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 Entre Innocence et Gargouilles [PV Kamui] (CLOS)

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Alvaro
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MessageSujet: Entre Innocence et Gargouilles [PV Kamui] (CLOS)   Mar 17 Mai - 21:19

Ce grincement particulier qui m’accompagnait à chaque fois que je m’aventurais en cet endroit pour le moins particulier était devenu désormais une habitude. Escalader les échelles métalliques qui menaient au Toit aux Gargouilles constituait un nouveau rituel pour l’âme solitaire que j’étais. Depuis le fameux incident de la cascade, je m’étais refusé tout retour en ces lieux, cherchant alors un nouvel endroit ou contempler le ciel sans être dérangé par qui que ce soit. Rarement assiégé, le Toit s’était naturellement imposé comme nouvelle cachette pour ma personne. Les raisons n’étaient pas si difficiles à trouver. En effet, rares étaient les personnes suffisamment courageuses pour oser venir s’allonger sur un toit de la sorte sans craindre d’avoir le moindre vertige. Un parfait contrôle des hauteurs était nécessaire pour apprécier le spectacle sans craindre à chaque instant de se fracasser le crâne sur le sol. De plus, uniquement habitée par des Gargouilles à l’aspect grossier, certains n’osaient pas vraiment s’éterniser là en leur compagnie. D’autant plus, qu’une vieille rumeur itinérante circulait autour de ce fameux Toit. Les Gargouilles attendraient que la Lune remplace l’astre solaire avant de prendre vie et de venir attaquer les pauvres êtres vivants un peu trop curieux. Une vieille légende pathétique certainement, car à moins que moi-même je ne sois trop intimidant pour qu’elles osent se mouvoir en ma compagnie, je n’avais jamais pu apercevoir le moindre petit geste de la part de ces monstres de pierre. Sans aucun doute une vieille comptine sensée effrayer les esprits faibles et facilement surpris. Et à priori, elle fonctionnait plutôt bien au vue de ma tranquillité permanente.

Bien que la nuit n’appartienne pas à un cycle régulier dans cet échiquier géant, les troupes de Layca avaient pour habitude de se tapir dans la forteresse et particulièrement le dortoir afin de s’y reposer. S’aventurer hors de nos murs n’était pas forcément une action des plus prudentes de par le manque de visibilité sur le terrain, alors bien souvent les guerriers restaient à la forteresse à roupiller et ne rien faire. Quel meilleur moment que de s’éclipser discrètement de ces salles bondées d’hommes et de femmes transpirants alors qu’ils racontent inlassablement des inepties sans intérêt ? Il n’y en avait certainement pas de meilleur. C’est pourquoi je me retrouvai nuit après nuit à grimper cette échelle bruyante près des balcons prêt à laisser libre court à ma pensée alors que je contemplai le ciel étoilé. Prenant place entre les tuiles, je m’allongeais discrètement sur le sol du toit, passant mes bras derrière ma tête et ne cessant jamais de regarder inlassablement cette ombre teintée de mille feux minuscules mais extrêmement envoutants. Je n’arrivais pas à expliquer pourquoi ni comment une simple œuvre de la nature pouvait fasciner un homme à ce point. Ce fameux cliché si souvent retrouvé dans la fiction était bien loin de n’être qu’une activité romanesque et dénuée d’intérêt. Je me perdais dans ce spectacle lumineux couronné d’une lune tout aussi enivrante. Mes pensées s’échappaient au fur et à mesures de mes contemplations. De mon temps sur Terre, je m’étais amusé à reconnaître certaines constellations des plus connues telles que la Grande Ourse, ou encore celle du Scorpion. Mais ici, les étoiles ne composaient absolument pas des constellations terriennes. Cette toile était entièrement méconnaissable et elle me paraissait n’être qu’un amas splendide mais aléatoire de petits points lumineux. Pas d’étoile du berger pour guider les âmes perdues… L’ironie de ce monde se retrouvait à même le ciel.

Je m’étais trouvé comme occupation d’attribuer certaines formes aléatoires à ces fameuses bouillies étoiles. J’appliquais ce que l’être humain faisait tout naturellement lorsqu’il contemplait des nuages mais en l’employant dans le champ des Étoiles cette fois-ci. Je m’étais dès lors amusé à y retrouver une composition étoilée ressemblant à étrangement à ces petits moutons espiègles et arc-en-ciel appelées les Gnufs. Une autre fois, il m’avait semblé apercevoir les contours de ce macabre Belzeneff. Ce soir, le ciel était dégagé, mais mon imagination n’était pas des plus débordantes. Aucune image ne semblait ressortir de ce fond obscur. Poussant un long soupir, je fermai les yeux quelques instants, me laissant aller au gré du vent doux et frais de la nuit. Ce son monocorde et répétitif me berçait au mieux. Somnolant à moitié, je repensais à tous ce qui s’était passé depuis que je vouais mes nuits à ce monde. Mes rencontres, mes agissements… Ma quête profonde n’avait pas réellement avancé. J’exécutais les ordres, guidais de nouvelles âmes et les forçai à s’habituer au climat. Mais mes espoirs de liberté n’en demeuraient pas moins toujours vains à l’heure actuelle. Légèrement agacé, je rouvris les yeux. Peu importait au fond le nombre de fois que je pouvais m’amuser à les fermer et les rouvrir, mes yeux se plongeaient encore et toujours sur ce même corps céleste. Mon destin était scellé… Tentant de me changer les idées en replongeant mon regard sur les astres, mon cœur fit alors un léger sursaut. L’image qui apparaissait devant moi était plus claire que de l’eau. Je n’avais aucun doute. L’amas étoilée une fois relié laissait deviner un visage que je connaissais bien. Un visage doux et fin, de grands yeux, une chevelure qui m’était familière… Je ne savais si mon esprit me jouait alors un tour ou même si j’avais simplement sombré dans l’hallucination, mais le ciel m’avait offert une image claire de l’élu primordial. Se pouvait-il que Belzeneff s’amuse à se jouer de moi en manipulant les étoiles à sa guise… ? Kamui s’affichait distinctement entre les points de lumière. Je distinguais son sourire bienveillant au loin... Un gémissement débordant d’exaspération me vint. Voilà que mes propres yeux se mettaient à le voir partout. Cela faisait maintenant de nombreuses nuits que je passais là, allongé, contemplant le ciel et attendant sa venue. Je ne l’avais pas croisé depuis notre fameuse rencontre au dortoir et il semblerait que mon propre corps manifeste par lui-même une envie pressante de le revoir. Que pouvait-il bien faire à ce moment précis ? Avec qui était-il ? Allait-il bien ? Nul ne doute qu’un effort sur le plan social me permettrait de le croiser bien plus souvent, mais mon goût pour les escapades solitaires ne faisaient que baisser inexorablement la probabilité que je me retrouve face à lui. Mais cette situation ne me plaisait pas vraiment au fond car, aussi incroyable que cela puisse paraitre… Sa présence commençait à me manquer. J’avais probablement un peu trop pris l’habitude d’être à ses côtés en tout temps lorsque je n’étais encore qu’un vagabond perdu en ces lieux. Mais depuis que l’on m’avait assigné de nombreuses tâches liées à mon rang d’élu, nos rencontres s’étaient fortement amoindries hélas.

