il ramenait ce qu'il empruntait à la bibliothèque en priant pour que l'on ne fouille pas dans ses affaires. Lorsque la mitéra découvrit que dix drachmes par mois disparaissaient mystérieusement, Maena ne ramena plus jamais de bandes dessinées chez lui. Il essaya quelques sports, comme l'athlétisme, le football, le volleyball, sans succès. Il n'était pas friant de ce genre d'activité, restait très souvent chez lui à dessiner. Circée ne jouait plus dehors avec lui. Elle se plaignait souvent de douleurs diverses, devenait insupportable, manquait souvent les cours. Le patéras se retrouvait souvent avec l'administration du collège sur le dos, lui demandant des nouvelles de l'aînée. À chaque coup de téléphone de leur part, il allait s'enfermer quelque part pour être seul. Malgré cela, Maena ne cherchait pas les ennuis, surtout pas avec le patéras, et se fichait pas mal de la situation. Circée se fichait de lui, maintenant. Alors bon. Il rêvait en secret de vivre de ses motifs et de ses personnages inanimés. Il les voyait d'ailleurs déjà se mouvoir sur un écran pixelisé. L'instituteur les avait trouvé, ces dessins. Il les avait même complimentés. Maena était heureux. Alors il continuait. C'était drôle, tout ça. Mais un jour, il découvrit mieux que cela. Ce magasin n'en était pas un. Tu dépensais de l'argent pour ne rien obtenir. Curieusement, il entra. Les néons l'agressaient. Le bruit le rendait sourd. Et lorsqu'on lui présenta l'une de ces énormes machines de fer, il eut du mal à l'abandonner par la suite. Les jeux vidéo, les bornes d'arcade. Il lui fallait absolument une console de jeux. Obligatoirement.
Comme tous les matins, le premier geste du jeune garçon fut de se diriger vers la salle de bain. La montée de l'escalier était, comme toujours, tremblante. Aujourd'hui elle l'était pour l'on ne sait quelle raison encore plus. Il avait entendu sa sœur se lever pour aller vomir un nombre de fois trop important pour être retenu. Il arriva face au miroir sans s'en préoccuper. Le seul détail qu'il l'eut perturbé en ce matin pluvieux était le carton posé à côté du lavabo que sa sœur avait oublié de jeter. Il ne remarqua pas qu'il l'avait très bien vu d'un seul coup. Cela ne ressemblait d'ailleurs pas à Circée, comme attitude. Elle qui était toujours si ordonnée, si méticuleuse, si perfectionniste. Maena, sans s'en rendre compte, s'empara de la boîte et la jeta dans la poubelle en se demandant quand est-ce que ce test se révèlerait enfin positif. Depuis le temps qu'elle pissait dessus, Circée. Il ouvrit le robinet. L'eau était glacée. Il frémit, attendit que le liquide bienfaiteur le soit réellement. La chaleur ne le submergea pas. Jour de coupure d'eau pour cause de travaux dans la rue. C'était écrit sur un post-it contre le frigo. C'est vrai. Il ne manqua pourtant pas à ses habitudes, et s'aspergea le visage d'eau pour se maintenir éveillé. Neuf ans et demi, déjà saoulé de la vie. C'était précoce, comme sentiment. Il se sentait d'humeur spirituelle, ce matin. C'était un jour de repos, il allait pouvoir voler de l'argent dans les poches des pantalons sales du patéras pour aller jouer aux jeux vidéo. Cela le rendait heureux. Il lui en fallait peu. Quand il redressa le faciès, il tomba face à face avec la glace, découvrant deux grands yeux azurés à la place de ses iris neige. Les miracles de l'évolution.

La famille Raphaëlita a toujours été catholique pratiquante. Maena, bien qu'il fut élevé dans cette ambiance, ne fut jamais réellement touché par l'éducation religieuse. On ne l'avait pas baptisé, on ne l'avait jamais fait rentrer dans une église. Il n'en avait pas le droit. Circée y allait tous les Dimanches, jour de la messe. Elle croyait très fort en les pouvoirs du Créateur. Le jeune garçon, lui, n'y croyait pas le moins du monde. Pourtant, il fut bien obligé de reconnaitre l'existence des miracles lorsqu'il découvrit les zombies. Ces êtres ni morts ni vivants que l'on pouvait abattre de sang froid sans remords étaient un cadeau du ciel. Resident Evil le comblait au mieux. Tout les autres suivants le même principe le ravissaient. Maena remercia le Seigneur des milliers de fois pour lui avoir fait découvrir cela. Il était le seul être potentiellement humain au monde à remercier Dieu de lui permettre de tuer. Puis les films d'horreur envahirent sans tabou les écrans de télévision. S'il ne pouvait les regarder, il notait leur nom, volait de l'argent, et aller payer un ordinateur dans la salle d'arcade pour le visionner tranquillement. Les plus récents comme les plus anciens étaient fantastiques. Krueger n'avait rien à envier à Scream, qui n'avait rien à envier à Chucky, qui tous n'avaient rien à envier au Jour des Morts-Vivants. Braindead, les Feebles, l'Alien, l'Anneau asiatique, Blair Witch, l'Exorciste. Il les dévora des yeux. Des bandes dessinées sortaient sur ces films. Des livres imagées de même. Il passait ses journées en-dehors de la maison. Lorsqu'il daignait rentrer, personne ne lui posait de question. La mitéra faisait le trottoir pour arrondir les fins de mois, Circée était avec le patéras. Tout le monde se fichait de ce qui pouvait lui arriver. Personne ne voyait le monstre émerger. Merci Dieu pour avoir créé l'horreur.
Il eut dix ans. Il eut dix ans, et pour la première fois, la mitéra lui offrit un cadeau. Maena ne fut pas spécialement heureux de voir que son cadeau n'était autre que les rats qui peuplaient le grenier. Il y en avait cinq, en tout. Vu la taille d'un des animaux, il ne pouvait être qu'une femelle en cloque. En effet. À peine les avait-il déposé dans leur cage que la nuisible commença son travail. Elle en fit sortir un. Deux. Trois. Quatre. Cinq. Elle forçait encore. Davantage. Le sixième semblait lui poser problème. Alors le jeune garçon voulut l'aider. Il s'empara d'un des rares stylos qui logeait dans sa trousse et appuya sur le ventre de l'animal pour aider les contractions. Oui. Non. Elle ne fit que couiner un peu plus. Pas le choix, il fallait extraire le souriceau par césarienne. Le ciseau devint son outil. Il caressa la tête de la mitéra pour la rassurer. Il lui chuchota que tout irait bien. Il appuya fort. Très fort. Trop, peut-être. Sortir le petit était clairement impossible. Il fallait y aller avec les doigts. Quand il arracha le parasite du ventre de sa mitéra, il le lui montra. La lame de l'outil avait dérapé, et s'était planté dans le crâne de l'enfant. Il s'excusa. Mais la mitéra ne répondit pas. Pas un couinement, pas un cri, rien. Elle soupirait, et plus plus rien. L'hémorragie était bien sûr trop importante. Les cinq souriceaux étaient orphelins. Et alors qu'ils dormaient dans leur coin, soigneusement recouverts de paille, Maena se demanda pourquoi, le jour de sa naissance, la mitéra n'avait pas fait une hémorragie comme la souris.
Les petits se portaient bien. Quand ils seraient grands, il pourrait les ouvrir, eux aussi. Il lui restait tellement d'éléments de l'anatomie à découvrir... Un jour, il se leva, et alla les voir. Un des mâles, sans doute affamé, en avait dévoré trois, était en train d'attaquer le quatrième. Loi de la jungle ou pas, Maena l'attrapa et le jeta contre sa fenêtre. Une bonne occasion pour étudier la boîte crânienne.
Ils venaient de commencer la biologie, et attaquaient par la dissection. Une aubaine pour le jeune garçon. Les autres matières ne le fascinaient guère. Il y avait les mathématiques, qu'il ne comprenait pas. La langue grecque, dont il se foutait éperdument. L'anglais, qui par contre lui était indispensable pour comprendre les jeux vidéo, mais auquel il ne s'intéressait pas outre mesure. L'histoire et la géographie, deux matières qu'il aurait pu aimer si seulement elles avaient été mieux organisées. Et aujourd'hui, la biologie. La souris. Repérer les différents organes ci-dessous : les poumons, le cœur, le foie, les reins, l'intestin, les ovaires. La moitié quittaient la salle. L'odeur, la vision, étaient pour le moins insupportables. Maena était seul pour la faire. Personne ne venait lui tenir compagnie, en classe. Son instituteur ne semblait pas s'inquiéter pour lui. Ils se faisaient mutuellement confiance. Lorsque l'homme lui apporta son animal, il le vit sourire. Il comprit que le monstre était éveillé. Déjà. Sa seule note parfaite de toute sa scolarité fut celle-ci. Un vingt, surmonté d'une mention excellent.

Un jour, Circée eut mal au ventre. Le patéras l'emmena à l'hôpital, la mitéra pleura. Ils ne rentrèrent que quelques jours plus tard. Maena ne su si la petite chose vivante qu'ils ramenèrent avec eux était sa sœur ou sa nièce.



L'aînée n'allait plus en cours, et mangeait beaucoup de fraises. Elle en raffolait et en quémandait tellement qu'elle semblait en dépendre. Elle restait souvent dans la cave. Le patéras descendait les trois quart du temps lui tenir compagnie. Il était attentionné, pas forcément doux à l'entente des cris que la belle avait tendance à pousser. Mais elle vivait, c'était l'essentiel. Elle ne remontait à la surface que rarement. L'ancien fœtus était invisible. Même la mitéra n'avait aucune nouvelle. Sans doute qu'elle devait être avec la sœur. Cela paraissait logique. Circée ne jouait plus, ne riait plus. Non, Circée Imogen Honny s'efforçait de demeurer la plus silencieuse possible et ne sortait jamais. À l'inverse, plus le patéras et la mitéra l'oubliait, plus le cadet s'amusait. Ses journées se limitaient au dernier record à battre sur la borne d'arcade de The House of the Dead et aux personnes qu'il rencontrerait là-bas. Depuis quelques jours, une jeune fille squattait la borne, l'unique borne Ultimate Mortal Kombat 3 et ne semblait pas vouloir en décrocher. Cette fille, elle ressemblait à Circée. Elle avait les même longs cheveux d'or, les même grands yeux bleu turquoise, la même taille fine. Sauf que cette fille n'avait pas des seins aussi gros que ceux de Circée. Elle jouait sans même s'apercevoir que son trône était convoité. Le directeur de la salle alla lui parler. Elle refusait catégoriquement de s'en aller. Pourtant, ils trouvèrent un terrain d'entente. Un tournoi serait organisé autour de cette même borne. Si quelqu'un parvenait à la battre, elle cèderait sa place et partirait. L'homme n'hésita pas un instant. Ainsi débuta les premières manches. Sa moyenne de temps passée sur chaque manche ne dépassait jamais les huit secondes. Huit secondes pour battre une fois un ennemi. Il fallait le vaincre deux fois. Seize secondes de jeu, c'était mieux que rien. La fille prenait toujours le même personnage. Sindel. Elle ne perdait jamais. Enchaînait les Fatalities. Puis arriva son tour. La queue ne fut pas très longue. Elle expulsait les prétendants au titre en seize secondes et la moitié des candidats dans la file se désistait, soit pour ne pas se faire laminer par une gonzesse, soit prétextant une quelconque triche, soit simplement par peur. Maena prit le joystick en main. Elle lui sourit, le salua dans sa langue. Elle avait un accent de l'Est. Un accent de communiste. Sindel VS Rain. Le combat pouvait commencer. Rain redoutait les huit secondes. Il gardait les yeux sur le timer, appuyait sur n'importe quelle touche. Six, sept, huit. Et rien. Les yeux de la fille restait gravée contre l'écran. Il vivant, subsistait encore. Rapidement, il chercha à la devancer. Sa barre de vie baissait à vue d'œil. Il menait la danse, elle paniquait. Puis il sauta, elle sortit un uppercut. Elle sourit, fière. Elle savait qu'elle venait de reprendre le dessus. Il avait tenu trente six secondes. Ce n'était pas suffisant. Sindel wins. Battle 2, fight. Il reprit le même mode opératoire. Visait ses jambes. Elle n'utilisait jamais la garde, se protégeant grâce à l'attaque. Elle s'était spécialisé dans les enchaînements de combos. Et très souvent, elle ne visait que le haut du corps, laissant complètement vulnérable sa partie basse. Rain en profita. Il tapait, frappait, ne lui laissant aucun temps mort. Jusqu'à ce qu'elle esquive. Elle se mit en garde, épousa le dernier coup avant de sauter et de lui envoyer son talon dans le visage. Elle s'approcha de Rain, attendit qu'il se relève, lui asséna un uppercut qui l'envoya à l'étage au-dessus. À partir de cet instant, il eut beau vouloir parer, elle ne lui permit point. Sindel wins. Fatality. Il se dirigeait déjà vers la sortie lorsqu'elle lui attrapa le bras. Elle sourit, le félicita, lui dit qu'il avait réussi à tenir plus d'une minute. Son sourire ressemblait à celui de Circée, avant. Mais son accent était moscovite. Elle lui chuchota son prénom. Syndel. C'est comme Sindel, mais il y avait un -y à la place du -i. Elle lui souhaita bonne chance pour la suite, puis elle partit.



Maena n'a jamais eu beaucoup d'amis. Il n'y avait que Circée qui l'écoutait. Plus maintenant. Les géniteurs ne l'aimaient que le minimum, les enfants l'évitaient. Il n'était pas aimé. Il ne l'avait jamais été. Il y avait bien eu cette Syndel, à un moment donné durant les vacances. Elle était russe, et aimait jouer avec lui. Elle disait qu'il était un ennemi à sa hauteur, et il en était fier. Un soir, elle lui dit au revoir. Elle ne lui avait jamais dit au revoir. Il le lui rendit, lui sourit, et il ne la revit jamais. Elle était partie, comme ça. Bien qu'elle n'eut jamais parlé à personne mis à par lui, tout le monde remarqua son absence et s'interrogea. Le gérant de la salle alla demander au jeune garçon s'il savait où elle était passée. Maena répondit qu'elle était retournée en Russie. Les arcades paraissaient la pleurer. Personne n'osait parler trop fort. Il n'y avait plus de vie, depuis qu'elle était partit. Cette journée fut l'une des plus tristes de sa vie. Maena rentra chez lui en trainant les pieds. Il connaissait pourtant le chemin pour rentrer par cœur. Il n'y avait pas réellement de bruit. Tout juste quelques cigales amorphes. Il ouvrit la porte d'entrée sous les coups que le patéras offrait à la mitéra. Tant pis pour cela. Il esquiva le champ de bataille, monta à l'étage. En entrant dans la salle de bains, là où il avait installé les sujets de dissection, il rencontra Circée Imogen Honny. Celle qui fut, un temps soit peu, sa sœur aînée. Elle le regarda dans les yeux. Jamais elle ne l'avait regardé aussi longtemps dans les yeux. Circée n'était pas de genre à fixer ses interlocuteurs de la sorte. Elle était douce, Circée, douce. Elle lui cracha que ce n'était pas elle qu'il voulait sauter. Qu'au mieux, elle n'avait qu'un corps féminin, et qu'il lui disait tout le temps que sa voix était d'une rare laideur. Maena ne voulait pas en entendre davantage, souhaita s'enfuit. Elle lui attrapa le poignet, et le colla au mur. En bas, la mitéra hurlait. Imogen lui cria que la mitéra était trop vieille, et elle pas assez parfaite. Que celui dont il n'arrêtait pas de parler, pendant qu'elle allaitait sa fille, c'était de lui. Qu'elle et la mitéra n'avaient jamais mérité cela, qu'il aurait dû être une fille pour être baisée comme elle l'était tout le temps, enceinte, mitéra à son tour. Elle lui dit que le patéras avait voulu faire de lui une fille, que l'aubaine était un miracle, et que cette connasse qui lui servait de femme avait voulu le protéger. Elle lui murmura que tous les soirs, le patéras ne parlait que de lui, de sa beauté diaphane, et de sa voix de sirène. Elle lui dit que tout était de sa faute, que c'était à cause de lui qu'il la brûlait avec le mégot de ses cigarettes, avant de tressaillir. Elle le lâcha. Maena la regarda s'agenouiller face à lui, sans bruit. Son ventre et ses seins avaient doublé de volume. Elle en attendait un autre. Encore. Elle se releva, descendit, stoïque. Dès qu'elle posa le pied dans le salon, la mitéra fut sauvée. Le flic ne priva personne du spectacle qu'il offrait à sa fille tous les jours depuis ses premières règles. La mitéra pleurait sur les hurlements bestiaux des deux procréateurs. Maena, lui, s'empara de son ciseau et trancha la gorge de la nouvelle mitéra animale en priant pour qu'ils ferment tous leur gueule.
Cette nuit, alors que le patéras semblait exténué de tant d'efforts, Maena se leva. Il prit la direction de la cave, là où reposait Circée. Elle dormait comme un ange. L'enfant, à ses côtés, lui prenait la grande partie du pauvre matelas qu'elle avait à sa disposition. Et elle ne faisait rien. Elle dormait, voilà tout. Maena l'embrassa sur le front, comme elle le faisait pour lui, avant. Il souleva son drap, vit cette énorme protubérance sur le corps de cette jeune fille splendide. L'enfant se mit à pleurer, Maena ne voulut l'écouter. Il lui demanda de se taire, sans succès. Puis, il jura à Circée que tout irait bien, déchira sa robe, porta la lame tranchante sur sa peau. Il fallait lui retirer cette horreur du ventre pendant qu'il en était encore temps. Le patéras défonça la porte de la cave à coups de pieds. La mitéra fondit en direction du lit, attrapa le jeune garçon par l'épaule pour le jeter contre le mur et serrer sa fille dans ses bras en pleurant. Le patéras s'approcha de lui, le regard mauvais. Oui. Maena n'avait à présent plus aucun ami.