Les jours et les nuits se succédaient sans arrêt et je n’avais plus échangé le moindre mot avec lui depuis ce fameux évènement. Était-il en colère contre moi ? Peut-être n’avait-il simplement pas envie de me parler. Et peut-être même qu’il avait décidé de m’éviter pour le moment. La raison exacte m’échappait bien évidemment et je ne pouvais que spéculer à son sujet. Peut-être n’avait-il pas apprécié ma proposition au final, et avait purement et simplement refusé d’y adhérer. Cette absence n’en demeurait pas moins étrange, car j’étais intimement persuadé que malgré un désaccord, Kamui prendrait au moins la peine de venir clarifier les choses en ma présence. Mais peut-être me trompais-je tout simplement au sujet de l’Innocence de Layca. La logique voulait que je ne m’en préoccupe pas outre mesure puisqu’il avait probablement une raison tout à fait valable de m’ignorer, mais je ne pouvais pas faire taire cette sorte d’inquiétude et d’aigreur qui régnait en moi lorsque quelque chose me rappelait le Blond de Layca. Particulièrement agacé par mon attitude, j’en poussai une légère raillerie du haut du Toit.

''Il est inutile de se préoccuper de ça pour le moment Alvaro. Peu importe ce qu’il peut bien faire ou ne pas faire. S’il vient tant mieux, et s’il ne vient pas, tant pis. Après tout ce n’est pas moi qui vais lui courir après. Lui seul sait ce qu’il veut ou ne veut pas faire.''


Mais rien n’y faisait, cette maudite constellation avait embrouillé mon esprit et ce probablement pour le restant de la soirée. Je ne pus m’empêcher de lever une main au ciel, comme tentant d’atteindre ce visage apaisant. Quel geste ridicule… Comme si lever mon bras allait le faire apparaître… Décidément, je ne me reconnaissais réellement plus lorsque Kamui prenait place dans mon esprit. Reposant mon bras sur le toit, bien conscient que je n’allais pas le revoir de sitôt, je me mis à contempler les gargouilles.

Qu’il pleuve ou que le soleil rayonne, ces dernières ne bougeaient donc jamais de cet endroit ? Elles étaient comme coincées à jamais dans leurs socles de pierre. Condamnées à boire et à recracher les pleurs célestes pour l’éternité, sans jamais pouvoir se révolter ou renier cette monotone existence. Dotée qui plus est d’un physique disgracieux et même monstrueux, ces pauvres gargouilles semblaient n’avoir rien pour elle finalement. Étrangement, contempler leurs dents crochues et leurs regards biscornus me fit remarquer à quel point nous n’étions pas si différent l’un de l’autre. Bien que je ne sois pas pris au piège dans un corps de pierre et que je puisse me mouvoir, moi aussi j’étais voué à accomplir les ordres reçus sans dire mot. Je n’étais ni plus ni moins qu’une gargouille aux yeux des Dieux et de Belzeneff. Pensaient-ils eux aussi que j’étais monstrueux ? Ces entités supérieures avaient probablement le même œil que nous pouvions avoir lorsque nous contemplions ces atroces créatures immobiles. C’est alors que je me demandai quel serait le premier réflexe de ces statues si un jour elles pouvaient jouir de la liberté de l’existence ? Tout ceci n’était au fond que des questions sans réelle importance puisque ces monstres de pierre n’étaient pas dotés d’intelligence, et leur seul moyen de vivre était de se laisser manipuler par un Dieu tout-puissant et particulièrement névrosé. Aucune chance qu’elles fassent elles-mêmes preuve de pareille philosophie. Quel dommage…

Fermant à nouveau les yeux, je me mis alors à écouter la nuit d’une oreille attentive. Pas un bruit ne venait perturber le calme de la nuit. Le vent venait se heurter lentement sur mon visage, lui apportant paix et sérénité. Le temps semblait s’être figé sur ce tableau nocturne. Les secondes inexistantes ne faisaient plus partie de mes sensations, et je restai là, immobile et poussant ma réflexion au-delà de l’échiquier. Mais hélas, ce silence de cathédrale vint se briser d’un seul coup par des vibrations grinçantes. Quelqu’un s’était donc décidé à me rejoindre et venait d’emprunter la grande échelle métallique, unique moyen d’atteindre le toit et d’y rester. Qui était-ce ? Savait-il que je hantais les lieux la nuit ? Il n’avait pas intérêt à s’être perdu, sans quoi j’allais être des plus désagréables et le chasser sans préavis. Mais alors que les grincements se multipliaient et que la présence se rapprochait, je pus mettre le doigt sur le mystérieux inconnu. Cette Aura à peine camouflée ne pouvait être confondue avec une quelconque autre. Une pareille puissance, confiance et bienveillance… Aucun doute. C’était lui. J’aperçus alors sa tête sortir du haut de l’échelle.

''Ainsi… Tu es finalement venu... ''

Et dans une profonde inspiration, son nom vint se poser naturellement au bout de mes lèvres.

''Kamui.''


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Kamui
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MessageSujet: Re: Entre Innocence et Gargouilles [PV Kamui] (CLOS)   Sam 28 Mai - 3:19

Plaqué contre l'un des murs du couloir, le souffle erratique, j'essayais tant bien que mal de calmer les battements de mon cœur. Le rythme effréné qui soulevait mon torse s'accompagnait d'une respiration rapide et hachée. Collé à la paroi du renfoncement qu'offrait une alcôve dans la pierre, je tentais de mon mieux de dissimuler ma présence. J'effaçais mon aura, me concentrant comme je pouvais pour atténuer le bruit de ma respiration. Une main vint se poser sur mes lèvres. J'étais fichu.
Retenant ma respiration décadente, ma main faisant office de barrière pour retenir tout bruit, je fermais les yeux avec force. J'étais crispé. J'entendis subitement les bruits de pas pressés qui étaient encore éloignés se rapprocher de l'endroit où j'étais.

Les sourcils froncés, je mordais ma lèvre inférieure avec inquiétude. Les pas se firent plus proches. Sans jamais m'interroger une seconde de plus, j'implorais la pitié de Layca. Il ne devait pas me trouver. Ma main libre vint se crisper sur la roche glaciale contre laquelle mon dos reposait. Le bruit se fit tout proche. L'aura quelque peu dissimulée me laissait toutefois estimer la localisation de l'autre. Et subitement la marche précipitée s'arrêta. Il était juste là. A quelques pas à peine de moi. J'adressais une prière silencieuse aux cieux. L'air commençait à douloureusement me manquer. Un lourd grognement résonna dans le couloir dans lequel je me tenais. Bestial et rageur. Je sentais mes poumons brûler sous le manque d'air. Il fallait qu'il parte.. Et vite... ! Mes doigts posés sur mes lèvres se crispèrent, comme mes doigts sur la pierre. Je sentais la peau de mes doigts râper contre la roche abrupte. Je serrais un peu plus les dents. De l'air. Il me fallait de l'air. Plantant mes ongles avec force dans le mur je sentais mes dernières limites d'air atteindre un seuil plus que critique. Pourtant tout sembla s'arrêter pour moi lorsque les pas reprirent. Tout mon être se paralysa. Les yeux grands ouverts, je ressentais l'aura si proche de moi.

Soudain les pas semblèrent reprendre pour de bon, s'éloignant le long du couloir adjacent. Mes iris azures rivées sur le mur face à moi m'offraient une vue troublée. Ce fut lorsque je sentis quelques gouttes s'échouer sur ma main qui recouvrait le bas de mon visage que je compris. Soulagement intense. Mes doigts sur le mur se détendirent et mon corps tout entier glissa contre la paroi, tombant dans une position assise piteuse. Un gémissement m'échappa alors que dans un bruit étouffé je reprenais une nouvelle bouffée d'air salvatrice. Ma respiration fut quelque peu hasardeuse au début, puis je sentais mon être se calmer. Échoué ici dans ce couloir perdu de tous, j'étais comme une poupée désarticulée que l'on avait laissé ici sans plus y porter d'attention. J'observais mes mains ouvertes d'un air absent. Les égratignures qui recouvraient ma main gauche suintaient légèrement de sang. N'appréciant aucunement le contact du liquide poisseux qui séchait au bout de mes doigts, je décidais d'essuyer ce rouge carmin sur la manche immaculée de ma chemise. Le blanc pur absorba sans problème le liquide de vie. Quel gâchis.. Mais il n'était aucunement le moment de s'intéresser à ma tenue. Je me relevais dans un léger élan. Je devais partir. Rester ici serait le meilleur moyen d'être retrouvé.

Je pris le parti de suivre le couloir dans lequel je m'étais déjà engouffré. Je connaissais ces dédales de couloirs par cœur. Depuis le temps que j'arpentais cette Cité... Après quelques minutes à errer, changeant maintes de fois de direction, je finis par apercevoir la lumière de l'astre lunaire se refléter sur le marbre polis qui recouvrait le sol. Enfin... Arrivant face aux immenses baies vitrées qui menaient au balcon, je pensais enfin avoir trouvé le lieu salvateur qui m'éloignerait de mon poursuivant. L'une des portes était légèrement entrouverte, laissant entrer une brise fraîche qui soulevait le léger rideau de satin blanc. A la seule lumière de la lune, j'approchais de cette garde étendue de verre. La lueur blafarde me permettait d'observer l'ombre fugace de mon reflet sur la surface translucide. J'étais pâle. Bien plus qu'en temps normal. Un soupir m'échappa et je continuais mon rapide examen de moi-même. Désolant. Mon état n'avait rien de glorieux... En même temps, comment aurait-il pu en être autrement ? Je glissais ma main droite dans ma chevelure d'or, ébouriffant chastement quelques mèches. Je laissais glisser ma main dans mon cou, l'azur de mes prunelles toujours rivées sur mon reflet. Je suivais le chemin que parcouraient mes doigts fins sur ma peau. Et quelle ne fut pas ma surprise lorsque j'apercevais une marque trônant fièrement le long de ma gorge. Les yeux écarquillés, j'observais la marque rougeoyante qui siégeait là, s'exposant à qui le désirait. Je grinçais des dents avec énervement.

- Le sale...

Un gémissement frustré s'échappa de mes lèvres pincées. Il en était trop. Andrew se jouait de moi. Je ne pouvais décemment pas laisser les choses continuer de la sorte. Cela ne faisait pourtant pas longtemps qu'il avait pris place sur l'échiquier. Pourtant tous les troubles qu'il me causait auraient pu s'étendre sur une vie entière qu'il en aurait déjà bien trop fait. Une étincelle de rage et de désespoir vinrent animer l'azur de mon regard. Je fixais avec rage la marque d'amour qu'il m'avait aimablement laissé. Un frisson disgracieux vint parcourir ma colonne vertébrale alors que le murmure des paroles qu'il avait prononcé à ce moment là vint siffler dans mon esprit. Il aurait pu prononcer ces mots de vive voix au creux de mon oreille qu'ils n'auraient pas été plus clairs. Je secouais vivement la tête. C'en était trop. Ma main droite quitta mon cou et vint attraper la poignée de la baie vitrée que je repoussais lentement.

L'air qui vint se faufiler sur mon corps m'arracha un tremblement. La nuit était fraîche, indéniablement. J'avançais calmement vers la rampe de pierre qui délimitait le balcon. J'y posais mes avant bras, me penchant légèrement pour apprécier la vue. Le vie en contre bas avait quelque chose d'attirant... Le souffle léger du vent vint soulever quelques mèches blondes. Un faible soupir s'échappa de mes lèvres. La résignation commençait à s'emparer de moi. Que pouvais-je faire de toutes façons...? Je venais porter les doigts de ma main meurtrie à mes lèvres, les effleurant dans une caresse éphémère. Mes pensées déjà bien trop hantées par Andrew ne m'aidaient aucunement. Un autre soupir m'échappa. Qu'allais-je bien pouvoir...

Mon interrogation fut coupée par le son d'une voix. Écartant mes doigts de mes lèvres et faisant volte face, j'observais la porte vitrée sans apercevoir personne. Mais ?