Il pleuvait. Maena tenait absolument à sortir. Il batailla pour finalement y parvenir. Dreamy était une vraie prison. Il y était rentré il y a deux jours. Il n'y avait que des fous, ici, de vrais demeurés. Son colocataire était un paranoïaque. C'était invivable. La pluie qui roulait sur son visage lui faisait un bien fou. On n'avait rien trouvé de mieux que de l'envoyer chez les dingues. Ils pensaient qu'il trouverait son bonheur dans les cachets ou les seringues. Une hypothèse comme une autre. À bout de force, il se retrouva dans le parc au font des jardins. Un petit ruisseau s'écoulait en silence jusqu'à une mare artificielle. Il s'assit sous un arbre au bord de l'eau. Un saule pleureur. Les larmes des cieux se faisaient de plus en plus violentes. Il plongea la main dans le courant. Il n'y avait rien. Le contact du froid sur son épiderme le laissait de marbre. Il pensait à Circée. Il pensait à leur regard assassin. Ils n'ont pas hésité à l'envoyer ici. Il en allait de leur sécurité. Il retira sa main de l'eau, la posa sur son front. Les genoux contre son torse, il cacha son visage. Ses sanglots, eux, n'étaient pas inaudibles. Au contraire, ils faisaient rougir les environs par leur splendeur. Attiré par l'eau, jamais immergé, la beauté succube et la voix enchanteresse. Maena, sirène maculée de sang, resta seul. Jusqu'à sentir une ombre planter au-dessus de lui. Étrangère. Il prit sur lui un sérieux et un stoïcisme presque crédible, avant de redresser le visage. Il n'avait aucun besoin de le lever de trop. Elle s'était mise à sa hauteur. Cette fille le regardait fixement, sans ciller. Elle portait un parapluie noir à l'étrange garde à tête de canard, qu'elle tenait par le bec. Elle portait une robe rouge, agressive. Accroupie, elle ne semblait pas gênée par la vue précise qu'elle offrait de son sous-vêtement. Elle avait même l'air d'en être consciente et de ne pas s'en soucier. Peut-être avait-elle comprit qu'il n'avait pas la moindre intention de la regarder à cet endroit. Peut-être. Elle lui offrait l'abri sans lui demander quoi que cela soit. Et elle le dévisageait. Comme ça. Elle finit par lui demander son nom. Il lui répondit Méryl, ce qui n'était pas faux. Elle tenait contre son ventre un cahier noir, elle lui montra et l'ouvrit. Elle était agile, même d'une main et accroupie. Elle attrapa le stylo noir qui était accrochée à l'une des pages. Elle nota quelque chose. Elle n'avait pas quitté ses yeux pâles. Les siens, en comparaison, étaient aussi noirs que l'ébène. Elle lui dit qu'il ne mentait pas, et que de ce fait il ne sortirait pas de sitôt. Il ne su quoi lui répondre. Avec un temps de recul, il lui demanda pourquoi. Elle lui répondit que selon les codes de l'administration, un enfant de son âge ne pouvait rester plus de cinq ans ici. Soit, selon un physique qui n'excédait pas les douze ans et une joliesse notable, le pourcentage de chance qu'il reste là les cinq ans était quasiment nul. Elle marqua une pause, reprit. Cependant, ne pas mentir réduit de quatre vingt quatorze pourcents de chance de sortir avant la fin de sa peine. Soit, partant du principe qu'il soit nouveau, moins dix pourcents de chance de sortir plus tôt, qu'il n'avait pas l'air de connaître grand monde, moins cinq pourcents, qu'il ne mente pas, moins quatre vingt quatorze pourcents, mais qu'il soit jeune et beau, plus cinquante pourcents -vingt cinq pourcents chacun en plus, qu'il n'ait pas l'air malade physiquement ou que sont handicap ne soit pas visible du premier coup d'oeil, plus quarante pourcents, et qu'il soit sans doute bon à quelque chose, plus quinze pourcents, il arrivait à un total de moins quatre pourcents de chance de sortir d'ici plus tôt. Méryl ouvrait des yeux gigantesques. Il n'avait rien comprit. Elle soupira, et lui dit que s'il ne mentait pas, il passerait au mieux trois ans, cent quatre jours, douze heures, seize minutes et cinquante neuf secondes, au pire quatre ans, dix jours, quinze heures, vingt sept minutes et trente huit secondes ici. Cela revenait à dire qu'il passerait en théorie cent trois millions six cent trente sept mille huit cent dix-neuf secondes ajoutées à cent vingt sept millions cent cinquante mille cinquante huit secondes, soit deux cent trente millions sept cent quatre vingt sept mille cent soixante dix-sept secondes divisées par deux, donc cent quinze millions trois cent quatre vingt treize mille cinq cent quatre vingt huit virgule cinq secondes à passer ici. Soit plus de trois ans et demi. Excluant les mois et la répartition étrange des jours, et bien sûr le plan social qui fausse évidemment tout calcul potentiellement logique. Voilà. Elle se redressa, révélant un Méryl complètement perdu. La jeune fille ferma son parapluie, épousant l'eau qui roulait sur son corps frêle. Elle se servit de la pointe humide pour soulever le menton du garçon vers sa grandeur. Elle lui dit qu'il ne sortirait jamais s'il ne mentait pas. Et elle s'en alla.
On avait beau dire tout ce qu'on voulait, l'hôpital psychiatrique Dreamy n'était pas la caverne des horreurs. Mélanie Strongstorm devait avoir une trentaine d'années. Elle passait le plus clair de son temps collée à la fenêtre donnant vers l'extérieur, guettant les moindres allées et venues. On pensait qu'elle attendait son fils, Cassandre. Elle était persuadée qu'il viendrait la voir. Elle n'avait pas comprit qu'il était mort il y a déjà trois ans dans un accident de voiture. Les seuls moments où elle devenait encombrante, c'était lorsqu'il fallait la déloger de sa vitre, notamment pour la nuit. Sinon, elle n'était pas turbulente. Delphes Marcus ne vivait que pour son potager. Elle adorait cultiver ses légumes, enterrés quelque part au fond du jardin principal. Elle les arrosait, les faisait pousser, et quand ils étaient mûrs, le docteur Stephanidos Saint-Hilarie venait avec elle les cueillir. Il lui avait promis de convaincre le cuisinier de les servir au repas, et il avait maintes fois essayé. Il fut malheureusement contraint d'avouer à Delphes qu'il lui était interdit de servir ces légumes. Elle s'en rendit malade, mais reprit vite sa joie de vivre et continua sa petite production. Arsène Arthénaïs Tiphaine était un très grand fanatique d'Elvis Presley et adorait danser. S'il ne devait y avoir dans tout l'établissement qu'une seule pièce musicale, c'était sa chambre. Il n'était d'ailleurs par rare de l'entendre hurler les paroles de ses chansons favorites à tue-tête dans les couloirs, au grand désespoir de certaines infirmières qui avaient le malheur de passer par là. Il adorait inviter Iona Eleni, la nouvelle venue discrète mais gentille, à danser un tango adroit qu'il menait très bien. Chrysante Aimilia, le voisin de lit de Maena, passait sa vie sur le jeu d'échecs. Il ne faisait que cela, tout le temps. Et il jouait toujours face à une chaise vide. Il devait être triste, Chrysante. Maena avait essayé de s'en approcher. Mais il n'a jamais voulu jouer avec quelqu'un. Sa maladie était flagrante, et étrangement, il en était conscient. Il s'isolait délibérément des autres pour ne pas devenir violent ou désagréable. Du moins, il ne voulait pas blesser les gens, autant physiquement que moralement. Maena savait qu'il était extrêmement intelligent. Il n'en doutait pas un instant. Parmi les figures marquantes, il y avait Ouranos Evangeline, qui lui passait ses journées devant les émissions de chasse et pêche. Assis, seul sur son canapé, il se prenait la tête dans les bras et se balançait d'avant en arrière en chuchotant des interjections que lui seul comprenait. Saint-Hilarie avait eu peur, la première fois qu'il avait vu Ouranos faire son cinéma. Il comprit bien vite qu'il n'y avait aucun risque, et surtout aucune inquiétude à avoir. Alors que la plupart des médecins psychiatres se foutaient éperdument de l'état de leurs patients, Stephanidos Saint-Hilarie était la douceur, l'attention, et la justice incarnées. Il adorait faire des sorties avec ses patients, ne les privait jamais de rien. Il était jeune, Stephanidos, et n'avait jamais été en contact avec des malades mentaux profonds dangereux. Il pouvait se permettre donc cette liberté dont il ne se lasserait pour rien au monde. On avait beau dire ce qu'on voulait, les malades ici étaient heureux. Et de fil en aiguille, on avait du mal à croire certains malades. Maena était ici depuis deux semaines. Il n'avait jamais revu la jeune fille qui l'avait accueilli. Par curiosité, il avait demandé à Saint-Hilarie son nom. Elle s'appelait Geika, et venait de l'orphelinat de Grace, loin d'ici. Stephanidos refusa d'en dire plus, par respect pour la jeune fille et aussi tenu par le secret professionnel. Geika. C'était un joli prénom.

Il attrapa son menton du bout des doigts, se donna une gifle. L'intensité de ce regard face à sa nouvelle couleur était sans bornes. Il passa une main dans ses cheveux ténèbres, choisit le profil le plus avantageux et l'angle le plus improbable pour observer son œil. Splendide. Magnifique, tout simplement. D'un aigue-marine doux, une teinte qui ne lui offrait rien d'humain. Non. Plus Maena grandissait, plus il s'embellissait et devenait spirituel. Il n'était réellement pas destiné à n'être qu'un vulgaire humain. Certes, ses traits s'affinaient, et s'apparentait plus à une femme qu'à un homme. Toutefois, ce caractère androgyne ne l'handicapait pas réellement. Mieux, il se trouvait véritablement aussi beau qu'un dieu. Apollon, Arès et Hermès n'avaient qu'à bien se tenir. Il était toujours aussi pâle, merveilleux. Il sourit. Ses dents étaient parfaitement bien alignées, leur ivoire blanchi à l'extrême. Remember what you said. Le monde en musique. Dionysos, si tu l'entends chanter, que penses-tu de sa voix hermaphrodite? Il s'empara de son crayon noir, écartela la peau de son œil gauche en chantant. Watching over me! Le trait était fin et précis. L'art de rayonner plus qu'à l'accoutumée. Les enceintes diffusant la musique de base sursautaient à chaque note. C'était Noël. C'était la fête, comme tous les ans. Stephanidos lui avait parlé de cette période. Il y avait un bal, et les patients pouvaient faire ce qui leur plaisait. Mieux, une sortie en ville était organisée, pour aller acheter les cadeaux, le sapin, les décorations. Même si Maena n'y participait pas autant qu'il le devrait, cette période de l'année suscitait énormément d'excitation chez les autres. Ils adoraient s'occuper de l'hôpital. Sans doute qu'ils y vivaient depuis tellement de temps qu'ils devaient avoir besoin de ce rayon de soleil dans leur quotidien. Il n'y était que depuis trois ans. C'est fou ce que l'on peut devenir séduisant en si peu de temps. Il vit à travers la fenêtre le car partir en direction du centre ville. Fantastique. La musique avait envahit tout le bâtiment. Et sa voix de sirène résonnait, se gravait dans les murs. Il admirait son torse imberbe, sa taille non négligeable. Tout lui allait parfaitement bien. Sa peau était impeccable, son corps en soi était parfait. Il lui manquait peut-être un peu de muscle, c'est tout. Il était parfait. Et la note qu'il sentit s'élever de sa gorge vers l'extérieur l'emplit d'une puissance qu'il ne connaissait pas. Il était parfait, Maena. C'est juste qu'il ne l'avait pas vu venir. Le psychiatre Hershel Glastown l'attrapa par l'oreille, la lui tira, et le conduit dans son bureau en le sermonnant. Quelle vie.
Hershel n'est qu'un gros con. Il donna un grand coup de poing dans la porte de sa chambre avant de s'y enfermer. Il n'y avait pas de serrure, donc, pas moyen de fermer à clef. Cependant, il suffisait de coincer la poignée avec une chaise qui traînait et le tour était joué. Hershel n'était donc qu'un salaud de la pire espèce. L'ayant privé de repas pour cause de nuisance sonore, il l'avait renvoyé dans sa piaule sans même lui dire au revoir. Il n'avait aucun sens des priorités, ni même de la supériorité. Il ne pouvait être qu'abruti. Il n'avait pas droit de manger, ce soir. Cause d'insolence. Alors il resterait là, seul. Chrysante pouvait bien s'amuser, lui. Qu'il le fasse. Que tous aille jouir de leur liberté. Il envoya son pied contre son lit, le déplaça. Hershel allait voir, s'il était bon à rien. S'il n'était qu'un voyou sans avenir. Il allait voir, cet enfoiré.
Il avait crocheté la serrure. Stephanidos lui avait donné les clefs, mais Hershel était passé dans son dos et les lui avait confisqué. Maena entra dans la pièce. Bien qu'elle ne soit jamais utilisée, elle était propre comme un sou neuf. Les instruments étaient rangés dans des boîtes, dans des armoires, dans un placard. Il n'y avait que lui, trop imposant pour être rangé où que cela soit. Un piano à queue. Il s'y installa, négligemment. Devant lui, des pages de partitions oubliées. Il ne savait pas les lire, ne les regarda même pas. Une note. Deux. Il sourit. Quelques esquisses, drôles. Autodidacte. Il se laissait aller sur les soixante treize touches bicolores. Sans but. De vieux os fourbus rongés par l'acide retrouvant le lieu sur lequel ils aimaient perdre leur temps. Quelques notes, qui suffirent à lui octroyer le plus beau sourire du monde. Heureux. Il laissa une larme perlait au coin de ses cils maquillés. Il en pleurait. Son nez se gonfla. Il n'avait rien à chanter. Sa gorge était muette. Ses doigts s'affolaient sur une partition nue, insonore. Il était là, seul, devant ce noir et ce blanc. Il n'ouvrait pas la bouche, se suffisant des bruitages simples qui s'échappaient des cordes. Les dix phalanges en effervescence. Puis, un son. Une note. Il la trouva de manière sonore affreuse. Il hurla son dégoût, jeta ses bras vers l'avant. La porte était ouverte. Le sol épousait les échos lourds des pas de l'ennemi en approche. Le jeune homme bondit du siège, alla ouvrir la fenêtre, et se cacha derrière le mur, en équilibre sur le mince rebord qui le sauvait d'une chute de trois étages. Il était certain qu'un pareil saut aurait évidemment souillé son corps de dieu. L'inconnu entra dans la pièce, résolument vide. Il y resta quelques secondes, effeuillant les moindres recoins, en vain. Le courant d'air qui entra dans la pièce le chassa. Le regard furtif, le bel soupira, chercha à regagner le rebord maintenant sécurisé. Son genou flancha. Funambule, la chute fut lente. Il ne pensa à rien. Il cacha ses iris marins. Les buissons et les narcisses l'enveloppèrent de leur verdure.
Saint-Hilarie le regardait, riait de bon cœur en le pansant. Maena lui offrit un regard noir, bandé par les straps qui aideraient à la création de la future cicatrice qui ornerait sa joue gauche. Le médecin lui sourit tout en le taquinant. Même s'il avait du mal à encaisser ces moqueries, le jeune lui rendait son sourire, en essayant de se convaincre de sa futilité. Il regrettait déjà son corps d'Apollon, et ça, Stephanidos le savait parfaitement. Il lui passa une main dans sa chevelure pour le rassurer. Il lui dit qu'il était toujours aussi ravissant. Raphaëlita ne su comment prendre ce commentaire. En lui tendant ses vêtements, l'homme lui confia qu'il jouait très bien. Il le remercia. Puis, il lui dit qu'il gagnerait son bon de sortie en ayant des témoins. Parti s'habiller, il se retourna vers lui brutalement. Stephanidos ne lui renvoya qu'un sourire, avant de fermer la porte derrière lui.



Premiers bouquets.
La nuit de Noël était sans conteste la soirée la plus attendue par les patients de Dreamy. Le sapin, gigantesque, trônait au milieu des tables éparpillées dans la salle commune, les cadeaux, bien qu'achetés un peu par hasard pour chacun, attendaient patiemment qu'une bonne âme vienne les distribuer, et l'établissement émerveillait par sa splendeur une fois illuminé de mille feux. Comme tous les ans, les bénévoles avaient fait un travail formidable. Delphes, une fois de plus, avait tenu à ce que l'on trouve ses légumes dans le repas de fête. Le cuisinier, bien que réticent, n'avait eu besoin de céder. Stephanidos, discret, avait déposé dans les cuisines lesdits légumes interdits pendant que la terreur des fourneaux s'était absenté. Il avait par la suite volé les menus du soir pour ajouté à côté de l'indication "poêlée de légumes" les mots "à la Delphes". Maena le savait, et était bien le seul au courant de cette vérité. Il avait surpris le médecin en train de subtiliser la pile de documents, et l'avait aidé dans sa mission humanitaire. Depuis, assis aux tables opposées, ces deux-là n'avaient de cesse de s'envoyer des regards complices et de sourire à la barbe de Glastown. Candice Slave, nouvelle venue, appela le jeune homme pour qu'il lève son verre avec elle et Chrysante, visiblement déboussolé par la musique de fond, le bruit ambiant, et l'atmosphère joyeuse. Il avait à côté de lui un petit jeu d'échecs, indispensable. Maena n'était pas à son aise. Saint-Hilarie l'avait supplié de se vêtir proprement. Malgré ses protestations, le médecin tout sourire lui avait offert un costume trois-pièces, à la fois raffiné et excentrique grâce aux motifs floraux vermeille ornant les pointes de la queue de pie et le tour du col de cette même veste. Non, vraiment pas, Raphaëlita ne se plaisait vraiment pas. En ajoutant une rose bordeaux dans la poche au niveau de son pectoral gauche, Stephanidos lui avait juré que tout se passerait bien. Le jeune homme priait pour qu'il ait raison. Nerveusement, il but une gorgée de la coupe de champagne autorisée par le médecin traitant exceptionnellement en enroulant autour de son doigt l'une des rares mèches de cheveux qu'il avait laissé libre. Saint-Hilarie lui avait demandé de respecter certains codes de coiffure pour améliorer son image. Ainsi, il avait passé des heures, entre sa chambre et la salle de bain la plus proche, à tresser sa chevelure trop longue pour être détachée. Il était beau, Maena. Il le savait. Mais il n'était pas à l'aise. Et au moment de monter sur scène, il ne pensait qu'à quitter cet hôpital au plus vite. Décrocher sa place pour le quartier "Liberté". Et Chopin serait son billet d'avion. Multipass première classe. Assis de biais, il laissait ses doigts virevolter selon les souvenirs qu'il avait gardé de la mélodie. Le tout était lent. Entrecoupé d'élans de vitesse saugrenus, malvenus, et pour le moins souhaités. Il aimait la scène. Osmose. Stephanidos lui avait conseillé de l'apprendre par cœur, plus impressionnant et plus professionnel, selon lui. Il n'avait pas tort. Bien que le public dans sa majorité ne soit que peu attentif, Hershel Glastown, fervent admirateur de Frédérick Chopin et musicien aguerri, restait époustouflé de la prestation que lui offrait cette beauté diaphane. Lorsqu'il eu frôlé les trois dernières touches, il ne dirigea aucun regard vers ces gens. Lorsqu'il se dressa sur ses jambes, fier et grand, il ne jeta qu'un œil dédaigneux en direction du psychiatre. il descendit de la scène dans le silence le plus complet. Maena faisait preuve d'un stoïcisme déplacé. Glastown le rattrapa, lui agrippa le bras, le fit pivoter en sa direction. Il lui demanda où il avait appris à jouer de la sorte, et qui lui avait enseigné ces techniques. Le faciès bas, le bel lui cracha qu'une musique ne s'apprenait pas, mais se vivait. Cette réponse n'eut pas l'air de lui convenir. Il planta ses iris translucides dans les yeux bruns de l'homme, lui déclara qu'il aimait la scène. Là, tout n'est qu'ordre et beauté, Luxe, calme, et volupté. Hershel n'en revenait pas, lui demandant d'une voix grave s'il connaissait Charles Baudelaire. Maena lui répondit calmement qu'il n'avait pas la moindre idée de qui il s'agissait. Dans un mouvement princier et éblouissant dans ces vêtements si parfaits, le jeune prodige lui tourna le dos, se dirigeant la tête haute et le sourire discret mais triomphant en direction de sa chambre. Un dernier clin d'œil à Saint-Hilarie, qui savait qu'il ferait ses valises dès qu'il atteindrait sa cellule. Dans une toux simple, le médecin se leva, et convia les invités à la danse.