« Il est inutile de se préoccuper de ça pour le moment Alvaro. Peu importe ce qu’il peut bien faire ou ne pas faire. S’il vient tant mieux, et s’il ne vient pas, tant pis. Après tout ce n’est pas moi qui vais lui courir après. Lui seul sait ce qu’il veut ou ne veut pas faire. »

Alvaro ? Mais que faisait-il ici..? Et soudainement, tout me revint en mémoire. Le dortoir... Les larmes, les étreintes... Je levais lentement mon regard vers le toit. Et son offre... Pouvais-je réellement m'autoriser à le rejoindre et me confier à lui..? Je n'en savais trop rien. Je restais plusieurs longues minutes à observer le toit. Mais finalement... Entre aller sur le toit auprès d'Alvaro et faire face à Andrew, le choix fut rapidement établit. Toutefois, la main que je vins poser sur le premier barreau métallique à ma portée fut hésitante. Cela faisait de nombreuses journées que je n'avais pas croisé la route du brun... J'étais tellement pris par la présence de l'autre blond et par cette guerre que je n'avais pas à nouveau eu l'occasion de voir mon élu. Prenant un instant de plus pour réfléchir, je m'interrogeais sur les paroles que le brun venait de prononcer auparavant. Attendait-il quelqu'un ? Peut-être n'était-il pas seul...? Pourtant je ne percevais que l'aura du scorpion de Layca perché près du ciel.

Je prenais mon courage à deux mains et agrippais de ma deuxième main le barreau glacial. Un pied puis l'autre, une main suivant l'autre. Le bruit grinçant du métal était d'un sinistre à vous couper le souffle. Dans une légère inspiration, je relâchais l'emprise que j'avais exercé sur mon aura pour me camoufler des yeux d'Andrew. Je me devais de faire savoir à Alvaro qu'il ne s'agissait de personne d'autre que moi. Pour rien au monde je n'aurai souhaité que le brun pense qu'un événement aussi fâcheux que celui qui s'était produit avec Rose il y a de ça quelques lunes se reproduise. Petit à petit, je finis par apercevoir le rebord du toit. Les tuiles ingénieusement agencées, dans un parfait alignement. Je dépassais enfin le niveau du toit, et alors que mon regard se posa sur l'étendue de tuiles sombres, j'aperçus la silhouette d'Alvaro. Sa voix s'éleva alors, soufflant pour m'accueillir à sa manière, d'un ton qui me sembla étrangement doux.

« Ainsi… Tu es finalement venu... Kamui. »

Posant un pied sur les tuiles, me hissant d'un mouvement svelte sur la hauteur, je me redressais me tenant droit face au brun. L'azur rencontra le rubis. Une fois de plus. Un léger sourire vint étirer mes lèvres alors qu'un simple mot prononcé timidement vint s'échouer dans l'écho du vent.

- Alvaro.

La brise à cette altitude me semblait d'autant plus froide qu'elle ne l'était sur les balcons. Un frisson me fit tressaillir alors que je sentais l'or de ma chevelure se soulever au gré du souffle nocturne. Décrochant mon regard du sien, je jetais un regard circulaire à l'endroit. La première chose que je pus apercevoir furent les gargouilles. Créatures qui m'avaient déjà causé de nombreux tourments. Pourtant ce soir, elles semblaient rester calme en ma présence. Ceci n'était pas pour me déplaire, loin de là. Ma main droite s'éleva doucement, venant protéger partiellement mon cou de la morsure froide de l'air. Sentant les pans de ma chemise se froisser sous les assauts du faible mistral, je levais les yeux au ciel. Cette nuit était somptueuse. Je ne sais réellement combien de temps je passais à observer l'étendue de la voie lactée, admirant avec fascination chaque lueur de cette toile d'encre de chine. Bercé par le silence, je laissais mon regard s'échouer à nouveau sur le toit avant de fermer les yeux. J'étais si tendu. Je laissais ma main retomber le long de mon corps et rouvrait à nouveau les paupières. Je lançais un regard neutre à Alvaro. Mon sourire n'était plus depuis quelques instants déjà. Comprendrait-il quel était le tourment qui ravageait mon âme ?

Un profond soupire vint franchir la barrière de mes lèvres alors que j'avançais d'un pas lent sur le toit, m'éloignant du bord que je n'avais pas encore quitté. Je détournais les yeux du brun alors que mes pas me rapprochaient de lui. Mon regard à nouveau porté vers le ciel, je m'interrogeais sans même savoir où tout ceci allait me mener. Que faire...? Ce fut sans y penser réellement que ces mots franchirent mes lèvres.

- Quelle nuit merveilleuse pour guider les âmes égarées...?

La brise se leva, emportant avec elle mes paroles. Un frisson vint faire trembler mes épaules alors que je laissais mes pensées s'envoler pour rejoindre les étoiles.

Tout du moins, j'osais l'espérer...

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Alvaro
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MessageSujet: Re: Entre Innocence et Gargouilles [PV Kamui] (CLOS)   Sam 28 Mai - 17:03

Parfois le destin s'apparentait dès lors à une longue et décadente succession d'éléments tous plus incontrôlables les uns que les autres. Frénétique danse que celle de l'existence. L'âme imperturbable aspirant au calme se voit soudainement immergée par un véritable tsunami d'incertitude et d'incompréhension. Tantôt plongée dans une toile vous berçant au creux de la nuit, tantôt jetée au fond d'un véritable nid de guêpes meurtrier. Ainsi glissait la vie le long du fleuve, ainsi se débattait l'existence dans le puits éternel de l'échiquier. Souhaiter le calme et le silence n'était que le désir fou d'un être n'ayant pas encore compris la véritable nature des piliers de ce monde. On ne pouvait rien faire d'autre que d'accepter son sort et poursuivre inlassablement cette éternité aussi fourbe qu'inévitable. Ici, il n'existait d'autre choix que d'avancer, courir aussi vite et loin que possible, sinon mourir inlassablement et perdre toute once de rationalité. Bien qu'inutile, la bataille était l'unique option qui s'offrait a nous. Un pion inerte sur l'échiquier ne fera qu'accélérer son inéluctable exécution. Il fallait mordre avant la morsure. Tel était l'injuste tracé qui attendait chacune des pièces haletantes de Belzeneff.

Allongé sous le voile nocturne et les tuiles glaciales, je contemplais d'un œil attentif l'avancée timide de celui qui se faisait appeler ''Le Guide des Âmes Perdues''. Je retrouvais finalement ces fameuses mèches blondes qui m'avaient esquivées de nombreuses nuits de pleine lune comme celle-ci. Mais quelque chose ne tournait pas rond. La tranquillité et la pureté de l'air accompagnant habituellement l'Innocence de Layca avait pris une tournure légèrement oppressante. Comme si d'un seul coup une étrange tension avait enveloppé l'ensemble du toit, la rendant palpable pour quiconque oserait s'en approcher. La venue de l'élu primordial était-elle signe de mauvais présages ? L'observation de ce dernier allait de bon train pour confirmer que quelque chose se tramait dés lors qu'ils finissait de grimper cet escalier bruyant et froid. Son teint des plus pâles trahissait une certaine frayeur. Quelques traces de sueur parlaient à sa place. Avait-il couru ? Chaque élément laissait croire à une véritable fugue dantesque. Mais qui l'élu pouvait-il bien avoir fui avec autant de véhémence ? Bien des mystères vinrent alors hanter mon esprit troublé par cette vision pittoresque de l'élu.

Sa voix semblait elle-même avoir perdu de son naturel et de sa force. L'entendre prononcer mon nom de la sorte me troubla d'autant plus. Tant de timidité, de distance. Quelque chose n'allait pas. Était-ce de la gêne éprouvée à mon égard ? Peut-être avait-il des remords d'avoir en quelques sortes délaissé l'un de ses élus tant de temps ? Après tout, ressentir de la culpabilité pour une broutille pareille n'était pas impossible. Son grand cœur le perdrait un jour. Mais quelque chose me donnait toutefois l'impression que toute cette mise en scène cachait bien plus qu'une simple timidité. Quelque chose de plus grandiloquent... Quelque chose de bien plus sombre. Et tout ceci n'était qu'une simple observation de quelque chose que Kamui ne pouvait pas camoufler : ses yeux. L'étoile qui vagabonde habituellement dans ses profondes iris d'azur s'était perdue dans le néant absolu cette nuit-là. Ce point étincelant était désormais ravagé par la les sentiments les plus noirs que l'être humain puisse connaitre. Peur...Tristesse...Déni...Colère... Et le plus épouvantable : l'abnégation. Ce sentiment d'abandon fut des plus clairs alors même que Kamui croisait mon regard. Ne s'efforçant même plus d'afficher son sourire de convenance, je savais dés lors que quelque chose ou quelqu'un avait croisé leurs destinée et avait plongé l'élu dans cet état léthargique. L'Ange aux ailes majestueuses et d'un blanc divin s'était-il vu ternis par le Diable en personne ? Qui avait bien pu affecter à ce point le Roi ? Quelle âme sordide avait pu absorber à ce point l'espoir naturel qui se dégageait de cet océan infini qui couronnait son regard ?

C'est alors que mes yeux se posèrent sur la main du jeune blond. Ces longs doigts se refermant sur son cou ne l'avaient pas quitté depuis que celui-ci avait prononcé mon nom. Alors même qu'il se perdit dans les lueurs de la nuit et que son regard délavé affrontait tant bien que mal mes rubis sanglants, il n'avait cessé de cacher cette parfaite étendue de peau de sa paume. Trop insistant pour être naturel, il allait sans dire que Kamui tentait d'éviter au mieux que je ne vois ce qu'il s'efforçait de tapir sous sa main. Qu'était-ce donc que ce malheureux secret ? Ma curiosité piquée à vif, j'analysais alors chaque détail. Quelque chose vint frapper mon attention. Cachant du mieux qu'il pouvait son autre main derrière lui, il ne put éviter que mon regard ce pose sur la manche de sa chemise : Habituellement d'un blanc immaculé et angélique, elle s'était imprégnée d'une rougeur familière. Une rougeur glauque qui embrassait le tissu et se l'appropriait, laissant une marque que l'on ne pouvait pas confondre. Cette rougeur...N'était autre que du sang. Mais d'où pouvait-il bien provenir ? Se pouvait-il que la main de Kamui ne cache rien d'autre qu'une blessure suffisamment sérieuse pour n'avoir d'autre choix que de la camoufler ? Probablement trop fier pour assumer pareille blessure, il ne souhaitait peut-être pas m'offrir de raison de m'inquiéter, bien que cela ne soit en aucun cas à l'ordre du jour. Mais une blessure ne vient jamais seule, et ma curiosité se demandait bien quelle sorte de démon avait bien pu lui infliger ceci ? Peut-être n'était-ce au fond que le triste résultat d'une énième bataille avec ce vil lézard et que la défaite trop lourde était bien trop difficile à assumer pour l'Ange de Layca.
Mais la vie démontrait à de nombreuses reprises que certaines logiques perdaient tout leur sens et arboraient au final quelque chose de bien plus dramatique. Ce qui m'avait semblé n'être qu'une malheureuse blessure de guerre s'avéra au final comporter un enjeu bien plus grand que cela. Inattentif l'espace d'un instant, la main du jeune blondin cessa de cacher le précieux mystère dévoilant ainsi l'apocalyptique contenu de ce trésor qu'il aurait mieux fallu ne jamais sortir du fond de l'océan. Son cou n'arborait ni griffure, ni coupure et encore moins de blessure infligée par une quelconque arme. Non... Ce que Kamui tentait de voiler n'était autre qu'une pitoyable marque affective des plus abjectes... Un vulgaire hématome provoqué à ne point en douter par un morceau de langue un peu trop vivace. Ce que le pathétique commun des mortels appelait sur terre un malheureux ''suçon''. Cette pratique des plus étranges et masochistes était en quelques sortes une façon moderne et légale d'appliquer son ''sceau'' à son ''élu''. Ainsi... Mon esprit trop cartésien était allé trop loin dans l'interprétation. Il n'était rien arrivé de terrible à Kamui, et son regard perdu n'était en aucun cas le fruit d'une tourmente. Ce n'était autre que la conclusion...D'une liaison. Une pitoyable amourette. L'élu primordial s'était apparemment juste permis de s'amuser un peu avec une pauvre âme perdue. Et alors même que ces mots atteignaient les profondeurs de mon inconscient, je sentis alors comme un miroir piétiné de toute part au fond de mon cœur. Un sentiment de trahison se faufilait par-delà mes veines. Je refusais de croire à ces pensées qui résonnaient en moi comme de véritables inepties... Tout ceci n'était qu'un jeu, une illusion de mon esprit. Kamui ne pouvait pas... C'était impossible.