" Docteur Saint-Hilarie,

Merci.

M. Raphaëlita. "


Stephanidos s'empara du narcisse qui accompagnait la lettre et le déposa dans un vase.

[ Chapter I- To be continued. ]


Dernière édition par Maena A. M. Raphaëlita le Lun 4 Juil - 21:43, édité 8 fois
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MessageSujet: Re: ✭ Beautiful Mermaid.    Sam 2 Juil - 1:30

[ Chapter II- Now that my heart is torn into pieces and never will it mend. ]



Lorsqu'il emprunta le chemin vers l'appartement familial, Maena ne pensait plus à eux. Il ne pensait qu'à Saint-Hilarie. Son patéras. Le vrai patéras. Face à la porte, il pensait à Chrysante, à son cadeau. On lui avait offert un damier. Il n'a pas comprit pourquoi. S'il n'avait fallu compter que sur lui pour lui offrir un quelconque présent, le jeune homme lui aurait fait don d'un jeu d'échecs en verre. Chrysante aimait le verre. Dans l'un de ces monologues nocturnes, il n'arrêtait pas d'en parler. Il aimait ses sens multiples, et il aimait sa transparence. Il aimait son bruit contre un parent de son espèce, il aimait ses fissures espiègles lorsqu'il se brisait. Chrysante était mystérieux. Chrysante, il ne parlait pas. Il ne le faisait qu'en dormant. Le verre était interdit, à Dreamy. Cela faisait parti des normes de sécurité basiques. Il poussa la porte d'entrée sous des hurlements qu'il avait réussi à oublier. Passant le seuil, il vit un verre traverser la pièce. Ici aussi, les normes de sécurité devraient être appliquées. Sous la voix dure du patéras lui aboyant la question classique du "tu es déjà là", le bel traversa le couloir, emprunta l'escalier, sans un seul regard pour le supplice qu'il faisait endurer à la mitéra. La pièce qui était sienne par le passé avait été vidée et transformée en placard à jouets sexuels. Dans un soupir à fendre l'âme sous fond sonore de cris et hurlements, le jeune homme jeta ses affaires dans la salle de bains et s'y enferma.
Son peigne était un cavalier. Le tube de dentifrice, une tour. Le mascara et le crayon noirs incarnaient à la perfection les deux fous, tandis que la fleur de douche trônait en reine à l'arrière. Le plus compliqué avait été de recruter les pions. Il avait usé d'ingéniosité, et avait utilisé toutes les épingles à cheveux qu'il avait pu trouver pour les représenter. Un gant de toilette faisait office de roi, la brosse à dents n'avait plus à être complexée de quoi que cela soit une fois incarnée en souveraine. Ses deux gels douches, ses deux shampoings et ses deux démêlants étaient aussi de la partie. Il avait recruté toutes ses affaires de toilette pour ce tournois fabuleux. Il avait choisi les blancs. Il avait l'avantage de commencer la partie comme il l'entendait. Il déplaça le gel douche de deux cases vers l'avant. Puis il contourna tout le plateau à quatre pattes pour envoyer l'épingle d'en face deux cases en avant. Il traversa la surface de jeu, envoya le démêlant une case en avant, avant de passer côté adverse et de déplacer la même épingle d'une case. Des coups résonnèrent contre la porte. Le patéras hurlait au pauvre morceau de bois qu'il avait tout intérêt à sortir de cette pièce rapidement. Maena ne se sentit pas plus concerné que cela, mais avait interrompu son concours, surpris pas le bruit des poings contre le hêtre. Il s'assit, observa son plateau de jeu. Le vieux damier au sol faisait bien l'affaire. En fait, Chrysante lui manquait énormément.
Entre deux manches, Maena se levait, humidifiait son visage, s'admirait. Son estomac ne grognait plus. Il le nota, dirigea son regard vers son téléphone portable. Près de quatre heures du matin. Il serait temps d'aller manger. Établi dans la salle de bains, il ne pouvait la laisser sans surveillance de crainte d'être lâchement attaqué. Il ne pouvait pas descendre manger aux heures de repas classiques, devait attendre que tous soit couchés, afin d'atteindre la cuisine le plus silencieusement possible. Nouvel agent secret. Il fallait bien nourrir un corps aussi parfait que celui-ci. Par soucis de discrétion, le jeune homme avait décidé de passer par la fenêtre de son royaume. La gouttière à sa gauche lui servirait d'appui à sa chute maîtrisée. Cela serait si facile. En quelques secondes, il vida l'un de ses sacs à dos, l'enfila sur son épaule avant de se hisser sur le rebord, d'attraper le cylindre salvateur. Il suffisait de se laisser aller, à présent. La hauteur entre les deux étages était tout de même imposante. Il s'en foutait, il avait faim. Arrivé en bas, il sauta. La fenêtre du salon était toujours ouverte, bien que protégée par une alarme qu'ils n'allumaient jamais. Il la poussa. Un, deux, trois. Et voilà. Puéril. Il entra, se précipita sur le réfrigérateur. Les morceaux de verre jonchaient le sol, témoins d'une altercation pour le moins violente. Il vola des yaourts, deux morceaux de viande rouge, un plateau de fromages de chèvres, des olives vertes, quelques feuilles de salade. Le sac était maintenant plein. Il se servit dans une corbeille posée sur une table, qui les avait réunis autrefois, subtilisa au passage une pomme verte bien juteuse. Délicieuse. Il adorait les pommes. Un peu comme Khionáti. Celle-là. Le sac fut réajusté, et Raphaëlita se prépara à gravir le mur de pierres qui l'attendait dehors. Puis des rires retentirent à l'extérieur. Il s'arrêta. Ne songea même pas fuir, ou à se cacher. Il restait là, droit, le fruit entre les dents et le regard pointé vers la porte d'entrée. Elle s'ouvrit, laissa entrer une ombre, se referma. Maena Aiolia Méryl n'avait même pas entendu les infimes scintillements de la clef dans la serrure. Il restait de marbre face à la jeune femme dévêtue qui venait d'entrer chez la mitéra et le patéras. Ses boucles d'or avaient été coupées sauvagement. C'était à peine si leur pointe atteignaient ses épaules nues. Son maquillage grossier lui retirait le peu de charme qu'elle pouvait posséder. Le soutien-gorge qu'elle se plaisait à exhiber était d'un mauvais goût inexploitable. Couvert de nœuds roses et de plumes magenta. Sa jupe n'était pas une jupe. Plutôt un vulgaire torchon noué autour de sa taille démesurément fine par rapport à un postérieur enflé comme un kyste géant, assigné à cette tâche pour éventuellement couvrir quelque partie intime. En y regardant de plus près, même les deux protubérances sur son torse semblaient gonflées à l'hélium. Elle était difforme. Les talons qu'elle portait lui donnait l'air encore plus obscène, et outre son raffinement à toutes épreuves, son absurdité était risible à souhait ou vomitive selon le point de vue. Elle venait de glisser sa main dans le sous-vêtement qui tentait vainement de couvrir le semblant de poitrine cachée quelque part entre sa graisse. Elle venait de ranger la carte de son nouveau client. Elle était la prostituée bas de gamme que le patéras s'amusait à appeler de temps à autre. Elle le regardait, il la fixait de ses yeux envoûtants, la pomme dans la bouche. Elle passa une main dans ses cheveux, se mordit la lèvre inférieur, nerveusement. Puis Maena esquissa un sourire. Cette fille devait venir tellement souvent ici qu'elle devait presque être considérée comme un membre à part entière de la famille. Alors il retira le fruit de ses lèvres, secoua sa main vers elle, lâchant un salut plutôt agréable à l'oreille. La fille baissa les yeux, essaya de garder l'équilibre sur ses échasses tout en cherchant à marcher avec. D'après son attitude, elle mourrait de jalousie face à ce bellâtre. Il y avait de quoi, quelque part. Elle ne devait pas s'en vouloir pour cela. Arrivée à sa hauteur, elle lui lança un regard assassin, gravit les escaliers. Le bel croqua à nouveau dans le fruit si gourmand. Deux mille quatre. Année bissextile. Pas d'anniversaire, pourtant. C'en devenait une habitude. Il était évident que le pays était en crise, et devait aider les jeunes à trouver un emploi pour financer quelque étude envisagée. Elle avait trouvé celui-là, certes. Mais pas elle, non. Elle n'aurait sans doute pas pu faire autrement, et pourtant. Circée Imogen Honny travaillait dans un bar, un service de restauration rapide, un café. Circée Imogen Honny était devenue une catin.



On lui avait hurlé à travers la porte de son refuge qu'il reprenait les cours le jour même. Cela faisait une éternité qu'il n'avait pas mis les pieds dans une salle de classe. Quatre ans. Il avait choisi un crayon noir pour sublimer ses prunelles. Ses vêtements, sobres, l'habillait comme ils auraient vêtu une poupée de porcelaine. Il avait arraché ses manches longues à mains nues, s'en servait comme décoration. Son jean noir était troué de part en part. Maena ignorait si l'on pouvait ne serait-ce que le laisser entrer dans l'enceinte de son nouveau lycée vêtu de la sorte. Il s'en foutait. Il s'aimait plus que tout au monde. Il attrapa son sac, le posa sur son épaule, vérifia tous ses pièges et ses fermetures pour sécurisé son palace, et descendit par la gouttière. Le jeune homme avait décidé de prendre l'habitude de voler le minimum vital au patéras et à la mitéra. Quelques cinquante euros par jour devraient lui suffire. Suffisant pour gagner une certaine indépendance. Puis il suffirait de poser un ultimatum au moment opportun. Tout irait à merveille, c'était inné. Il entra dans la rame de métro un sourire radieux aux lèvres. L'arrivée au lycée s'était faite en silence. On lui avait demandé de se présenter, sans plus. Il avait trouvé une table au fond de la salle, et s'amusait à mâcher sa gomme à la cerise comme s'il s'agissait du plus délicieux chou à la crème du monde. On le regardait étrangement. Les individus de sexe féminins, toutes plus laides les unes que les autres, souriaient niaisement dès qu'elles avaient le malheur de croiser son regard charmeur. Les autres, eux, se contentaient de l'observer. Des airs sombres et malsains. Des ombres folles et nullement sereines. Oui, les premiers jours s'annonçaient difficiles.
Il était sorti déjeuner. Il n'avait pas faim le moins du monde. Il fallait bien se nourrir. C'était inutile, il n'en avait pas la moindre envie. Alors il se promenait, comme ça. Puis ils arrivèrent face à lui. Ils étaient deux. Ils étaient largement plus musclés que lui. Et ils ne décrochaient pas leur regard vénéneux de son corps de dieu. Maena ne s'écoutait plus, avançait droit devant eux. Il leur fallait un jouet sur lequel frapper, il se porterait volontaire. Dommage qu'il n'ait pas de masque. Il risquait d'abîmer encore plus son joli minois. Avec une lueur dans les pupilles aussi puissante qu'un lampadaire éteint, ils le dévisagèrent et s'approchèrent de lui. Face à face. Le prodige s'attendait à recevoir un coup. À tout moment. Ils lui demandèrent de rejoindre leur bande. Rien de moins. Loin d'être dupe, Maena Aiolia Méryl s'amusa à les questionner sur le pourquoi d'une telle invitation. Il y avait une fille, Jezabel Urga, qu'ils ne qualifiaient que de trop bonne ou de chaudasse. Sauf qu'elle n'était visiblement pas attiré par ces deux charmants jeunes porcs, mais plutôt par le divin nouveau de la classe aux yeux si sensuels et aux formes si désirables. Il refusa l'offre. Maena ne comprit pas d'où venait le premier coup de poing.
Il s'était perdu pour retourner en cours. Il avait trouvé la bibliothèque, s'y était arrêté. Sans grande conviction, il errait à travers les rayons de toutes sortes, créant ses propres histoires dégénérées et pourtant si plaisante. Dans la salle de bains, il n'y avait plus de rats. On les lui avait enlevé. Pendant quatre ans. On le fixait d'un mauvais œil. Ce n'est qu'après s'être mordu la lèvre inférieur qu'il comprit qu'il saignait toujours. Il avait été soigné par l'infirmière, beaucoup moins douce et attentionnée que Saint-Hilarie l'était. Elle lui avait collé bon nombre de bandes autour de la tête, emmêlant ses cheveux avec cette glue désagréable, le privant de son œil droit. Rien à voir avec les soins prodigués par Saint-Hilarie. Saint-Hilarie aimait ce qu'il faisait. Saint-Hilarie lui manquait. Accrochée à son sac, il avait conservé la minuscule broche qu'il lui avait offerte le soir de Noël. Le soir de son concerto. Il avait laissé ses phalanges pianoter sur le dos des livres, en avait choisi instinctivement un. Les Fleurs du Mal. Il leva la tête. Section poésie. Après tout, pourquoi pas. Reclus dans un coin, Maena se faisait discret. Ce n'était pas réellement le moment de se faire remarquer. Le jeune homme ne réagit à rien. Pas même aux regards perçants braqués sur sa silhouette assise sur deux chaises. Il se plongea dans sa lecture.
Quelques minutes plus tard, il décida de l'emprunter. Si Hershel avait eu raison un jour dans sa vie, c'était lorsqu'il avait abordé le sujet de Charles Baudelaire. Et pour l'emprunter, il du parler. Il approchait de la sortie, percuta un obstacle imprévu. Aucun des deux ne perdit l'équilibre. Honteuse, celle qu'il imaginait être Jezabel Urga s'excusa, et retourna s'asseoir autour d'un très large banc de sardines dans son genre. La sirène la suivit de son œil perçant. Le poisson s'était déjà caché derrière le rempart efficace qu'avaient dressé les autres membres de la communauté autour de leur semblable. Sans demander son reste, la beauté marine sortit.



On l'avait fait se lever, aller devant la classe, pour lire un poème de son choix. Élémentaire. Maena soupira, arriva devant le bureau de la femme qui leur enseignait le français, langue qu'il s'était plu à choisir en option, sans son livre. Elle lui fit remarquer, le pria de ne pas la prendre pour une idiote et l'envoya le chercher. Relevant la mèche qui se plaisait à tomber sur son nez bandé, le bel répondit que cela n'était pas nécessaire. Cette charmante dame lui offrit la modique somme de deux heures de retenue. Dans un élan de paresse innommable, il traîna les pieds jusqu'à sa table, tout au fond, pour attraper le fameux ouvrage. Cette attitude lui valu deux heures supplémentaires. Au commentaire déplacé de cette professeur de pacotille, le jeune homme s'amusa à lancer un youpi très clair. Deux de plus. Il parvint finalement à revenir sur la scène, face au quelques trente et une paires de pupilles braquées sur lui. Il avait le choix entre Don Juan aux Enfers, La chevelure, ou l'Invitation au voyage. Gardant le livre en main, clos, il se mis à le réciter. Les yeux dans le vide, braqués vers le bas. Sa voix démentielle n'enchantait pas que les femmes. Dans l'ambiance qu'il avait créé, il fondit un règne vocal inépuisable. La vieille fille ne pu s'empêcher de l'écouter, cessa son écriture maladive. Là, tout n'est qu'ordre et beauté, Luxe, calme, et volupté. Il s'amusait à faire dévier leur regard ingénu sur sa comédie enchanteresse. Ils quittaient la fenêtre, les jupes, les tables, la trousse, pour ses miroirs resplendissants. Là où tout n'était qu'ordre et beauté. Luxe, calme, et volupté. Il lâcha le livre sur le bureau de son bourreau, les yeux assassins. Il regagna sa place sous les révérences oculaires. Il n'eut aucune heure de colle.
Il jouait avec la fente qui divisait sa lèvre inférieure et la mordillant. Maena ne savait plus quoi faire pour passer le temps. Un groupe d'adolescents de sa classe passaient devant lui. L'un d'entre eux eut le malheur de l'apercevoir, s'arrêta. Même s'il n'avait qu'un œil, le bel savait qui viendrait à sa rencontre. Et ça, il ne le souhaitait pas. Sans regret, il déposa un billet sur la table, le plia sous l'addition, et s'en alla en emportant sa téquila sunrise. La paille dans la bouche, un air de chanson en tête, les yeux rivés vers le point de contrôle le plus proche. Il rêvait de jeu vidéo. Il rêvait de zombies. Il les voyait, autour de lui, morts et pourtant bel et bien debouts. Il loucha sur la rondelle d'orange qui ornait son calice. Les méfaits de l'alcool, sans doute. Mais ils étaient tous morts. C'était évident. Et lorsque sa main lui attrapa l'épaule, c'est son poing qui rencontra le ventre de l'affamé. En torsion, il ne lui avait laissé aucun échappatoire. Plié en deux sur son estomac, le jeune homme qui l'avait épié gémissait de douleur. Il ne s'attendait visiblement pas à recevoir un coup aussi vif. Et ses yeux pleins de larmes se levèrent vers son faciès d'ange satanique. Il tomba à genoux, dans ses bras. Maena le lâcha, l'abandonna dans sa détresse. Puis, vision d'horreur. La jeune fille de la bibliothèque courut vers le meurtri, l'enveloppa de ses bras minces. Derrière, les deux acolytes s'approchaient. L'uppercut de l'un fut esquivé de justesse, le genou de l'autre fut reçu dans le coude. À quatre pupilles contre une seule, le bel savait pertinemment qu'il n'avait aucune chance. Mais elle hurla. Jezabel leur hurla d'arrêter. Maena Aiolia Méryl n'était pas idiot. Maena avait eu peur. Pour la première fois depuis sa naissance, quelqu'un d'autre que lui chantait ses louanges. Mais cette voix était immonde face à la sienne. Immonde. Il n'attirait à lui que la laideur. Maudit soit-il. Ils baissèrent les bras, le regardèrent. Ils étaient tous particulièrement difformes. Ils le dévisageaient. Ils ne s'avouaient pas vaincu. Accablé par tant d'horreur, le prodige ne pu retenir une larme. Elle hurla qu'ils lui avaient fait peur. Intérieurement, la sirène hurla à la sardine qu'elle ne comprendrait jamais l'étendue de leur laideur.