Mais rien n'y faisait et mon être avait plongé dans un tourbillon d'incertitudes. Sans grande conviction, les mots de Kamui ne me rassurèrent en rien.

- Quelle nuit merveilleuse pour guider les âmes égarées...?

Quelle phrase des plus banales et désuètes. Son non-sens se profilait à des kilomètres à la ronde. Ce genre de phrase typiques qu'un inconnu pourrait dire à un autre pour briser la glace et continuer à parler de la pluie et du beau temps. Toutefois, mon esprit voyait rouge et j'avais décidé d'user d'ironie et de jouer le jeu.

''Oui. Il semblerait toutefois que le fameux berger se soit subitement transformé en brebis et que cette dernière aie rencontré le grand méchant loup. Du moins...Certaines Marques me laissent penser pareilles choses. ''

Ne bougeant pas de l'endroit ou j'étais allongé, je plongeais à nouveau mon regard dans l'abime noirci des cieux. Ne laissant pas le temps à l'élu primordial de rétorquer, je continuais ma tirade quelque peu agacé d'une voix déchirée et quelque peu violente.

''Alors Kamui, j'ai l'impression que l'on s'amuse bien dans le coin... La fête est déjà finie ? Que me vaut pareil regard déphasé ? Une groupie un peu trop violente ? Une jolie petite princesse aux dents acérées ? Ou mieux, une Ève motivée par Satan à croquer sans vergogne dans la Pomme la mieux placée dans cet arbre maudit ? Rien ne sert de te cacher, le sceau démoniaque est bien trop grand et visible. Voila pourquoi je ne t'ai donc pas croisé pendant tout ce temps. L'Ange de Layca était bien trop occupé à d'autres tâches... Dire que j'ai osé penser l'espace d'un instant que de véritables soucis avaient motivé ta venue en ces lieux. Mais finalement, ce n'était qu'une petite ballade pour prendre l'air n'est-ce pas ? ''

Reprenant mon souffle, je détournais un peu plus encore mon regard de Kamui. Comme voulant fuir le traitre, je ne m'autorisais même plus à le regarder en face. Mes accusations reprirent de plus belle motivées par une brulure au sein de mon cœur qui se faisait de plus en plus forte.

''Ne perds donc pas plus de temps, et annonce la véritable raison de ta venue. Si tu as quelque chose à dire, dis le ici et maintenant . Mais si je ne suis finalement qu'un reposoir, alors tu peux t'en aller. Je n'ai que faire des donzelles te faisant transpirer et prendre la fuite. ''

Mais malgré ma colère motivée par je ne sais quelle énergie pulsionnelle, je ne pus m'empêcher de retourner mon visage et vérifier par moi-même si oui ou non mes accusations étaient réellement fondées. Je ne pouvais croire à pareil scénario et mon esprit se bornait à chercher le moindre signe qui puisse confirmer mon tort. C'est alors que certains éléments me revinrent à l'esprit. Au cours de ces dernières semaines, de nombreuses rumeurs s'élevèrent ici et là dans la forteresse. Il était question alors d'un véritable démon encapuchonné ayant juré de poursuivre sa ''Princesse Blonde''. Il semait crainte et questionnements partout où il se dirigeait, mais jamais personne ne l'avait réellement affronté. Je n'avais dès lors pas fait plus attention à ces discours de basse populace, mais quelque chose vint heurter ma pensée et me disait que tout ceci avait un lien étroit avec Kamui. Comme un éclat spirituel. Je repris la parole d'un ton un peu plus suave et calme.

''Hmm...Toutefois, s'il s'avère que je me méprends sur les accusations, et que cette histoire ne concerne en rien des thématiques aussi niaises et naïves, alors je veux bien entendre ce que tu as à dire. Ma fougue m'a quelque peu aveuglé l'espace d'un instant mais ma mémoire me rappela certains éléments essentiels. Les rumeurs vont bon train quant à un impitoyable étranger quelque peu perturbé et hantant nos murs dans le seul et unique but de poursuivre quelqu'un. Je crains que cela ne te concerne Kamui et je crains que ce que tu essaies de me cacher ici et maintenant n'aie au final un lien proche ou lointain avec ces histoires. Si quelque chose ou quelqu'un te tracasse, il est temps pour toi de le partager ici et maintenant. Et vu ta pâleur, tu ferais mieux de venir t'allonger un instant mais bien évidemment, tu es libre de tes agissements.''

Et m'écartant quelque peu pour laisser plus de place à l'élu, je laissais Kamui libre de son destin et de ses options. Mais je n'en restais pas moins curieux d'en savoir plus sur cette étrange absence de l'élu primordial... Que me caches-tu Kamui...? Mes paroles laissaient transparaitre une certaine neutralité, mais mon cœur était d'ores et déjà rongé par la curiosité et quelque part... Par une certaine inquiétude.
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MessageSujet: Re: Entre Innocence et Gargouilles [PV Kamui] (CLOS)   Dim 29 Mai - 2:42

Confession. Un mot qui peut regorger de tant de significations... Il est la meilleure cachette qui soit. Voilant un secret enfantin qui ne peut faire aucun mal. Ou alors sceller le plus désobligent des mystères. Pour se confesser, il y a plusieurs solutions.

La plus connue, d'un point de vue culturel et religieux. Aller avouer ses pêchers à la haute instance qu'est l'Église. Mais quel sens cela pouvait-il avoir dans un monde comme celui dans lequel nous étions ? Les seules divinités aptes à nous offrir le pardon n'étaient-elles pas entretenues par des affaires bien plus inconcevables et d'une gravité qui dépassait de loin l'entendement des Hommes ? Alors si l'on ne pouvait pas se confier à Layca ou Oppse, que pouvions-nous faire ?
Certains tiennent des journaux intimes. La plume délie les langues. Étaler sur des pages entières tous les tourments qui hantent nos âmes. L'encre intarissable permet aux plus poètes d'évacuer tous les maux qui rongent leur esprit. Combien de carnets furent noircit par les mots de ces êtres ? Pour de simples paroles. Une simple contrariété. Peut-être était-ce ici la façon la plus simple de se vider la tête ?
D'autres cherchaient plutôt à extérioriser en se défoulant. Pieds et poings, cris et sanglots. Tout pouvait devenir un bon prétexte pour faire redescendre la pression.
Pourtant la forme de confession la plus rependue et la plus utilisée n'était autre que celle où l'on venait se confier à quelqu'un. Cela pouvait être un inconnu quand l'information était trop dégradante. Ou encore une banale connaissance, qui subira quelques minutes le forfait d'une longue litanie plaignante. Mais qui de mieux pour se confier qu'une personne de confiance ? Ces personnes si rares que l'on peut probablement les compter sur les doigts de la main. Non, pas ces faux amis qui vous sourient lorsqu'ils vous disent bonjour mais ne s'inquiètent pas de votre état de santé. Ces personnes qui d'un sourire vous saluent et qui, quand par politesse vous les interrogez sur eux, profitent de l'occasion pour déballer leurs inepties. Ces personnes là seraient-elles simplement capables de voir les larmes couler sur votre visage...? Et si elles les voyaient, ne prendraient-elles pas la fuite ? Les êtres chers à qui l'on peut se confier sont rares. Mais ces êtres là doivent être chéris et remerciés. Car que peut-on faire de plus que d'offrir notre reconnaissance éternelle à une personne apte à panser nos plaies ? Ces personnes qui observent vos larmes avec le cœur brisé. Qui dans un silence rassurant vous prennent dans leurs bras pour vous réconforter. Ces personnes là méritaient amplement d'être sanctifiées... Pourtant...

Néanmoins, parfois, il fallait faire face à l'incompréhension. Lorsque se confier finit par rimer avec erreur, quels étaient les choix offerts à notre disposition ? Lorsque les vérités énoncées n'étaient pas sensées effleurer les oreilles de ces êtres. Lorsque ces personnes chères étaient incapables de supporter le poids de ces mots. Que pouvait-on faire ? Quels étaient nos possibilités...?

Aussi loin que ma mémoire se rappelle... Aucune possibilité n'existe.

La toile céleste qui se dressait devant moi aurait pu m'arracher un sourire fasciné. En temps normal, combien aurais-je apprécié ce spectacle. Pourtant à cet instant là, mon âme était envahie par une telle noirceur que rien n'aurait pu me rendre ma gaité habituelle. Mes lèvres prononcèrent sans que je ne m'en rende réellement compte ces quelques mots. Aucune expression n'était lisible sur mon faciès. Au fond de moi je savais que tout ceci ne finirait que par me mener à ma perte. Il ne suffirait que des quelques paroles pour que mon âme se brise. Je tentais d'occulter tant de choses de ma conscience qu'à cet instant, j'étais arrivé au point de non retour. Il me fallait absolument gouter au calme et à la quiétude d'un instant de silence. Je connaissais Alvaro pour son mutisme rassurant. Cet homme en rien n'appréciait les discussions facétieuses. C'était donc un peu rassuré que je m'étais avancé sur les tuiles. Lui au moins ne m'offrirait pas un jugement outrageux...

Mais les mots qui vinrent résonner dans cette nuit silencieuse eurent raison de moi. Alors que les premières paroles d'Alvaro s'élevaient tranchants et moqueuses, je posais un regard choqué sur sa silhouette allongée. Qu'était-il donc en train d'insinuer...?

« Oui. Il semblerait toutefois que le fameux berger se soit subitement transformé en brebis et que cette dernière aie rencontré le grand méchant loup. Du moins...Certaines Marques me laissent penser pareilles choses. »

Certaines marques...? Je réalisais subitement que mon cou découvert n'était effectivement pas caché du regard inquisiteur du brun. Je vins poser mes doigts sur ma gorge, effleurant du bout des doigts la marque rougeâtre. Pourquoi disait-il ceci...? Je sentais mon cœur se resserrer alors qu'une accusation plus franche vint m'attaquer sans vergogne. Sa voix avait pris un ton brutal et énervé que je ne lui avais jamais entendu lorsqu'il s'adressait à moi. Ma vision de brouilla de larmes alors que ses paroles me percutèrent avec violence.

« Alors Kamui, j'ai l'impression que l'on s'amuse bien dans le coin... La fête est déjà finie ? Que me vaut pareil regard déphasé ? Une groupie un peu trop violente ? Une jolie petite princesse aux dents acérées ? Ou mieux, une Eve motivée par Satan à croquer sans vergogne dans la Pomme la mieux placé dans cet arbre maudit ? Rien ne sert de te cacher, le sceau démoniaque est bien trop grand et visible. Voila pourquoi je ne t'ai donc pas croisé pendant tout ce temps. L'Ange de Layca était bien trop occupé à d'autres taches... Dire que j'ai osé penser l'espace d'un instant que de véritables soucis avaient motivés ta venue en ces lieux. Mais finalement, ce n'était qu'une petite ballade pour prendre l'air n'est-ce pas ? »

Était-il réellement en train de me comparer à une catin...? Ses paroles débordaient d'une haine mal contenue. Il crachait un venin que je n'avais aucunement mérité. Piqué à vif par le dard impitoyable d'Alvaro, je sentais mon souffle se saccader. Mes doigts dans mon cou se crispèrent sur la marque maudite qui m'avait mené jusqu'ici, jusqu'à ce purgatoire léonin. L'impression d'avoir été souillé augmentait peu à peu au fond de mon être. Le dégoût s'empara petit à petit de chaque parcelle de mon corps. Ses paroles étaient toutes emplies d'une telle véracité. J'étais l'Innoncence salie de Layca. Sentant ma respiration s'accélérer, un vent de panique souffla en moi. Qu'avais-je bien pu faire ? Étais-je seulement digne du titre qui m'était attribué...? Comment pouvais-je être le chef de tous ces Hommes alors que j'étais assez faible pour être abusé...?

L'océan de mon regard se liquéfia en de nombreuses perles d'eau. Les gouttes commencèrent à glisser le long de mes joues glacées par l'air nocturne. Les yeux rivés en direction du brun, j'étais tout bonnement incapable de fixer mon regard sur un élément quelconque du décor. Mes doigts sur ma gorge caressaient distraitement la marque. Symbole du vice et du pêcher dont j'avais été l'objet. Mais rapidement, ce qui n'était qu'une innocente caresse se transforma en un mouvement plus saccadé. La pression que la chair de mes doigts exerçaient sur la peau tendre de mon cou devint subrepticement douloureuse. Les paroles du brun résonnaient en un écho lugubre dans ma tête.

J'étais indigne de tout ceci.