" Eroding to nothingness, I've got to fight and defend.
Now that my heart is torn into pieces and never will it mend.
I am loveless again. "




Il ne savait pas ce qu'il voulait dire. Il ne parlait, consciemment, pas un mot d'anglais. L'écrivait encore moins. Lorsqu'il essayait de le lire à voix haute, il ne pouvait s'empêcher de rouler les [-r], sous les railleries sobres du groupe. La fille était partie. Elle avait un bus à prendre, elle ne pouvait assister aux répétitions. Ils avaient réussi à louer un garage assez grand pour y entreposer tout leur matériel. Dieu sait qu'il y en avait. Le plus vieux, Enée, ouvrit l'armoire qui contenait la basse et la guitare. C'était lui qui lui avait proposé de les accompagner dans leur antre. Après leur altercation, Jezabel leur avait demandé de se calmer, de faire la paix. La victime véritable, à genoux, avait acquiescé. Enée et l'autre, Dymas, obéirent, allant même jusqu'à lui tendre une poignée de main amicale. Maena n'avait pas bougé. Les voyant entourer le jeune homme pour lui porter secours, il demanda à ce qu'il le lâche. Confiant, le trio l'offrit en sacrifice à au divin précoce. Le bel l'aida à se relever en lui servant de béquille. Il lui demanda son nom. Léandre Damalis. C'était portable. Ses grands yeux verts lui sourirent. Gêné, Raphaëlita lui demanda pourquoi il voulait le voir, tout en priant les trois autres de le conduire là où ils voudraient. Léandre lui déclara qu'il était amoureux de sa voix, et qu'il voulait lui demander s'il accepterait de chanter dans leur groupe de musique. Ceci expliquait cela. Jezabel s'en alla, Dymas, Enée et Léandre l'apportèrent à leur serrure secrète. Dymas était le plus étrange de tous. Il portait ses manches courtes Marilyn Manson sous son large et encombrant blouson militaire. Ses yeux n'avaient aucune couleur. Il puait l'herbe comme personne. Esthétiquement parlant, il était hideux à en mourir. Quant à évaluer la valeur de ce qu'il était, il semblait être le plus radieux de tout. Il s'amusait avec les emplis, montrait ses muscles saillants à Léandre. Benjamin du groupe, il était le petit génie par excellence. Il avait deux ans d'avance dans sa scolarité, trouvait encore le moyen de s'emmerder au maximum en cours. Maena s'en voulait de l'avoir frappé. Il avait pleuré, sous l'emprise de la douleur. Ses prunelles encore rougies semblaient pourtant rayonner de bonheur. Ce type était l'allégresse incarnée. Tant mieux pour lui. Amusé par cette vie, le bel demanda d'une voix timide s'il pouvait user des instruments. Vrai boulet de canon, Léandre lui tendit sa basse. Quelques accords suffirent à faire pâlir le petit. Quelques notes à le faire frémir de jalousie. Dans un silence religieux, il rendit l'instrument à son propriétaire encore sous le choc. Dymas le pria de s'installer à la batterie. L'avant bras droit au-dessus du gauche, il esquissa deux ou trois notes. S'amusait. Maena n'avait pas remarqué à quel point il submergeait le batteur de haine. Il lui rendit ses baguettes, enfila la lanière supportant la guitare. Lacérant le bout de ses doigts, il tentait de jouer quelque chose. Un petit bout de musique. On lui arracha les cordes des mains, le poussa vers son propre accessoire. Un microphone. Il approcha, le renifla. Enée, face à lui, le brancha. Les tympans hurlèrent sous ce son atroce qui s'en échappa. Maena recula, par réflexe. Il soupira.
Dymas lui apprit qu'Enée et Léandre étaient frères. Il lui dit aussi que même si Enée pouvait rester avec eux et laisser son frère rentrer seul chez eux, à quelques minutes à peine du local, il le raccompagnait toujours. Ils avaient donc décidé de l'attendre en buvant un verre dans le bar le plus proche. Dymas lui demanda d'où il venait. Maena lui répondit qu'il habitait à environ une demi heure au Nord du lycée, et qu'il avait toujours vécu là-bas. Il entendit le nom de Dreamy. Le bel pâlit, bu une gorgée de sa liqueur amère, ne répondit pas. Dymas le rassura en lui parlant de Chrysante. Chrysante Aimilia. Le Chrysante, l'homme damier, l'homme au jeu d'échecs. Il lui dit qu'il était son cousin. Qu'il lui avait beaucoup parlé de son compagnon de chambre, Méryl. Et Méryl se sentit défaillir. Un rictus mauvais aux lèvres, Dymas ne lui demanda pas comment il en était arrivé là. Maena le fixa, suppliant, lui quémanda des nouvelles de Chrysante. Il y était toujours. Même, il était dans la salle d'isolement. Celle qui, là-bas, s'appelait la salle vide, ou la salle close. Chrysante l'avait toujours redouté. Dès que l'on en parlait autour de lui, il s'arrêtait de jouer. Il en avait une peur bleue. Saint-Hilarie tentait par tous les moyens de l'en sortir. Cela faisait une semaine qu'on l'avait placé dans cet enfer. Maena questionna le punk sur le pourquoi de son isolement. Un accès de folie, dû à l'absence de Méryl. Raphaëlita détourna le regard. Dymas finit son verre en disant que ce n'était pas de sa faute, que tout irait bien.
Le club était de plus en plus fréquenté. Enée et Dymas l'entouraient confortablement, ne le quittaient jamais des yeux. On lui avait dit que seul, un nouveau venu serait mort. À en croire leur air sérieux, ils n'avaient pas menti. Maena fut présenté à Milo, qui le décrypta des pieds à la tête. Enée lui avait prédit sa curiosité maladive et ses réflexions tendancieuses. On lui avait dit de rester calme, que malgré ses grands airs, il était adorable. Milo lui sourit, lui demanda de donner son identité en entier et sa nationalité. Maena Aiolia Méryl Raphaëlita, Grec. Avec une moue gênée, Milo lui dit qu'ici son nom serait Aiolia. Aiolia approuva d'un signe de tête. Un jeune homme, plus serein, débarqua. Sans aucun doute Lysandre. On lui avait dit quelque chose, à son sujet. Maena avait oublié quoi. Il salua le trio, fut surprit de voir un nouveau et lui offrit son plus beau sourire en lui demandant son nom. Aiolia. Lysandre soupira, lui demanda son vrai prénom. Silence. Un rire franc et une main chaleureuse lui attrapa le poignet, les phalanges. Lysandre semblait gentil, lui aussi. Tous les cinq se dirigèrent dans la salle. Une trentaine de torses nus s'affichaient avec fierté devant le nouveau venu. Sa sécurité fut renforcée. Maena apprit qu'on ne pouvait pas plaire à tout le monde. Un jeune homme, plus frêle que la plupart, s'engagea vers eux. À en croire les dires de Dymas et d'Enée, il s'agissait d'Eryx. On lui demanda son nom. Aiolia. Eryx se présenta à son tour, un sourire immense gravé sur le visage. Aiolia retira son haut sous le conseil de Milo. Les combats avaient déjà commencé. Ici, les tournois. Un rituel comme un autre pour marquer son arrivée. Lui allait s'entraîner. Lysandre lui apprit les postures à prendre au repos. Milo le guida sur les esquives. Tous lui montrèrent comment désarmer, frapper, sauter, tomber, rouler au sol, attraper, projeter. Aussi incroyable que cela puisse paraître, Milo s'était essoufflé. Il fallait croire qu'Aiolia était aussi doué dans l'art du combat que Maena l'était dans le domaine de la musique. Jezabel, selon Dymas, ignorait l'existence du club. Il ne fallait pas qu'elle soit au courant. Surtout pas. Raphaëlita se douta bien de la raison à ce sujet. Lysandre alluma une cigarette, en proposa aux autres. Milo et Enée déclinèrent l'offre, Eryx accepta, Dymas sortit sa propre cigarette en riant. Aiolia regarda le paquet. Juste un instant de doute. Il refusa avec douceur. Lysandre lui dit qu'il était très séduisant, expira sa toxine, et que sa voix était un vrai délice. Il était gay. Voilà ce qu'il avait oublié. Ils restèrent là un moment, mettant en pause tout travail corporel. Lysandre le dévorait du regard. Il ne le fuyait pas. On proposa à Aiolia un premier combat. Son unique œil accepta. Il avait oublié le nom de son adversaire, s'en foutait. Typé eurasien, il ne semblait pas réellement dangereux et le prodige partait confiant. Il ne fallait pas tuer. C'était un combat amical, où il ne fallait pas tuer. Le singe lui sauta au cou dès le début du combat lancé. Aiolia esquiva tant bien que mal, attrapant son adversaire par l'avant-bras, tentant de lui porter un coup. L'autre se libéra en frappant le coude. Les attaques s'enchaînaient. Aiolia esquivait les assauts à répétition de cet imbécile, en essuyait parfois, cherchait un moyen de les contourner. Il avait un jeu de jambes minable. Lorsqu'il se baissa pour éviter un énième coup, le bel porta son pied contre son genou. Il fléchit. Un uppercut l'envoya à terre. Il roula vers lui pour conserver son avantage. Et dès qu'il fut couché sur lui, l'eurasien déclara forfait. Le souffle chaud du bel caressait les joues du perdant. Il se releva, s'inclina, lui tendit une poigne amicale pour l'aider à se relever. Il avait gagné. Et l'inférieur le serra dans ses bras. Marque de respect entre eux. Arrivèrent pour partager cet instant Milo, Enée, Lysandre, Dymas, Eryx, et d'autres dont il ignorait l'appellation. C'était une grande famille, en fait. Et il n'y avait ni mitéra, ni patéras. Il n'y avait que des frères. Des frères d'armes. Lorsqu'ils se quittèrent, l'eurasien s'écroula au sol. Ceux qui l'accompagnaient l'emmenèrent à l'hôpital. Aiolia apprit que c'était pour cette raison qu'Enée ne montrait pas le club à Léandre.
L'eurasien était dans le coma, d'après Dymas. Un mauvais coup, sans doute. Enée n'était pas surpris, et déclara que cela faisait partie des risques du métier. Certes. Et Maena s'en mangeait l'épiderme des doigts. L'eurasien n'avait pas mérité cela. Puis, ce n'était pas de sa faute. Il n'avait pas mesuré l'étendue de sa force. Il n'avait pas fait exprès. C'était un accident. Dymas posa sa main forte sur son épaule, le bel leva les yeux vers son sourire. Tout irait bien, Merc' s'en sortirait. C'était un dur, un battant. Il n'allait pas rester dans le coma éternellement, c'était certain. Le chirurgien Willias avait dit que son état était stable, que ses jours n'étaient plus en danger. Et que tout irait bien. Le trio oublia cette histoire. Le Délice Fruité d'Enée sentait sur toute la terrasse. Il le buvait lentement, savourait la moindre odeur, la moindre épice capable de le séduire. Dymas se plaignait que cette horreur olfactive s'incrustait même dans son Mojito. Il ne le touchait plus. Maena le lui vola sous ses plaintes maladives. Il en fallait peu pour le mettre dans tous ses états. Puis la serveuse leur apporta le Zombie qu'il manquait. Le prodige la mira, la remercia. Elle s'accouda à la table, le remercia à son tour. Ses lèvres pulpeuses lui adressaient un sourire radieux, sublimé par un grain de beauté sur la lèvre supérieur. Enée lui demanda de partir. Elle obéit. Soufflé, Maena se contenta de porter la paille de son cocktail à sa bouche. Enée lui appris qu'elle s'appelait Jezabel Urga. Un temps de silence, durant lequel Raphaëlita comprit que justement il ne comprenait rien. L'aîné récita que Jezabel étaient le nom des deux soeurs jumelles, celle qu'il connaissait déjà, et cette serveuse. Bien qu'elles aient l'air gentilles toutes les deux, l'une d'elle est un monstre qui a imposé à sa sœur sa dictature. Ainsi, il était réellement impossible de différencier Jetable la serveuse de Jezabel la fille de la classe. Comme si elles échangeaient les rôles. C'était confus, mais prenant. C'était une histoire comme une autre. Et Maena s'en foutait royalement, jusqu'à ce que Dymas lui apprenne que Hector, l'homme de la famille Urga et donc frère des deux Jezabel, faisait partie du club. Le bel faillit s'étouffer avec son nectar. Et elle les retrouva, prit une chaise, s'assit avec eux. Dymas semblait parti pour l'envoyer voir ailleurs, lorsqu'elle déclara avoir des nouvelles de Merc'. Il était mort d'une hémorragie interne. Le bel frissonna.
La salle de bains était apaisante. Il aimait compter son argent en se servant des cases du damier. C'était un ordre bien précis, tellement précis qu'il ne savait pas comment l'expliquer pour être clair. Et il comptait. Cela faisait des jours qu'il volait au nez et à la barbe du patéras, de la mitéra. Le fruit semblait à présent plutôt juteux. Il prenait son temps, soustrayant le moindre centime destiné à sa survie précaire. Il lui manquait des vêtements. Il grandissait à vue d'oeil. Le crayon noir se faisait rare. Il fallait le renouveler. Manger était devenu catastrophique. La crise faisait flamber les prix, et la sécurité autour du réfrigérateur du clan Raphaëlita se renforçait à l'aide des deux monstruosités qu'avait généré Circée, maintenant en âge de hurler, de courir, de laisser leurs affaires traîner n'importe où, de rester la nuit entière devant l'écran plasma, ou même de sortir faire de la balançoire dans le parc d'en face en laissant toutes les portes ouvertes. Maena avait une sainte horreur des enfants. D'autant plus des filles. C'était véritablement un calvaire. Mais il n'avait noté aucune infraction dans son refuge pour l'instant. Les pièges fonctionnaient à merveille. Les enseignements d'Arsène n'étaient pas tombés dans l'oreille d'un sourd. Il avait presque fini d'ordonner ses billets, ses pièces. Dehors, la voix rustre du dit patéras s'amusa à détruire la paix instaurée entre les deux clans. Il réclamait une douche. Maena resta silencieux, indécis. Il était ici chez lui, dans son havre à lui. Un haras aussi splendide de son propriétaire. Il visait la destruction du mur de bois dressé devant lui, sans grand succès. Alors il s'enfuit. Le bel venait de finir de compter. Deux cent trente euros et cinquante centimes pile. Assez pour une Xbox. Il s'arma de son sac à dos et ouvrit la fenêtre.
Léandre l'accompagnait. Il se noyait sous l'océan de câbles, de fils, de manettes et de jeux que Maena lui avait demandé de porter. Enée avait rendez-vous avec son banquier, des soucis de capitaux. Dymas, lui, allait faire réparer sa chérie, une Honda CR-Z Hybrid personnalisée à tel point que l'on ne savait pas qu'elle était à la base une Honda. Léandre s'amusait à enrouler autour de ses bras fins les branchements des manettes. Le prodige soulevait le carton des machines comme il aurait soulevé un plateau de fromages. Il était bien plus musclé, maintenant. Le club y était pour beaucoup. Les clefs s'étaient logées dans la poche de son jean. Il y glissa une main, ne parvint pas à les extraire de leur planque. Sans aucune raison, il s'énerva. Léandre posa ses sacs et s'agrippa au pantalon du jeune homme. Lorsqu'il eut retiré les farceuses, Maena avait détourné le regard, rouge de honte. Tout sourire, la porte du local s'ouvrit et les laissa entrer. Les instruments prenaient une place folle. Les garçons se déchargèrent en plein milieu, et le plus âgé des deux se mit en tête de trouver une prise électrique libre. Toute la place fut passée au peigne fin, le moindre recoin surexploité. Finalement, la seule prise disponible était cachée derrière l'armoire aux instruments. Il fallait pousser ce meuble. Ses cris bestiaux témoignaient de l'effort qu'il déployait pour, au final, ne pas faire bouger le meuble. Léandre se mit de l'autre côté. Le bel lui siffla qu'il ne servait à rien dans ces conditions, que c'était un travail d'homme. Le plus jeune retira la cale des roues du meuble, le jeta plus loin. Un temps. Léandre n'émit aucune remarque désagréable. Les meubles furent rangés, déplacés, et enfin les machines purent être installées. La table basse supportait la télévision de fortune que le cadet avait financé. En dessous avaient établi leur règne les multiples consoles de jeux que Raphaëlita avait pu avoir. Les quelques jeux qu'il avait payé ne suffiraient pas; Dymas, Enée, mais aussi Milo, Eryx et Lysandre fourniraient le tout. Jeux, boissons, nourriture, kit de survie, ordinateur, connexion internet, chaîne hi-fi. Tout pour plaire. Léandre était ravi. Maena lui promis de revenir au plus vite, qu'il n'en aurait pas pour longtemps. Il alla à pied chercher un bouquet de fleurs. Le cimetière n'allait pas tarder à fermer ses portes. Il était encore temps de s'excuser auprès de Mercure. Ce Noël promettait d'être inoubliable.
Le vingt quatre décembre était férié. Ils s'amusaient avec un rien. Léandre et Enée bataillaient pour gagner leur course misérable, et lorsqu'ils saturaient, Maena sautait sur l'occasion pour reprendre le flingue et pulvériser son score au head shoot. L'alcool avait été interdit. Ils n'étaient pas là pour copuler tous ensemble. Le junior aimait cette attention, et se faisait plaisir comme tous cherchaient le divertissement. Le sapin était joliment décoré, si bien que Lysandre avait décidé de se parer des même guirlandes et fils d'ange. Il n'était pas le seul costumé. Eryx, toujours prêt à faire l'idiot, était déguisé en Jésus. D'un mauvais goût exemplaire, ce qui n'avait pas l'air de le perturber outre mesure. Maena n'avait changé en rien ses habitudes, et aux côtés de Dymas et Milo, il semblait particulièrement banal. Milo se jetait à corps perdu sur les fromages de chèvre et les olives. Il adorait cela. À côté, Dymas s'était installé aux commandes de son vaisseau musical, et jouait sans se préoccuper du reste. C'était l'occasion de faire connaissance. Maena choisit de nouer des liens en priorité avec la Playstation 2. Resident Evil le faisait sourire. Léandre se joignit à lui rapidement et prenait le relais lorsque ses phalanges le faisaient souffrir. Enée, en bon sponsor, jouait les cherleaders à l'arrière et apportait le ravitaillement aux deux guerriers du nouveau monde. Il fallait sourire, le plus longtemps possible. Maena en était conscient. Deux fois, la porte du local trembla. Lysandre se dévoua, alla la débloquer. Les sœurs Urga les saluèrent, l'une avec un sourire malsain, l'autre silencieuse. La récréation était terminée.
Jezabel s'approcha du visage de la sirène, qui la repoussa une énième fois. Elle puait le rhum bas de gamme. La tentative de l'amadouer en lui offrant un verre s'avérait être un échec cuisant. Il lui dit de rentrer chez elle, qu'elle ne devait pas rester là. Ses doigts cherchaient la réaction désirée en caressant ses cuisses. Elle lécha goulûment ses lèvres brillantes, au doux grain de beauté. L'intérieur de ses cuisses musclées. Il la repoussa. Encore. Elle cracha dans son verre, élégante et distinguée. Il la laissa partir, se diriger vers les toilettes. Dymas vint lui tenir compagnie, lui demandant s'il arrivait à la supporter. Son soupir en disait long, Dymas se mit à rire. Surtout, il ne fallait pas se laisser avoir. Il ne fallait pas céder à ses avances. Raphaëlita promit qu'il n'y avait aucun risque à cela. Et Jezabel approcha, timide. Elle n'avait pas changé. Toujours la même tête angevine, la même robe jaune. Elle était celle que Maena nommait la gentille Jez'. L'autre, la serveuse, il l'appelait la libertine. La gentille Jez' était adorable, bien que soumise aux moindres désirs de sa soeur. Un bien triste destin, une fatalité qu'il ne tolérait pas. Maena, il s'aimait pas dessus-tout. Et pour être reconnu, il lui fallait un public prêt à être asservi. La gentille Jez' devait être gagnée d'avance. Il lui vola son verre de jus d'orange, et l'embrassa à pleine bouche.

/!\ [Le contenu de ce paragraphe peut être choquant pour certains d'entre vous. N'étant pas essentiel à la compréhension du texte, ne vous sentez pas contraint de le lire, et passez directement au paragraphe suivant.] /!\



Sous les chants de Noël, Jezabel clamait les courbes de son dieu. Elle chatouillait l'intimité dressée avec passion, embrassait le torse nu de l'androgyne. Elle glissait, bercée par sa propre salive. La sentir contre son membre ne lui procurait guère de plaisir. Elle insista, la porta plus profondément encore. Aucune réaction. Pas une once de sensualité. L'acte à l'état pur. Elle se baladait sur son corps diaphane, ondulant contre son bas ventre, hurlant aux cuisses entrouvertes son désir. Elle cherchait sa sève, en vain. Un excès de puissance, où il comprit qu'il était le maître. Cinq doigts se posèrent sur le haut de son crâne, appuyèrent sur lui, ramenant son souffle volcanique plus près encore. En face de lui, le miroir des toilettes improvisé. Elle gémit. Il resta de marbre. Sa nudité n'était pas belle. Elle s'approchait de lui, prenait ses mains, les plaquait contre sa poitrine attirante. Sans effet. Le bel restait stoïque. Elle porta sa propre intimité contre son membre, sensuel. Il la pénétra malgré lui. Ses soupirs étaient mécaniques. Faux. Ses formes rebondissaient sous ses propres secousses. Elle jouissait seule, cambrant ses reins d'elle-même. Le partenaire n'était là que pour lui donner bonne conscience. Maena fumait la troisième cigarette de sa vie. Elle avait enfin un goût. La première l'étouffa. La seconde n'avait aucun effet. La troisième, enfin, avait une utilité. Elle lui faisait oublier sa posture. Il pensait à quelque chose de réellement excitant. Il pensait à lui. Heureuse, elle laissa sa semence entrer en elle. Ses lèvres se frottèrent aux siennes. Il daigna la regarder. Le même grain de beauté rehaussait le tout. Les chants de Noël étaient bien plus fascinants.



Les filles étaient parties. Tant mieux. Les consoles n'attendaient plus qu'eux. Maena raconta sa débâcle dans les toilettes à Dymas, littéralement explosé de rire. Il lui posa toutes les questions du monde, notamment si l'usage de préservatif avait été de rigueur et si Jez' était aussi bonne qu'elle en avait l'air. Les réponses furent nébuleuses. Maena gardait un sourire ravi. Il avait réussi à prendre l'une des pus jolies filles du lycée sans avoir eu recours à quelque moyen que cela soit. Et quelque chose ne tournait pas rond. Ses pupilles dilatées retrouvèrent l'ondulation calme du sirop fruits rouges. Elles n'avaient pas le même grain de beauté, c'était certain. Rien chez la gentille Jez' n'avait de charme. Elle n'était pas jolie, ni même observable. Jezabel, malgré tous ses artifices, l'était encore moins. Etrange. Le matin, ils s'offrirent des cadeaux. Maena avait reçu un MP3 avec un casque, un ordinateur portable, un collier avec un pendentif dans lequel l'on pouvait mettre ce que l'on voulait, un bon pour un piercing gratuit, et une paire de gants ornés d'un œil étrange. Il demanda la symbolique de ceci. On lui dit que c'était le logo du groupe Darkness StartBlok, duquel il était le chanteur. Le vingt six fut une journée sans encombre. Toujours la même passion pour l'écran, la musique, les pixels, les hurlements de joie ou d'horreur. Quelque part entre les films pornographiques d'Eryx et les herbes fumées de Dymas, Maena reçut un coup de téléphone. Glastown. Hershel Glastown. Il fit taire toute l'ambiance. On lui apprit qu'un tsunami venait de ravager l'Indonésie, ainsi que l'île de Sumatra. Stephanidos Saint-Hilarie avait été retrouvé mort noyé au large. On l'attendait pour l'enterrement, sachant qu'une partie de l'héritage lui était destiné. Il raccrocha.

[ Chapter II- To be continued. ]


Dernière édition par Maena A. M. Raphaëlita le Lun 4 Juil - 19:06, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: ✭ Beautiful Mermaid.    Lun 4 Juil - 14:36

[ Chapter III - If you sing loud and clear, someone passing by will surely hear you. ]



Il tenait à y aller. Le poing partit seul contre son menton. Deux se jetèrent sur lui, sans effet. Le troisième s'était relevé, avait visé son genou. Bien qu'agile, il n'avait pu l'éviter, tressaillit. Le coup suivant fut intercepté, et il le renvoya au sol à l'aide d'un pied bien placé. Un quatrième débarqua d'il ne savait où, armé d'une barre en fer. Il la brandit pendant que le bel s'occupait d'un de ses collègues encore debout. Rapidement, il le déstabilisa, et pu intercepter l'objet métallique qui fonçait sur son crâne. Il l'attrapa, dansa autour de son porteur, la lui arracha des mains sans qu'il ne puisse comprendre sa procédure. Ballerine assassine. Maena envoya son pied contre le visage d'un assaillant, tandis qu'il retenait l'homme qui lui avait fourni l'arme par le bras. Un coup derrière la nuque, il tomba inerte. Gardant la ferraille en main, il put se débarrasser d'un survivant encore tenace. Calme absolu, il s'en trouva essoufflé. Il se pencha sur chacun des corps des endormis. Aucun n'avait rendu l'âme. Objectif accompli. Il s'apprêta à fouiller leurs poches, quand il fut découvert par une autre bande. Eux, étaient plus nombreux, mieux armés, et surtout inébranlables. Seul, la mission était perdue d'avance. Il serra la barre de fer dans sa paume, se redressa. Jusqu'au bout. Ils se jetèrent sur lui en salves organisées. Il les repoussait à peine, largement dominé. Puis un éclair blond traversa la scène. Nul autre que Dymas, venu porter main forte à son chanteur. Malgré sa batte de base-ball, le nombre leur faisait défaut. Alors le batteur hurla en repoussant un barbare. Ce ne fut qu'une question de seconde avant de voir débarquer Lysandre et Milo. Les poings américains ajustés, Milo devenait alors redoutable. Lysandre se suffisait de ses muscles. Le clan ennemi sortit sa dernière carte, le repli stratégique. Sauf que chez eux, la fuite n'était considérée que comme anticonstitutionnelle. Ils les finirent tous. Maena, exténué et couvert de bleus, s'assit à même l'asphalte et remercia les autres de leur intervention. Ils fouillèrent pour lui les dépouilles à peine vivantes, récoltèrent de bonnes liasses de billets. Ils les comptèrent. Quatre cent deux euros et vingt neuf centimes. C'était suffisant pour se rendre à l'enterrement. C'était parfait.
Hector semblait être un adversaire coriace. Couvert de bandes, Maena le savait. Il n'avait aucune défaite sur son tableau. Il était l'un des plus gros gabarie de sa promotion. Hector, c'était une machine à tuer. Il aimait se battre autant qu'il aimait ses sœurs. Fumant une dernière clope avant le combat, Maena le savait. Milo lui avait conseillé d'attaquer par les airs. Hector avait une poigne d'acier, un revers meurtrier, une très bonne maîtrise des armes, un jeu de jambe efficace, mais il n'était pas bien réfléchi, plutôt nerveux, et surtout lent comme personne. Il fallait l'avoir par la vitesse, la fougue, et l'agilité. S'il usait de tout cet attirail, Hector n'avait aucune chance. Ça, Maena l'avait bien comprit. Lorsqu'il arriva sur la place où allait se dérouler le duel, Hector lui apparut gigantesque. S'il n'atteignait pas les deux mètres, il les frôlait. Aiolia n'osait se lever, finit sa cigarette en silence, mirant ce golem impénétrable. Il s'était armé de chaînes de métal. Il compenserait sa faible vitesse par la précision de ses fouets improvisés, et pourrait capturer l'adversaire aisément pour l'amener vers ses poings. Très bien vu. Il jeta le mégot sous ses semelles, l'écrasa, se leva. Les règles étaient les même. Aucune règle, sauf une. Ne pas tuer. Avec ces maillons, certainement qu'il ne voulait que son bien. Enfin. À peine le combat fut déclaré qu'Aiolia choisit de frapper au sol, évitant par la même occasion un poing vif et puissant. Il martelait les genoux, sans succès, se faufila grâce à une roulade entre ses jambes et atterrit dans son dos. Son pied broya ses reins. Il ne bougea qu'à peine, ne se retourna pas. Le bel sauta, projeta son poing contre son épaule. Hector s'empara du poignet maigre, le fit passer par-dessus bord, le laissa s'écrouler au dos. Il leva son pied, le laissa s'écraser sur son torse. Ses mains apparurent de justesse pour contrer l'assaut. Il pesait une tonne. Pas moyen de le soulever. Le prodige cherchait un autre moyen de faire basculer la situation à son avantage. Il tenta d'atteindre les parties secrètes avec son pied. Manque de chance, le géant était bien trop grand, et les membres inférieurs du divin trop juste. Ne pouvant prétendre se cambrer, déjà maintenu au sol à moitié par son seul pied, Aiolia enlaça la jambe avec les siennes. Hector ne semblait attendre que ce geste. Il jeta la vermine d'un simple coup de pied, posa son poids sur son dos. Un cri s'échappa de la gorge de la victime, qui tentait de se relever à l'aide de bras qui furent instantanément immobilisés par les chaînes. Une situation bien embarrassante. Le saisissant par les cheveux, lâchant l'emprise qu'il avait sur la chaîne liant ses mains, Hector le souleva du sol comme s'il s'agissait d'un vulgaire trophée de chasse. Les yeux diamants le fusillèrent. Et rapide comme l'éclair, il passa ses bras liés autour de son cou, se servit de cet appui pour gravir son torse nu à l'aide de ses pieds, et atteint le visage. Il appuya comme un fou sur le nez, se défit de ses liens. Repoussé, le géant semblait déstabilisé. Et lorsqu'il s'aperçut qu'il n'avait plus ses chaînes, Aiolia et sa crinière de lion s'en était déjà fait propriétaire. Un claquement de fouet qui attrapa son poignet. Il le tira, excluant le fait qu'il n'avait véritablement pas la force adéquate pour le mener où que cela aurait pu être. Ce fut finalement Hector qui l'entraîna vers lui, et le repoussa d'une paume atrocement douloureuse. Sa joue était rougie. Il n'était pas plus abîmé qu'à l'origine. Et Hector tomba dans l'excès de puissance. Il se mit à se dandiner en sa direction. C'était inespéré, incroyable. Fait comme un rat. Préparant son poing, pensant lui rentrer dedans, Aiolia se baissa, sauta, porta son talon contre la pomme d'Adam du géant. Repoussé, il le contourna, prit appui fiable sur ses épaules, remplaça ses mains par ses mollets et s'apprêta à le tuer. Hector hurla son abandon. Aiolia était tellement surprit qu'il s'en laissa tomber au sol. Il lui demanda pourquoi, au désespoir. Hector, souriant, lui répondit qu'il avait quoiqu'il puisse arriver gagné. Maena reprit ses esprits, agrippa la main généreuse qu'il lui offrait. L'embrassade qui les lia l'emplit de joie. Hector n'était qu'un jouet, qu'une bête sauvage dressé par ses sœurs. Du haut de son podium, Maena venait de comprendre.



Un hurlement strident emplit la salle de terreur. On se dirigea vers le duel d'extérieur. Celui qui était appelé aussi le duel à mort. Raphaëlita demanda à Milo quels étaient les duelistes. L'un des deux se faisait appeler Sorel, et était Allemand. Sa spécialité, c'était l'art oratoire. Il parlait divinement bien. Tellement bien, qu'il pouvait convaincre un adversaire d'abandonner avant même que le combat ait commencé. Sorel, son délire, ce n'était pas sa voix, c'étaient ses mots. Quand il parlait, on était obligé de l'écouter. Il avait un charisme fou. Apparemment, il n'était pas non plus désagréable à l'œil inexpérimenté des mortels. Quant à l'autre, c'était Yu. Ils arrivèrent au bon moment. À genoux, il l'implorait de l'épargner. L'éclat des deux lames qu'il fit apparaître de ses fourreaux trancha du revers sa viande. Un instant de silence. Ses cheveux longs noués en une queue de cheval traditionnelle, son large kimono recouvrant les doubles lames, Yu fit volte-face, laissant la tête rouler au sol et les entrailles se déverser sans gêne. Dans l'ombre, Yu n'existait plus. Il rangea ses katanas, dénoua sa chevelure nippone. Personne ne s'attarda près du cadavre. Les autorités le retrouveraient bien assez vite. Maena fixait les organes. Ne pouvait s'en lasser. Lorsque tout le monde eut déserté les lieux, il tomba à genoux, ne les toucha pas. Caché dans les ténèbres, une main s'apposa sur son épaule. Dymas s'assit à ses côtés, lui demanda si c'était pour cette raison qu'il avait été envoyé à Dreamy. Devant son silence, le batteur couvrit ses cristaux blancs avec ses mains.



Avant de partir faire les achats qu'ils avaient à faire, Maena Aiolia Méryl demanda à aller aux toilettes. Agréable, le serveur lui indiqua le chemin à suivre. Il alla vomir son Martini. Deux fois. Stephanidos Saint-Hilarie n'était pas mort. C'était impossible.
Il leur fallait des costumes. La première date de concert avait été fixée dans deux semaines. Les chansons étaient sues à la perfection. Il ne leur manquait que l'apparence. Ils avaient décidé de partir sur des teintes sombres. Léandre protesta. Il voulait de la couleur. Ils déclarèrent donc qu'il y aurait de la couleur. Maena fouillait les rayons sans véritable vocation. Il aimait les lunettes cyber-punk. Visiblement, vu qu'il les essayait et s'amusait à faire l'abruti avec, Léandre les affectionnait tout particulièrement. Alors le chanteur alla trouver Enée, et lui demanda de partir dans un style complètement décalé. Chacun pu choisir son costume. Dymas pu s'offrir les bracelets dont il rêvait depuis des mois, pour parfaire son look punk. Enée choisit la distraction plutôt que le sérieux, et partit sur un univers tout autre : la Cour de Louis XVI. En digne marquis, il était presque aussi charmant que le prodige. Presque. Le junior s'empara de tout ce qui pouvait être coloré, autant en vêtements qu'en accessoires. À le voir aussi merveilleux et aussi gai, cela donnait envie de déféquer des arc-en-ciel. Raphaëlita hésitait. Il aimait à peu près tout ce qu'il pouvait trouver. Et il tomba sur un pantalon criblé de chaînes et de pieux. Il le conserva contre son cœur. Des bandes qui recouvrerait son torse, le bas de son visage, et qui s'enroulerait dans ses cheveux. Au cou, le pendentif de Noël. Aux mains, les gants. Autour des poignets, d'autres bandes. Pieds nus. Du sang, un peu partout sur son épiderme de lait. Et pour finir, le masque. L'héritage, le cadeau de Saint-Hilarie. Parce qu'il était beau, ce masque. Et que Saint-Hilarie devait être fier de lui.
Trop de membres manquaient le club, ce soir-là. De plus, les membres du groupe étaient tous occupés ailleurs. Dymas lui avait proposé de l'accompagner dans l'une de ces courses, Maena lui avait répondu qu'il n'avait pas joué aux échecs depuis longtemps. Seul dans la rame de métro, il profitait des sièges à sa disposition pour s'allonger. Comme un mauvais pressentiment. Il repensait à Chrysante, seul dans la salle vide. Il imaginait Stephanidos en train de couler, et personne pour l'aider. Il l'imaginait emporté par les torrents de boue qui avaient englouti Sumatra. Il imaginait Saint-Hilarie dans ce chaos. Il réalisa que Saint-Hilarie n'aimait pas l'Asie en général, ni les îles. Maena se demanda alors ce qu'il fichait là-bas. Une mission, peut-être. Sans doute. Une mission dont il ne pouvait se soustraire. Une demi heure plus tard, il arriva à bon port. Il ne lui restait que quelques minutes de marche pour aller se prélasser dans un bon bain chaud, sous les gémissements de la mitéra, les coups du patéras, et la jouissance de Circée au travail. Rien qu'un instant de bonheur. Sa marche rythmée semblait être épiée. Au pire, il avait toujours le self defence comme arme. Et il arriva. Petit, discret, à rollers. Rien de bien effrayant. Le bel s'arrêta. Derrière lui, des pas plus imposants se faisaient présents. Il n'osait regarder le monstre qui venait de lui bloquer le passage. De l'autre côté de la route s'arrêta une voiture noire, de laquelle descendirent cinq hommes masqués et armés de couteaux, des barre en fer, de batte de base-ball, de poings américains. D'autres faisaient briller leur fil de fer, prêt à l'étrangler. Une chose était certaine. Cette bande savait ce qu'elle avait à faire, savait à qui elle avait affaire, et savait quand frapper pour être le plus efficace possible. Ce n'était pas un hasard. Et le petit à rollers l'accusa du viol de Jezabel Urga, ainsi que du meurtree de Kryos Urga, dit Hector. Maena ne dévoila pas sa surprise. Il s'était fait piéger en beauté. Le verre qu'elle lui avait offert, le vingt-quatre. Le combat arrangé entre Hector et lui. Elle avait tout calculé. Il ne fallait pas lui résister. Et elle avait tout programmé. Le prodige laissa tomber son sac à dos sur le sol, les pria de vite faire le travail parce qu'il n'avait pas que cela à faire.



C'en était trop pour le patéras, qui avait décidé de défoncer la porte de sa salle de bains. Maintenant des mois que lui et sa tribu se rendait chez les amis pour conserver un minimum d'hygiène, alors que l'ordure qui lui servait de fils squattait cette pièces des plus importantes de la maison. Il tenta de trafiquer la serrure, sans succès. Alors il s'était armé d'une hache, et entamait la destruction du bois. C'est à ce moment-là que le fils en question arriva, une cigarette entre les lèvres, aucune balafre sur son corps d'albâtre. Il lui demanda d'un ton sec ce qu'il fichait devant sa piaule. Le patéras partit au quart de tour chercher de ses poignes larges le cou délicat du fils. Il hurla à ce petit connard de lui parler avec respect. Il l'étranglait. Maena, neutre, lui pinça le nerf du coude. Il lâcha prise dans un râle ignoble. Sa voix était la plus horribles de toutes. Circée était bien la fille de son patéras. Le bel se jeta sur l'homme, chercha à l'immobiliser. Puissant, l'aîné se dégagea un mouvement du bras, repoussa l'assaut du jeune homme, s'arma de sa hache. Les yeux cristal s'inquiétèrent à peine, fuirent dès qu'il eut brandit sa lame. Ses mouvements étaient une catastrophe rythmique. Il devait se battre pour la première fois. La gigantesque montagne de graisse qui logeait dans son ventre en témoignait assez fortement. La baise ne fait pas tout, malheureusement. Il courut vers l'obèse, chercha à lui porter un coup de pied sauté. Il n'avait pas vu son poing prêt à l'intercepter. Il le reçu dans le ventre, savait qu'il allait lui porter un coup de genou, para au bon instant. Le coup de poing qui suivit n'était pas prévu. Projeté, il rencontra le mur. Une fente profonde déchirait sa joue. Sa belle joue. Une rivière carmin avait trouvé sa source. Et il riait, en face. Il riait comme jamais il n'avait rien. Il approcha, négligé, lui saisit le menton. Son visage glissait le long de sa nuque, ses lèvres charnues et indélicates frôlaient la pureté de celle du divin. Maena Aiolia Méryl enragea. Il lui susurra que finalement, il pourrait bien pratiquer la sodomie pour une fois. Les termes qu'il employait étaient légèrement plus crus. Maena ne pourrait jamais pardonner cet affront. Il attendit que l'enflure s'approche de sa bouche close. Langue reptilienne sur sa peau de nacre. Un peu trop près. La semelle de ses New Rock ne manqua pas l'entre-jambe. L'uppercut fut assené. Il tomba au sol, sur le ventre. Sur cet énorme coussin de graisse qui lui servait de bedaine. Il le retourna d'un coup de pied, s'assit sur lui. Et la sirène furieuse le roua de coups. Ses poings crispés n'en démordaient pas. Il tremblait. Il frappait. Les diamants d'eau perlaient ses joues, nettoyaient la plaie de sa joue. Sa belle joue. Il le martelait, le saignait à vif. Le geôlier implorait, impuissant. Et il continuait. Ses paumes étaient lacérées par ses ongles tellement la pression qu'il s'infligeait était puissante. Il lui hurlait ses méfaits, ses horreurs. Son visage ne s'apparentait plus à un visage. Il crachait ses dents sur le côté, Maena allait chercher son menton pour poursuivre son massacre. Quand il n'eut plus la force de frapper, il retira les mèches collées à son front à l'aide de ses doigts rouges. Non loin de là, la cigarette encore consommable. Il sortit son briquet, l'alluma, la fuma quelques secondes, et la plaqua contre le poignet de la victime. L'autre poignet, la nuque, Maena alla jusqu'à sortir l'intimité du patéras de son fourreau pour la martyriser à son tour. À Circée Imogen Honny. Pour la sœur dont l'honneur n'était plus. Le briquet le brûlait un peu, moins que le tabac ardent. Puis il fut satisfait de résultat. Le patéras semblait inconscient. Foutaises, balivernes. La hache, non loin. Le divin s'en empara. Elle était trop lourde pour une sirène aussi raffinée que lui, il s'en foutait. Il la brandit au niveau de la nuque de la victime, qui trouva la force de gémir. Maena lui déclara qu'il faisait pitié, abattit l'arme vers le sol. Il la fit tomber à côté de lui. Il n'était pas un tueur. Le descente des escaliers se fit en silence. Circée, dans la cuisine, entourée de deux petites filles et d'un enfant en bas âge accroché à son sein, lui demanda ce qu'il lui avait fait pour être dans cet état là. Raphaëlita lui promit que cet enfant était le dernier. Il s'empara d'une pomme, sortit, convaincu que la salle de bains du haut des escaliers deviendrait sa chambre attitrée dès ce soir.



Elle était penchée sur sa carcasse. Sanglante. Fausse. Ses jambes se balançaient d'avant en arrière. Par quel miracle, la coupe de thé ne tremblait qu'à peine, ne se renversait pas. Son kimono remplaçait les fleurs de cette étendue stérile de toute vie. Rien qu'un jeu pour enfant, une balançoire. Atemporelle. La noirceur dans toute sa splendeur. Il n'y avait que de la sorte qu'elle semblait vivante. La tasse brûlait entre ses articulations rendues atrophiées. Elle tenait son scalpel entre les lèvres. La pâleur de de la poudre qui recouvrait son visage parsemé d'éclats du Carmin. Le Carmin. [DETRUIRE!] Son regard fendit la beauté du ciel. Les pétales rosés n'arrêtèrent leur farandole qu'au moment où le zéphyr décida de stopper leur ritournelle incessante. Ils trouvèrent leur place sur le parterre immaculé [SOUILLURE!] que formait la neige à ses pieds. La douceur de ce vin printanier se mélangea avec la sensualité d'un primeur au bordeau profond. Âcre. Les fleurs sur les torses ne cessaient de croître. Et elle, souverraine, se délectait de leur lente agonie. Ses yeux reptiliens se plongèrent dans la coupe de ce qui aurait du être du saké. Ils étaient jaunes. Radioactivement jaunes. Et le thé n'avait pas la couleur du thé. Il était étrangement noir. Comme le sang des artères principales. Celles qui sont les plus vulnérables aux lames. Elle y plongea le reflet tranchant, remua le tout. C'était parfait. La tasse termina sa servitude sur le sol. [BRISEE!] Répandant ainsi son contenu sur la pureté incarnée. La balançoire oscilla, désormais seule. Seule. Cette coïncidence n'arrivera jamais. Rouge. Mutilé. Ces désirs teintés par leur contenu gastrique. Leurs râles inssuportables. Il les fallait frais. Si seulement. Le premier cadavre sur lequel elle tomba fut celui d'un obèse. À genoux, les organes affluant jusqu'à ses poignets habiles. Son coeur, une fois prit en main, ne battait plus.
Brisée, brisée. Cela n'est-il pas suffisant? Non, ça n'l'est pas! Mes pulsions destructrices ne se taisent pas. Fragiles, fragiles, les humains sont fragiles! Après tout, un être isolé n'est qu'une machine à tuer. Et je me suis demandé pourquoi ai-je été créée. [Maena.]
Brisée, brisée. Pour tout éliminer... Le comportement destructeur pour faire disparaître, disparaître, disparaître le mal qui ronge cette terre. Après tout, je ne suis qu'un rebut. Et je me suis demandé pourquoi l'on m'utilisait.
Elle tenait son foie comme s'il s'agissait d'une vulgaire pomme de terre. Dans son antre, elle tailla un coeur au scalpel. S'empara du pendentif qu'il avait laissé sur le rebord de la baignoire. L'ouvrit, le plaça à l'intérieur. Encore frais.
Un silence atroce.
[MAEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEENA!!!!]
Il se dressa, le souffle court. Un cauchemar, rien d'autre. Sa main se posa sur son front. L'obscurité le hantait. Un affreux cauchemar.

" Myérl.

Je psasarei vreitonlos sur les rnisoas qui t'ont psuosé à me meitnr lros de nrtoe prmeirèe rentocnre. J'en ai rein à fturoe, si tu svaais. Ne retergtes pas. J'airemai que tu lseis calmement ce massege. Cmmoe tu puex le vior, je fias une epxréience puor le minos osée. D’praes une édute d’un sticienfique que tu cnonais bein, il sfifut que la prmeirèe et la dnerière ltteres d’un mot soniet cretlrcoement paléces puor dchiféfrer le txtee. N’set-ce pas fancsinat ? T’en as rein à fturoe, je vias fiare berf. Dans vtroe cvae est en tairn de puoirrr le cradave de ce ptaiun de filc qui est l’uatuer de tes juors. Je sias que tu ne shaisoutais que sa mrot, prace que je te srueivlle. Je sias où tu dros, Myrél. Tu aedors les sllaes de binas. Clea ne dvreait pas te pseor tnat de porblmèes que clea, arèps tuot. Efnin. Gtowlasn cèvre en Efner, asusi. Sphatedonis aviat heurror de l’aeu, et stourut des îels. C’set cet efoniré de Gtowlasn qui dvaeit pratir en vncaaces là-bsa. Et il n'en iavat puls evnie. Arols il a fiat corire à Sphatedonis que Menaa l’atetandit en Idonnsiée. A Samutra. Ne t’niqiuète pas, Myrél. Il bûrle dans les fuors de Saatn, à psenért. Pas de qoui.

J’èsepre que tu aréppcieras cttee ptiete aenttiotn de ma prat. Ce n’est rein, mias au moins, tu proetras sa grissae atuour du cou. C’est moignn, qeuqlue prta, non ?

Aevc tuot mon aomur,
Gikea. "


Elle lui avait déjà accroché. En bas, la mitéra hurlait, pleurait. Cela avait été un carnage, à n'en plus douter. Il le porterait, ce collier. Après tout, c'était un cadeau. Et elle avait l'air d'aller bien. C'était l'essentiel.



Electricité ambiante, le bel tient son micro de telle sorte qu'il aurait pu le manger tout entier. Dymas agita ses baguettes. Un, deux, trois, quatre. La musique engloutit l'espace tout entier. Le public ne semblait pas se lasser de leur spectacle. Quelques jeunes filles s'étaient évanouies. Peut-être à cause de la chaleur. Peut-être à cause de sa magnificence. Enée jouait de ses cordes avec l'habileté d'un elfe à l'arc. Léandre ne songeait qu'au divertissement que sa basse lui procurait. Tout se passait bien, et tout se passerait encore mieux. Il alluma une cigarette, assis sur sa chaise électrique. Il avait du temps avant que les paroles n'arrivent. Les musiciens la connaissaient tellement bien que même lorsqu'une note de trop se glissait entre les lignes, ils faisaient tout pour rallonger l'introduction. Dymas avait pour spécialité l'improvisation. Question prolongation, il fallait lui faire confiance. Alors Maena leur accordait sa plus grande confiance. Il fumait, sous les néons violeurs. Couleurs. Le benjamin semblait dans son élément. Il conservait son sourire. Toujours. Vertige. Il attrapa le micro de loin, trop feignant pour se lever. Et il débuta. The air too dense to breathe, bury me underneath. The graveyard of BITTER GRIEF. Cuz they forsake and leave me, feeling so deceived, I ain't never got no belief. Il bondit sur ses pieds, colla l'appareil à ses lèvres. Why does it rain? Am I all sane? Just cure this pain! Am I insane?! La clope tomba de toute sa hauteur, finit sous sa semelle. Eroding to nothingness, I've got to fight and defend. Now that my heart is torn into pieces and never will it mend. I am loveless again. Interlude. Pray! Il hurla. Observa son mégot, irrécupérable. Hurla. Le tabac coûtait cher, pourtant. Il ne le pleurait guère. Can't find nowhere to go, there's just a sense of vertigo. A BITTER BLOW! Circling high and low, in the darkest shadow, nothing ever seems to follow. Sa voix passait de calme et docile à monstrueuse et destructrice. Les bras tendus vers eux et les cris conquis de la fourmilière le réconfortèrent. Why does it rain? Am I all sane? Can't cure this pain! Am I insane, sane, insane?! Il détourna le regard, se replongea au mieux dans la masse noire. Eroding to nothingness, I've got to fight and defend! Now that my heart is torn into pieces and never will it mend, I am loveless again! Interlude. Il s'apaisa, les mira. C'était comme réciter Baudelaire. Les yeux cristal dans le vide, l'atention de tous. Oui. Sur scène, il était leur nouvel empereur. Il était leur dieu à tous. Parce que sa voix ne leur en laissait pas le choix. Ils étaient prêts à être asservis, tous autant qu'il étaient. All the memories rotten, all the names that's forgotten, I'm gonna fight and survive. That's the way I feel alive...! Maena restait de marbre. Why does it rain? Am I all sane? Tell me if I'm all insane... Et ses iris s'arrêtèrent rien qu'un instant sur la clarté de ses lèvres fines, légèrement succrées, et sur son grain de beauté. Eroding to nothingness, I've got to fight and defend! Now that my heart is torn into pieces and never will it mend! I'm loveless again, [/Ne t'arrêtes pas/] I know there's something that can help me transcend, so through thick and thin, in this world I have got to fight and defend! Until the BITTER... [Hurle.] END! Il ne regardait plus personne. Envahit par la haine qui l'incarnait. Maena Aiolia Méryl n'était plus de ce monde. Il n'y avait que la bête. Until the bitter end.
Son nom de scène était devenu I Mikri Gorgona. Le prodige, un sourire factice gravé sur son faciès ingénu, corrigeait la foule en prononçant le mot Ariel. En français, son prénom était charmant.

Maena n'avait pas perdu son temps à retenir le nom de celui qui allait faire de lui un meurtrier. Il était plongé dans ce violon, délice auditif. Puis il s'avança dans la rue, leva le voile sur son visage antropoïde. Il avait demandé un duel d'extérieur. Aucune règle, sauf une seule. Le perdant doit mourir. Le but du jeu, c'est d'être couvert de sang. Roulette russe version sportive, Aiolia ne pouvait refuser. Et le violon chantait. Quelques touches de piano de temps à autre, un acordéon jovial joint à cette farandole exquise. Il n'oscillait point. Laissait la cendre lâcher prise d'elle-même. Ses mouvements étaient lents, lorsqu'il pensait à cette chanson. Nul besoin de casque ou d'écouteurs. Seulement de sa mémoire. Et de ses quelques percussions perdues au milieu de cet océan de sonorités. Il l'apostrophait par Gorgona. Ariel. C'était Ariel. C'était plus joli, Ariel. Donc, Ariel. Il portait le cylindre à ses lèvres fines. Voilà. L'impatience gagnait le coeur de l'adversaire. La sirène souffla au héros de l'attaquer. Il éclata d'un rire sans fin, prétextant son savoir-vivre interdisant de telles moeurs. Qu'à cela ne tienne, il attendrait donc qu'il ait terminé sa pause. Et il perdait toute notion de calme. Efficace. Le violon n'avait de cesse de virvolter dans son crâne. Violoncelle. Piano. Ses ongles s'amusaient à immiter les notes. Il connaissait les accords par coeur. Et ses bandes se déroulèrent. Il les noua sans hésiter, surveilla que sa nuque n'était pas à nu. En face, le héros jouait au jeu du plus futé. Il chercha à le provoquer. Lui dit que lui et son corps de femme n'allait pas faire long feu, qu'il le savait et qu'il retardait au mieux l'instant de la mort. Le héros avait pour épouse une certaine Jezabel. Sans doute l'une des plus belles du pays, si ce n'était de la planète entière. Et elle était là, priait pour lui. Charmante épouse dont il manquait le frère, Hector, tué. Avant lui, son meilleur ami, Mercure, un homme aux traits à moitié européens, à moitié asiatiques, avait péri au combat. Et les deux enterrements avaient été provoqués par la sirène. La souveraine du royaume marin. Il avait suffit qu'elle ouvre la bouche pour les réduire à néant. Le héros était préparé, apparemment. Il avait protégé le haut de son visage, ses tympans inclus, par un masque. Astucieux. Probabement pas assez. Tout était si parfait. Le héros avait sa belle, sa belle l'aimait, la sirène était seule, à jamais. Jusqu'à ce qu'elle daigne prêter un peu d'attention à ce marin trop ambitieux, à bord de son navire d'un autre temps. Elle se dressa sur le sol, droite et fière. Réajusta ses gants, lâcha la belle enflamée pour la faire disparaître sous son pied nouveau. Puis Maena fonça vers sa cible, le regard assassin. Les yeux d'un aigue-marine effarant. L'autre n'attendait que cela pour dégainer son pistolet. Il tira une balle, deux balles. Les deux furent esquivées. Et voilà. Il poursuivit sa course, sans arrêt. Un coup de feu. Il l'encaissa délibérément, n'avait cessé d'avancer. Sur sa poitrine, une rose écarlate instaurait ses propres commandements. Et il arriva à sa hauteur. Le héros le repoussa d'une main. Aisé. Et il leva le poing armé, voulut l'abattre sur son visage balâfré. Le tour était joué. Maena se décala à peine, s'empara du bras, le tordit dans le sens inverse des articulations. Dans un bruitage sordide, le membre se brisa. Mais rien ne pouvait faire déchanter la mélodie du violon. Il récupéra le flingue avant qu'il ne touche le sol, se colla à son ventre. Ses lèvres au niveau de son oreille. Et il hurla. Il hurla comme jamais il n'avait hurlé. Un cri mêlant rage, joie, peine. Et il tira. Le cardavre s'effondra sur le sol, inerte. Remis du coup de paume qui avait servi à l'éloigner, la beauté divine cracha ses glaires visqueuses sur l'asphalte qui n'était pas recouvert par sa masse volumineuse. Et son regard doux croisa celui du la désormais veuve. Essuyant du revers de la main les quelques traces de sang qui parsemaient son nez, elle l'attendait avec impatience et il s'approchait. La droite tenait fermement la crosse, le doigt s'enroulait autour de la gâchette, sensuel. Jezabel posait deux phalanges sur son grain de beauté. Oui, elle pouvait le cacher, en effet. Son corps splendide suintait la sueur et le désir. Maena Aiolia Méryl l'entendait soupirer, réclamer son échine ardente. Il arrivait, il était là. Silencieux. Elle ne bougea pas. Il pensait à Hector. Il pensait au héros. Il pensait à Enée, à Léandre, à Dymas, à Milo, à Eryx, à Lysandre. Il pensait à Jezabel. Elle entrouvrit les lèvres dans l'espoir d'acceuillir sa langue, sa respiration l'effleura à peine, remplacée par quelque chose de glacé. Elle ouvrit les yeux. Un canon. Parce que Maena pensait surtout à Mercure.

- Crève.

Et son crâne prit les dimensions de l'univers. Sa dépouille s'écroula au sol. Il la laissa tomber avec l'arme entre les dents. Du moins, ce qu'il en restait. Et il partit sans se retourner. Comme ça.

Les dernières jouées au violon étaient les plus magiques de toutes. Je les voyais, leur regard s'illuminaient, leurs yeux pleuraient de jalousie, leurs oreilles meutries qui se vidaient de leur sang. Et le mieux, c'était qu'ils n'avaient pas l'air de s'en rendre compte, ces cons. J'étais devenu leur Dieu, l'espace d'un instant. Ils m'avaient vénéré, adulé, et j'étais surpuissant. Il n'y a que dans ces moments-là que l'on se sent vivant. Et que toutes les puissances de ce monde et des autres mondes m'en soient témoin, jamais ô grand jamais le pouvoir ne s'était obtenu d'une autre façon. J'étais Dieu, une fois sur scène. Et si je décidais de me taire, je redevenais un être banal. Comme ça. Parce que je n'endoctrinais plus personne. J'attirais les visages vers moi. Mon aura ne disparaissait pas. Mais je n'avais plus de voix. Alors j'ai décidé de chanter, tout le temps. Quitte à en finir muet. Je veux chanter. Je veux devenir leur sirène incontestée. La Sainte par excellence. Je ne pouvais que leur être supérieur. Tout chez moi avait été créé pour séduire. J'étais l'enfant prodige, celui qu'il fallait aimer à tous prix. Qu'à cela ne tienne. Oui. Qu'à cela ne tienne. Ils m'applaudirent. J'exécutais ma révérence discrète, me rangeait sur le piano. Dymas s'amusait, lui aussi. Léandre s'était endormi dans les bras de son aîné, qui nous regardait faire en souriant. Et quelques notes. Ils se turent sur-le-champ. Et je criais, encore. Les cordes pincées hurlaient mes sentiments. Et j'accelèrai, pas de partition. Dymas me suivait tant bien que mal. Le tout, une jolie cacophonie souhaitée. Et ces bandes d'abrutis, ébahis par sa splendeur. Je n'en demandai pas moi. Couvrez-moi la bouche, ma gorge se creusera d'elle-même et vous insultera. Cousez mes cordes vocales, mes phalanges vous composeront ma doctrine. Cherchez simplement à me faire taire, pauvres mortels. Vous en payerez la rançon. Et mes doigts se délient sur ces touches morbides. Moi, je me délecte de leur opulence. Tous ces oiseaux en proie à mes mâchoires ne sont que fadaises face à la beauté des cordes. Et je joue. Je m'amuse. Quiconque briserait cet instant s'en verrait châtié. Et personne n'osera s'approcher de ma grandeur. Personne, oh non certainemment pas. Personne, oui. Personne. Ce n'est pas confus, non. Tout n'est que devenir en création, ici, autour de ces touches noires et blanches. Je les domine, et puis voilà. C'est tout. Et les larmes me montent aux yeux. Ce que je construis n'est que pure merveille, prodigieuse, séraphique, incontestable. Ce que je suis est splendide. J'irradie alliés comme ennemis, tout le monde gravite autour de moi et de cette sonate à la lune. Dymas s'arrête. Je continue. Je suis le seul capitaine de ce rafiot craquant. Le plus grand des silences, c'est moi. Et mes yeux se ferment à ces amours perdus. L'eau qui roule sur mes paumettes noyées par l'onde du projecteur en face de moi ne s'évapore pas. Le masque de Stephanidos me sert d'éponge.

[ Chapter III, to be continued. ]

[ Chapter IV - Nothing's better than that silence. Please, for the safe of God, shut up and listen. ]

Ils se jettent tous à l'eau, m'appellent Gorgona. Ariel. Ariel, misérables cloportes. Je m'appelle Ariel. Leurs pupilles angevines s'adressent aux tremblements qui coursent mon échine. Ils n'ont pas réussi à me faire enlever mes gants, ni mon froc, ni mes pompes. Enée tient à ce que j'entre dans cette foutue pataugeoire. Je lui tire la langue, charmant. Il sourit, cherche à m'arroser de là où il est. J'esquive. Léandre se laisse tomber du plongeoir en une boule parfaite. Autour de nous, l'environnement humain s'extasie devant ma présence divine. Deux nymphettes se pavannent dans mon champ de vision, priant pour que l'Apollon que je suis daigne leur apporter la protection olympienne dont elles doivent être parées. Que neni, les filles. Que neni. Dymas s'approche, plonge avec élégance. Lorsque son visage retrouve la lumière du jour, il me demande ce que je fais encore hors de l'eau. Ils rient. Renchérit qu'une Ariel telle que moi ne devrait avoir aucun complexe à nager autour de ces thons disgracieux et à envoûter l'audience de sa voix exquise. Ce qu'il ne sait pas, ce qu'ils ignorent, c'est que si Ariel a toujours cherché à gagner la terre, ce n'est pas entièrement par caprice. Elle cherchait un lieu où se sentir sereine, en confiance. Ariel est née dans une poche contenant le liquide le plus immonde jamais créé. L'embryon d'Ariel a toujours voulu échapper à ce breuvage ignoble. Et Ariel barbotte toujours à l'intérieur. Moi, je n'ai pas de queue marine. Je n'ai pas de branchies. L'eau n'est pas ma terre natale. Le peu de temps que j'ai passé au creux de ce sac abominable m'a suffit. Je ne veux plus jamais retourner dans l'eau. On m'a offert des jambes. Je ne vais pas me risquer dans cette galaxie humide. Ariel ne sait plus nager. Ariel, elle aurait dû mourir en avalant le contenu de son calice baignoire. Ariel, rebue qu'elle est, ne devrait même pas avoir à survivre ailleurs que dans sa putain de mer. Dans sa putain de mère. Je ne sais pas nager, et j'ai une peur bleue de me noyer. C'est ainsi, et ils l'ignorent. Mais je ne jalouse personne. Je ne ressens même pas le besoin de me jeter dans cette flaque boueuse. Après tout, Poséidon n'est pas le dieu de la beauté.

Ils m'attendaient, en bas. Alors j'ai enfilé le masque que Stephanidos m'avait offert et je suis descendu.
J'étais libre comme l'air. La fleur perdue dans l'horizon, cet espace vide qui comblait toutes mes vaines espérances. Tout ce qui avait fait de moi cette créature mythologique était réuni en cet instant. Ils m'entouraient, la vitesse excessive, le ciel nuageux, le bitume. Et un hurlement qui se plu à sortir d'entre mes lèvres. Un cri obscur, qui muta bien vite en un rire sardonique et malsain. J'entendais le violon dans ma tête. Toujours ce même violon, la même ritournelle, incessance. J'aurais aimé, oui, savoir la jouer. Je la jouais, bien sûr. Mais il manquait toujours ce petit je-ne-sais-quoi, qui la rendait si délicieuse. Elle aurait pu correspondre à ma vie, je pense. Avec ses chants gravés au silex et baignés dans l'encre de Chine. Avec ce hurlement incessant qui transperce les armures de plates. Avec ces pleurs qui, je le sais, se perdent au creux de ma gorge. Ces pleurs de petite fille. Ces chants captivants et dérangeants. Ils accelèrent, et je suis. Parce que je dois le faire, je crois. Ils veulent aller jouer. Ils veulent faire découvrir leur musique à cette Grèce qui sommeille. À cette Grèce qui avant Rome culminait, et qui à l'ère du renouveau s'écroule. Ils rêvent de gloire et de succès, se voyent sur les chaînes nationales, s'imaginent traversant l'Indien, la Rouge, l'Arctique ou la Méditérannée à la nage pour gagner les peuples d'ici et d'ailleurs. Leur évangélisation se réalise, déjà. Parce qu'entre leur basse, leur batterie, leur guitare, leur joli minois et leur muscles saillants, il y a une voix. Et cette voix, c'est celle d'Ariel. Celle qui malgré son statut de Princesse des Océans se sait incappable de s'allonger sur la plaque immobile d'un lac paisible. Celle qui, de sa voix d'enfant à l'agonie, pleure ses mésaventures et son désir de partir loin, de quitter ce marais bourbeux, et de s'élever plus haut qu'Icare ne le fera jamais. Le chant d'une diva prisonnière. Le râle lyrique d'une créature légendaire sous le joug de la fatalité. Oui, je le sais. Ici n'est pas ma place. Pas plus que je ne l'avait en temps que cadet Raphaëlita. Ici n'est pas mon poste. Ma voix est couverte par les impuretés de leurs instruments. Mes yeux sont cachés sous le voile fin qui me sert de frange. Ici n'est pas mon monde. Entre terre et mer, les deux royaumes à mes pieds, sans pour autant avoir pu déployer mes ailes à ma guise. Ce que je souffre, quelque part, personne ne le ressent. J'ai le mal du pays. Parce que mes yeux ont vu l'horreur et l'inconnu. Parce que j'ai pu entendre leurs foutus cris dès la naissance. Parce que je sais que personne n'a la place qui lui revient de droit. J'aurais du naître oiseau, et siffler au gré des vents, bercé par la liberté assassine. Je suis né dans un placenta gonflé par l'eau. Je suis né sous un signe d'eau, qui plus est le meilleur des signes d'eau. J'ai été destiné à vivre aux fond des cuves transparentes. Et pourtant, le jour s'est couché pour éteindre le monde, et tout a basculé. Ils ont tourné à gauche, un virage serré. J'ai suivi. Une route vierge. Un peu comme une autoroute. Je n'avais aucune idée d'où est-ce qu'on pouvait être. Dymas roulait à vive allure. Tous, sans exception, le suivaient. Je suivais, aussi. Mais je l'ai vu. C'est à cet instant qu'il est apparu, là. Il volait à contresens. Il m'a frôlé le masque. J'ai cru mourir. J'ai continué, et je l'ai observé dans le rétroviseur. Il s'est posé, à même le goudron. Même pas peur. Et j'ai fait demi-tour. J'ai pensé aux enfants que je pouvais buter et aux familles que je pouvais détruire avec mes conneries. Et je n'ai rien fait. J'ai serré le guidon encore plus fort entre mes mains. Et je n'ai rien fait. Il était là, cet imbécile de piaf. Juste en face. J'ai entendu la mélodie entre mes oreilles. Il manquait toujours ce petit détail que je n'arrivais pas à reproduire. Mon seul échec fut celui-ci. Il serait pourtant vite comblé. Il y a l'oiseau. L'oiseau, et son petit crâne si facile à écraser. Ce qu'il manquait à mes actes, c'était l'abrupté et le culot de l'alto. Ce qui pouvait le reproduire dans cet univers aux cinq sens troublés, c'était le sang sur le goudron, les organes étendus sur les graviers. Eparpillés ça et là, comme des dominos rouge évicéré. Et si je pouvais seulement atteindre la sonate parfaite, je lui arracherai ses ailes, je me les grefferai, et j'irais rejoindre Stephanidos là où il est. Ouais. J'irais trouver le monde qui me plait. Couvert de sueur et de sourire. Le monde de Stephanidos Saint-Hilarie. Le monde qu'il avait créé. Et l'oiseau serait la clef. J'ai augmenté ma vitesse. Un peu plus. Encore. Toujours. J'y étais presque. Une seule petite plume. Mes yeux se sont équarquillés lorsqu'ils ont compris que la carrosserie flambant neuve de ce poids lourd ne comptait pas s'arrêter.

Le choc ne m'a rien fait. Je suis toujours là. Je serai toujours là. Je sais que je dois penser à quelqu'un. C'est l'instant qui, qui se produit quand on le sait. On doit penser à quelqu'un, les mots ultimes à prononcer. Mais faites-moi taire, je vous composerai mes derniers vers. Je pense à Léandre, le jeune Léandre. Je lui demande de sourire à jamais. Enée se voit confier sa garde pour l'éternité. Milo, je ne le connais pas vraiment, mais je lui souhaite de se teindre les cheveux en violet, comme il avait tellement l'air d'en avoir envie. Eryx, vis, combats, suis qui tu voudras. Lysandre, tu pourras sans doute baiser sur ma tombe. Dymas, le punk ne crèvera jamais. Que dire. Je flotte toujours. Je repense au visage de mon assassin de papier. Tout avait l'air si iréel. Ses longs cheveux blonds, ses yeux émeraude. Syndel. Non. Syndel. C'est comme Syndel, mais avec un -y à la place du -i. La porte s'ouvre, je la vois sortir. Elle porte une robe blanche. Quelques sons, à peine audibles. Je reconnaitrais son accent moscovite entre mille. Syndel. Ravi de te revoir. Regarde, je vais bien. Tout va bien. Tout est calme. Tout est... sous silence. Il n'y a plus le moindre son. Rien. Rien du tout. Non... Non... Non. Non. Je n'veux pas y croire... Plus de bruit? C'est quoi c'délire? Non, vivez, les gens. s'il vous plait. Je vous l'ordonne, les gens. Ecoutez-moi. Ecoutez-moi... Et je flotte. J'ai fait une connerie. Une belle et grosse connerie. Je regrette? Sans doute. Aucune idée. J'ai voulu prouver que, moi aussi, j'étais un dieu. Mais Icare avait des ailes, au moins. Les sirènes ne peuvent pas voler. Elles hantent les épaves en pleurant leur solitude. Voilà pourquoi elles n'ont jamais pu atteindre le rang de divinités. Elles étaient seules. Non... Le corps s'affaisse. J'entends un dernier mot. Maena. C'est plutôt joli, comme prénom. Maena. Je souris. Je veux sourire. Je ne sais pas quoi penser. J'essaye, sans succès. Quelque chose me coince la gorge et me démange. Un pieu s'est planté dans ma gorge. J'ai une pointe dans la gorge. Je gémis. Rien ne s'échappe. C'est trop cruel. Couvrez-moi les lèvres, ma gorge se déchirera et vous insultera. Ma gorge... Non... Saint-Hilarie, vous êtes fier de moi, n'est-ce pas? Je vous ai fait plaisir? J'ai toujours pensé à vous, Stephanidos! S'il vous plait! Je suis conscient qu'on ne m'achèvera jamais, Stephanidos! On veut me faire souffrir, je le sais! Comme les sirènes perdent leur voix, on les abandonne, et on ne les tue pas. Les faire souffrir un maximum, je le sais. Je ne crèverai jamais, Saint-Hilarie, jamais! Circée, noies tes enfants. Noies tes putains de gosses, Circée, et je les élèverai. Circée, j't'en prie, butes-les dans la mer, laisses leur cadavre à la dérive, et je viendrai les chercher. Fais moi confiance. Ou pas, et laisse-moi seul. J'ai besoin de vous, j'ai besoin de vous! Pas seul! Pas muet! Je n'peux pas vivre comme ça! S'il vous plait, je vous en conjure, rendez-moi ma voix! Donnez-la moi! Je ne suis rien sans ma voix! Le pieu m'empêche d'avaler, je salive. Ma vue se trouble. Comme au premier jour. Je refuse de voir mon écatombe. Une douceur exquise s'empare de moi. Je ferme les yeux. Une plume vient m'effleurer. Trop curieux. Je le vois, narquois, s'envoler. Saloperie d'oiseau de merde. Sa robe blanche court vers moi. Je m'effondre sur l'asphalte. Tout tourne au ralenti, et je ne distingue plus les couleurs. Je ne vais pas mourir. Je le sais. Mes membres ne sont qu'engourdis. Tout va bien. Et je n'ai plus de voix. Sa présence à mes côtés me réconforte. Elle est bien plus apaisante que les infirmières de la maternité. Mon ange d'ivoire, qui sera toujours au-dessus de moi. C'est vrai. Je ne l'aurai jamais battu une seule fois. Tant pis. Une ombre plane à ses côtés. S'affale sur ses genoux, me fixe. Je n'y vois rien. Si. Ses iris noirs me transpercent. Sa poitrine me gâche la vue. Circée. C'est inespéré. Elle m'achèvera, elle. Elle va bien vouloir me buter après toutes ces années. Attrape mon crâne, s'il te plait. Comme ça, oui. Et maintenant, écrase-le au sol. S'il te plait. Ne me fais pas vivre en temps que sirène déchue, j't'en prie. Mes yeux se révulsent. Je sais que tout ira bien. Et je vois Dymas arriver en courant. Dymas. Tout se mélange dans ma tête. C'est ça quand on sait qu'on est dans la merde? Dymas... Mon enfant, ma soeur, Songe à la douceur, D'aller là-bas vivre ensemble! Dymas! Dymas, non! Dymas, sauve Chrysante de sa cage, Dymas! Dymas! Par pitié! Sauve Chrysante!

Ma pensée s'arrête au moment exact où mon coma débute.

Here. It's right here...

[ Chapter IV. This is his destiny. ]

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MessageSujet: Re: ✭ Beautiful Mermaid.    Mar 19 Juil - 23:20

    Test RP


Comme au premier jour, les sangles lui obstruent la respiration. Il entend un dernier son. Nyo...lo.



Tu sais comment il a fini, Maena Aiolia Méryl Raphaëlita, nyolo?

Puissance mécanique, dressage oculaire machinal. Ses yeux brandissent leur lueur au ciel apaisé. Noir et blanc. À première vue, il fait beau. Deux ou trois rayons de soleil blancs purgent la zone, tandis que la clarté des cieux grisonnants les rend assomants de poésie. Autour de son être immobile et paresseux, le mutisme le plus complet. Pas un bruit suspect, pas un bruit du tout. Ce qui aurait pu lui plaire le laisse de marbre, ce qui lui aurait sans doute déplu de même. Il ne sent rien. Olfactivement parlant. Son nez n'est pas bouché, il le sent. En fait, il s'en fout. Sa bouche reste close, et il peine à garder les yeux ouverts. Seul son sens du toucher s'avère préservé. Les mains, paumes vers le haut, se retournent avec fénéantise. Il tâte son perchoir, s'y complait. Des brins d'herbe fins, souples. Il détourne le regard de son vide intersidéral, le pose à côté de ses bras. Un ton légèrement plus foncé que celui du ciel. La pelouse était fraîche, vive, verte et grasse. Visiblement, il n'y avait aucune humidité sur leur surface. Pas de rosée. Soit le paysage était une aquarelle d'après-midi, soit la journée était placée sous le signe de la canicule et souffrait d'une évaporation précoce. Il n'avait aucun avis à ce sujet. Il s'en foutait. Il contemplait à nouveau le gris doux et pâle de la surface pure du haut. Il poussa un soupir à fendre l'âme. Le plus mielleux des sonnets. Les rondeurs cadavériques fixent ce point invisible. Ne le lâchent pas. Et le jeune homme retrouve ses sens. Les pixels prennent les pigments des couleurs de lumière blanche, de lumière noire, s'adaptent à leur environnement. Le ciel devient bleu, l'herbe verdoyante, le soleil brûle les rétines et son épiderme retrouve sa pâleur. Les tympans retrouvent leur faculté première. Si ce n'étaient ses mouvements discrets sur le gazon, les oiseaux gazouillaient joyeusement. Il n'y avait rien d'autre. Rien. L'orée des bois, d'une clairière, peut-être. Une colline sans doute pentue, une plaine gracile et sournoise à la fois. Non, peut-être pas. Le bel s'amusait à découvrir son berceau avec les mains. Les phalanges arrachaient quelques brins, les lâchaient plus loin. Il semblait se réveiller d'un sommeil profond. Il était ici et ailleurs. Ses yeux vides déraillèrent et rencontrèrent son côté gauche. Il y avait un tronc large, face à lui. Une écorce brune et visiblement rugueuse. Une cime couverte de feuillages en tous genres. Le bouquet était bien garni. Dedans, cachés, vivait la colonie d'hirondelles, de rouge-gorges ou de pies qui piaillaient sans cesse et offraient leur concerto assimilable à la plus odieuse des cacophonies. Ils ne semblaient pas conscients de l'horreur dont ils étaient les créateurs, et c'était d'ailleurs tant mieux. Comme quoi les mondes ne sont jamais parfaits.
Maena se cambra, souffla, s'écrasa à nouveau sur le sol. Il ne se souvenait que de son sommeil. On l'avait transporté, maintes fois. Et finalement, il ne bougeait plus. Il n'était pas mort, juste endormi. Quelque part, il sentait une double respiration. La sienne, calme, et celle du léthargique, à peine sensible. Il vivait, ailleurs qu'ici. Peut-être. Ou alors ce n'était qu'un rêve, et toutes ces sensations n'étaient que le fruit d'une imagination débordante et pleine de confusion. Sans doute, oui. Sans aucun doute. Il se voyait mourant, à l'agonie, quelque part sur Terre. Il se voyait, les joues arrachées, le masque brisé, les yeux clos, la gorge et la nuque réunies en un seul conduit par un monument métallique coincé par-delà la chair et les artères. Il se pensait, les lambeaux arrachés, les yeux baignés des dernières larmes factices. Il sentait l'odeur de cette fille par-delà les mers. Cette fille. Une main frêle lui agrippa le front. Qui est-ce, cette fille? Peu importe. Les yeux se ferment. Inconscience tragique, Maena ne semble pas plus vivant que l'autre. Il fait le point. Son nom est Maena. Maena... C'est joli, ça, Maena. Il est né, sans doute, mais n'est plus dans le monde dont il rêve. Parce que rien n'est comme avant. Dans les songes, il y avait de l'eau. Ici, il y avait de l'herbe, et un arbre aux siècles innombrables. Le rêve ne correspond pas à la réalité. Pourtant, Maena sait que quelque chose ne va pas. Il a l'impression de tourner en rond. D'oublier quelque chose, de n'avoir jamais vécu. Comme si le puzzle était incomplet. Il arrête de respirer. Maena... Et ce n'est pas tout. Maena... Méryl. Deux noms, seulement. Non, il doit forcément y avoir une erreur. Sa tête se laisse tomber, lassée par ses reflexions incongrues. Il découvre des coquelicots. Un champ restreint de coquelicots. Et Maena Méryl pense aux narcisses.
Douleur atroce dans le bras. Son échine se tord, le bel ne pense qu'à son membre. N'a cure de ces spasmes violents. Entend hurler Chrysante, Maena, Saint-Hilarie, Aiolia, Gorgona, Icare, Raphaëlita, Circée, Circée, Circée, Méryl, Ariel, Geika, Honny, Léandre, rien. Silence. La grande blonde qui lui tend la main s'effrite, disparait en un nuage de poussière tendre. Un fort accent russe résonne, une poigne spectrale s'emparre de son cou. Il se sent bouger, n'emet aucun son. Muet. On lui écrase le bras, on le lui arrache. Un miroir se brise à ses côtés et il se voit, Narcisse des temps modernes. Splendeur diaphane, dieu d'une époque en cours. Une berceuse l'envoûte. Eroding to nothingness, I've got to fight and defend. C'est connu. Now that my heart is torn into pieces and never will it mend. C'est su, c'est chanté. I am loveless again. Alors pourquoi, par tous les dieux, ne parvient-il pas à pousser ce putain de hurlement?!
Révélation. Le ciel lui en soit comblé. Il s'appelle Maena Aiolia Méryl Raphaëlita. C'est un nom à sonorités méditérranéennes, peut-être macédonien, grec, croate, chypriote. Avant, il chantait. Il chantait, et il est toujours divin. Divine, peut-être. Avec un corps comme le sien, ne manque qu'une proitrine protubéante pour basculer dans l'autre genre. Il connait des gens. Des pions à sa solde. Parce qu'il attire les regards, il plait à tout le monde. Et même s'il ne plait pas, il absorbe les pupilles, les rétines, les nerfs optiques. Il est un trou noir vers lequel on ne peut qu'aller. Il est un centre gravitationnel forcément omniscient. Et il y avait Circée, sans doute importante. Mais oui, Circée. Circée. Cette fille, blonde. Celle-là. Alors son nom, c'est Circée. C'est laid, ce prénom, Circée. Il soupira, et constata qu'il n'avait absolument plus mal au bras. Illusion à durée éphemère, sans doute. Sans doute...
Tout est confus. Il se redresse avec complexité. Les coquelicots l'entourent, finalement. Les coquelicots sont là, et les oiseaux le narguent. Alors qu'il retrouve des appuis potentiellement humains, il s'asseoit et tâte son faciès. Tout va bien. Il est intégral. Les dix doigts sont présents, les deux mains aussi. Dans ses chaussures, dix orteils, répartis sur deux pieds. Deux jambes, classiques. Un pénis, des testicules, tout va bien. Un ventre basique, un torse qu'il sent musclé, parfait. Non, tout est normal. Ses yeux sont sans doute toujours aussi pâles, évident. Et il a une gorge. Le bas de son visage est fermé. Peau métallique. Sueur froide, il s'acharne sur les détails. Des cuves cybernétiques, un profil noir, et, en fait, un oeil en moins. Arrêt cardiaque. Long soupir soulagé. Le masque. Le masque qu'on lui avait offert. Qu'une certaine Geika, Ariel, Icare, Honny, ou Saint-Hilarie lui avait offert. Aucune idée. Les accroches étaient posées exactement là où elles étaient dans le rêve. Il les fait claquer, respire. Le larynx est toujours encombré. Et voilà qu'une colombe, la pureté absolue, vient s'installer à ses côtés. Parasite, minable vermine. Il envoit sa main la chasser, sans succès. Elle lui baratine des louanges qu'elle s'approprie. La garce. Et lui, il étouffe sous la chaleur de sa protection. Alors il s'extasie, et le retire. Et il parle.

- Put...

Le sang tâche sa peau de nacre, ses lèvres. Il a une voix divine. Un châtiment incontestable. L'oiseau a succombé. Comme celui de la route, il aurait du mourir... Non. Non, attends. Il... Il l'a tué? Il est mort? Mais non, c'n'est pas ça. Les rêves n'avaient jamais parlé d'un oiseau. Mais qu'est ce qui... Non. Maena retire le masque entièrement. Il ne finit pas son mot. L'unique. Il s'exprime. Il a une voix. Il peut chanter, comme Ariel. Ariel, c'est une sirène, Gorgona aussi. Il ne faut pas oublier. Non. Non. C'est à ne plus rien y comprendre. Il est déjà perdu. La carcasse restante de l'animal s'écroule. Il pose le masque à ses côtés. Il y voit clair. Et son rire se propage dans toute la lande. Les oiseaux se taisent, tombent de leur perchoir. Et il rit. Il se rit des êtres vivants, il se rit des organes sur le vert, des rouges cérébraux et floraux liés. Il comprend qu'il est invincible, surpuissant. Il comprend ses limites lorsqu'il se met à avoir mal au crâne et à saigner du nez.

Tu sais comment il a fini, Maena Aiolia Méryl Raphaëlita, nyolo?
Eh bien il est devenu littéralement fou, et il a trouvé son univers à lui. Alors il a enfilé le masque dont il ignorait tout, nyolo, et il a quitté la clairière de la forêt de Claurofyl avec un sourire immense. Il ne savait plus ce qu'il pensait, ce qui était juste ou pas, et il avait tout oublié. Il ne pensait qu'à lui, tu sais, ça n'a pas changé à mon avis. Il va se prendre de sacrées baffes, cet ignare, nyolomouhahaha, et il ne va même pas savoir d'où elles viennent!

[Je... crois que j'ai fini. Voilà. Navré, encore...]
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Layca
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MessageSujet: Re: ✭ Beautiful Mermaid.    Ven 22 Juil - 20:41

Bonsoir Maena,

Pour commencer je tiens à te remercier sincèrement de ton inscription, c'est toujours avec un immense plaisir que nous accueillons les membres au potentiel si élégant.

Comme tu le sais, tu as pris un personnage prédéfini proposé par Kamui. Maena est un cas assez particulier, mais je dois dire avec admiration que tu en as fait une chef d'œuvre.
Tu auras peut-être pris un peu de temps pour rédiger ta fiche (bien que ce détail soit loin d'être un point négatif), mais ce qui est ressorti de tout ce temps de travail n'en est que d'une plus grande beauté. Nombreux sont ceux qui ont vanté tes mérites. Mais je ne me contenterai pas ici d'acclamer ton art, mais bel et bien d'expliquer pourquoi et comment tu as fait un travail remarquable.

Commençons par tes descriptions. De prime abord, tu as déjà effectué un travail plus que respectable. Descriptions détaillées et brèves. Tout y est. Tu respectes pleinement le personnage imposé. Tu te plies avec beauté aux critères imposés par le prédéfini. En deux paragraphes tu nous fait déjà voyager dans ton monde, et ceci n'est que le hors d'œuvre d'une grande apogée.
Ta biographie. Que dire ? Un roman à elle seule. Je l'ai lue avec attention, parcouru chaque mot avec plaisir et frisson. Savoir qu'un membre peut ainsi réfléchir à chaque détail de la vie de son personnage est électrisant et fascinant. Tu nous transportes nous fait virevolter au gré des méandres d'un conte fabuleusement macabre. Tu nous apprends chaque parcelle d'une vie brisée. Chaque détail d'une existence que tu sembles avoir passé des heures à mettre au point. Les mots choisis avec soin un par un ne font que rendre la lecture des plus palpitantes. On frémit aux premières lignes en supposant que tout ceci ne sera qu'un long miasme aux mots fades et redondants. Mais au fil des mots, on ne sait plus où donner de la tête. Ligne après ligne, lettre après lettre, on ne demande qu'une chose. Savoir la suite.
Jusqu'au dernier mot tu as su faire de ce personnage une pièce maîtresse de ta création.
D'un brouillon négligé tu as fait un roman digne du plus grand des auteurs.
Pour tout ça, je n'ai qu'un mot. Félicitations.
La biographie finie, hors d'haleine, quelques larmes au bord des yeux et le souffle court parfois, on en vient à lire un test RP où l'on se dit « qu'a-t-il encore à nous dire ? ». Et là tu nous montre ton personnage dans sa plus grande beauté. Fragile suite à une histoire dévoilée au grand jour, mais complet comme s'il était notre propre personne.

Que dire de plus ? En un mot. Parfait.

Ta fiche est une merveille, ponctuée de ce que je consens à t'accorder comme un sans faute (aussi bien stylistiquement qu'orthographiquement).
C'est donc avec un honneur immense que j'ajouterai cette étoile ✭ au titre de ta fiche pour qu'elle serve de modèle à tout ceux qui viendront se joindre à nous par la suite.

Et c'est le cœur léger que je te valide.

[Seuls les administrateurs ont le droit de voir cette image]

Ainsi fait, je tiens à t'accorder en plus le rang d'Élu. Bien que le personnage prédéfini ne fut indiqué qu'en tant que Bras Droit, je décide en cet instant de faire de toi l'un des Élus de mon fils Kamui, afin de remercier le travail que tu as effectué, mais aussi pour mettre sous les ordres de mon enfant un élément plus que prometteur.

Tu es désormais apte à poster comme bon te semble. N'hésite pas à contacter Kamui pour tout doute ou souci.
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Belzeneff
Le Créateur ✜ Nyolo !

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MessageSujet: Re: ✭ Beautiful Mermaid.    Mer 14 Sep - 16:07

Parce que en plus, même quand t'es validé tu embêtes Belzeneff ? BELZENEFF EST FÂCHÉ. Belzeneff ne te pardonnera jamais NYOLO

    Sous l'océan ♪

    [Seuls les administrateurs ont le droit de voir cette image]
    Belzeneff veut du crabe. Belzeneff veut se GAVER DE CRABE NYOLO
    Hé toi là avec la tignasse noire. T'as pas l'impression que ton nom il est LONG Nyolo ? Tu fais de l'ombre à Belzeneff avec, Belzeneff est pas content.
    La mitera et le papatera ? Nan mais on parle français ici ! On s'en moque que tu sois grequois ou brésiliano. On veut du français de France franchouillarde ! MANGER UN CHTI Nyolo !
    Mais en fait, dans une vie antérieure, tu as été un escargot. Tu as des réminiscences de ce passé perdu nyolo ? Belzeneff trouve que baver des arc en ciel, c'est fabuleux nyolo.
    Tu sais quoi ? Belzeneff est méchant, alors Belzeneffa pas lu ta bio. Haha ! T'es triste hein NYOLO !
    Mais nous, on aime bien ton don nyolo. Tu pourrais tuer en disant nyolo pour être le copain de Belzeneff non ?
    Et le masque est cool hein nyolo ? Avec ce petit côté post atomique je trouve qu'il est très stylé nyolo. Ça rend grâce à ton élégance de poisson. Nyolo. Belzeneff va manger la petite sirène NYOLO


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MessageSujet: Re: ✭ Beautiful Mermaid.    Mer 14 Sep - 16:30

Non mais tu crois qu'quoi? Tous les autres ils en ont un, de questionnaire, et moi genre j'suis "prédéfini" j'sais pas quoi et j'y ai pas droit? Non mais favoritisme, les mecs!

    Sous l'océan ♪


    Belzeneff veut du crabe. Belzeneff veut se GAVER DE CRABE NYOLO
    Hé toi là avec la tignasse noire. T'as pas l'impression que ton nom il est LONG Nyolo ? Tu fais de l'ombre à Belzeneff avec, Belzeneff est pas content. Il t'en faut pas beaucoup, à toi. C'bon, c'est qu'un truc que tu mets sur la carte d'identité. Estime toi heureux, y'a PAS de carte d'identité ici. Puis si c'est pour t'faire de l'ombre, Belzy, j'suis prêt à tout. Même à le répéter : Je m'appelle Maena Aiolia Méryl Raphaëlita, et même si c'est affreusement moche, j'aime le dire pour emmerder Belzy! Voilà!
    La mitera et le papatera ? Nan mais on parle français ici ! On s'en moque que tu sois grequois ou brésiliano. On veut du français de France franchouillarde ! MANGER UN CHTI Nyolo ! C'est patéra, ducon. Et j'suis pas français. Alors toi et ton vocab', j'm'en fous, tu vois. J'sais à peine de quoi tu causes, en fait. C'que j'peux m'en ficher... Puis merde, tu veux que j'le répète?
    Mais en fait, dans une vie antérieure, tu as été un escargot. Tu as des réminiscences de ce passé perdu nyolo ? Belzeneff trouve que baver des arc en ciel, c'est fabuleux nyolo. Dans une vie antérieure, j'étais pas là. Y'a que le présent qui compte, Belzy, tu sais. L'passé, c'est plus là, c'est foutu. Puis, à l'extrême limite, c'est mieux d'avoir été un escargot qu'une araignée ou un poisson. Ou un schizophène dépressif avec une marionnette en forme de chat sur la main qui passe sa vie à matter celle, sur tous les plans, des gens qu'il envoit sur un échiquier de MERDE où y'a pas d'électricité et où deux divinités au charisme égal à celui de leur progéniture se font la guégerre pour faire joli. Tsé que les escargots, ses yeux, ben c'est ses antennes, en fait?
    Tu sais quoi ? Belzeneff est méchant, alors Belzeneffa pas lu ta bio. Haha ! T'es triste hein NYOLO ! Ben j'm'en beurre la raie, en fait. Mais bon, si tu l'dis, j'veux bien te faire l'une de mes scènes hyper-théâtrales : "Noooooooooooon! Pourquoi n'a-t-il pas pris le temps de lire ce monstrueux pavé blindé de fautes et d'histoires inutiiiiiiiiiiiiiiiiiiiles??? Pourquoiiiiiiii??".
    Mais nous, on aime bien ton don nyolo. Tu pourrais tuer en disant nyolo pour être le copain de Belzeneff non ? Héhéhéhé. Pourquoi pas, attends... Parce que j'veux pas être le pote de Belzy, peut-être. Ah ouais, ça doit être ça. Quoique si Belzy m'offre le pouvoir... Ca peut s'négocier.
    Et le masque est cool hein nyolo ? Avec ce petit côté post atomique je trouve qu'il est très stylé nyolo. Ça rend grâce à ton élégance de poisson. Nyolo. Belzeneff va manger la petite sirène NYOLO Merci pour la grâce de poisson, hein. Puis, t'es pas l'seul à vouloir me bouffer. J'suis trop populaire, tu l'sais bien, ma caille. Alors tu fais comme tout l'monde, tu fais la queue. Non, pas de poisson. Et tu fais pas de queue de poisson dans la queue. Putain, même moi j'suis perdu.

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✭ Beautiful Mermaid.

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