Un ongle puis deux. Et ce fut finalement toute la main. Dans un geste précis et régulier, je venais labourer la peau de mon cou de griffures. Faire disparaître cette marque. Tout ceci devait être effacé. Je sentais la brûlure de ma chaire mise à vif. Délicieuse souffrance au goût si amer. Le liquide poisseux qui quelques minutes plus tôt m'écœurait tant sembla reprendre son cours en une langoureuse caresse le long de ma gorge. Lave incandescente qui léchait chaque parcelle de mon épiderme. Je sentais le liquide chaud se répandre lentement le long de mes doigts. Oui, cette trace ignoble devait disparaître. C'en était trop. Trop pour mon corps meurtri. Subir pareil traitement de la part d'un homme n'était pas tolérable. Je n'avais pas fait tout ceci pour être sciemment piétiné par le premier venu. Alvaro avait tellement raison. Lui seul n'avait aucunement attenté à ma pudeur et à ma dignité. Il devait donc être celui qui délivrerait les paroles les plus sensées. Je me devais d'écouter son discours. Ses paroles ne pouvaient être que les plus justes.

Les larmes mêlées au sang coulaient dans une valse gracieuse le long de ma chair. Ballet enfiévré. Quel serait donc le liquide qui dévorerait le plus de mon être...? J'osais espérer qu'il s'agirait du plus noir. Je venais planter mes ongles avec rage dans la peau douloureusement malmenée. Je retenais un geignement alors que je tentais de focaliser à nouveau mon attention sur le brun.

Ce n'était pas l'air pur que j'étais venu chercher en ces lieux. Mais les conseils d'un ami. Cependant...

« Ne perds donc pas plus de temps, et annonce la véritable raison de ta venue. Si tu as quelque chose à dire, dis le ici et maintenant . Mais si je ne suis finalement qu'un reposoir, alors tu peux t'en aller. Je n'ai que faire des donzelles te faisant transpirer et prendre la fuite. »

Mes doigts arrêtèrent leur manège infernal. Mes prunelles bleutées se tarirent à l'entente de ces mots. Il avait tellement raison. Pourquoi étais-je venu ici pour l'importuner...? Toutefois, le détail qui vint porter le coup de grâce à mon cœur bafoué fut son regard qui se détourna définitivement de moi. Étais-je donc si sale pour qu'il se détourne ainsi de moi...? Ses paroles étaient imprégnées d'un poison mortel qui dans sa course lente et lascive finit par brûler l'essence même de mes espoirs. J'étais une poupée de chiffon trop souvent utilisée. J'avais essuyé tant d'affres et été si longuement piétiné que personne ne daignerait à nouveau prendre ma main et m'aider. Mes doigts posés sur la plaie sanguinolente, je posais un dernier regard sur Alvaro.

C'en était trop...

Silencieusement, je faisais demi tour, vers l'échelle par laquelle j'avais rejoint ce lieu. Tous mes espoirs de pouvoir trouver un abri auprès du brun s'étaient subitement volatilisé. Quelle idiotie avait bien pu m'habiter en croyant qu'il aurait le moindre intérêt pour mes propos... Il était un être généreux qui m'avait tendu la main. Et en me présentant ainsi, j'avais pris à ses yeux l'image d'un souillon. D'une traînée trop de fois possédée. L'axiome proféré par Alvaro n'était-il pas finalement une réalité coercitive ?

Les paroles que le brun prononça par la suite d'une voix subitement radoucie m'arrachèrent un sourire parjuré. Venir près de lui pour lui faire part de mes misérables chroniques...? Se riait-il donc avec plaisir de mon statut...? Avais-je mérité pareil traitement ? Qu'y avait-il donc de plaisant dans le fait d'humilier encore et encore ceux qui avaient déjà effleuré le fond ? Toute la candeur et la gentillesse de ses propos sonnèrent à mes oreilles comme le plus ineffable masque de l'ironie. Quel agrément pouvait-on tirer de tant de sarcasme..?

Mais finalement. N'était-ce pas le traitement que je méritais ?

Un rire léger vint agiter mes épaules. Mais à mesure que l'air quittait mes poumons, ce rire se transforma en une mélodie démoniaque. Gorgé d'un fourvoiement non négligeable, je riais à gorge déployée. Aucune trace de gaité n'était décelable dans cette allégorie du Diable. La folie avait-elle eu raison de moi ? Je ne pouvais y croire. L'étau insupportable qui étreignait mon cœur sans vergogne était le signe indéniable que j'étais pleinement conscient de mes faits et gestes. Le rire démentiel s'essouffla en même temps que l'air eu de plus en plus de mal à pénétrer dans mes poumons. Je retenais un sanglot de justesse. Non, je ne devais pas. Pleurer serait la pire des humiliations. Comment pouvais-je m'apitoyer sur mon propre sort ? Destin sinistre que je semblais avoir mérité...?

Une profonde inspiration. Puis deux. Je calmais ma respiration frénétique. Un léger soupir fataliste s'échappa de mes lèvres. Je fermais les yeux un instant. Je devais me détendre. Je ne devais pas laisser aller ainsi mes émotions. Décontractant mes membres un à un, ma main ensanglantée vint quitter l'antre humide et chaud qu'était devenue ma gorge exposée. Mes doigts filèrent le long de mon torse marquant le tissu blanc d'une trainée carmine effrayante. Ma main ballante le long de mon corps, je sentais le flot régulier et léger du sang couler dans mon cou et imprégner ma chemise. Un frisson désagréable s'empara de moi.

Je n'avais que ce que je méritais.

Un nouveau rire léger s'éleva, exempt de toute émotion. D'une voix placide et méconnaissable je soufflais faiblement.

- Pardonne l'intrusion que j'ai pu faire dans ton domaine, Alvaro. Je ne t'importunerai désormais plus de ma présence, sois en assuré...

Tournant légèrement la tête pour lancer un dernier regard au brun, j'eus un sourire dénué de vie. Je levais fébrilement ma main ensanglantée dans un signe d'au revoir... Ou peut-être bien d'Adieu...?

- Peut-être nos routes se recroiseront-elles, Alvaro Matthew Crescent. Tout ceci ne dépend désormais plus que de toi...

Mon sourire se fana alors que je levais mon regard sur l'immensité scintillante qui me faisait face. Je murmurais faiblement, avant de fermer les yeux.

- Quelle nuit merveilleuse pour guider les âmes égarées...

_________________

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MessageSujet: Re: Entre Innocence et Gargouilles [PV Kamui] (CLOS)   Lun 30 Mai - 21:45

C'est alors que tout s'était soudainement mit à s'accélérer avec violence. L'une de ses nombreuses cascades tumultueuses de la vie qui vous laissent sans voix et vous démontre à quel point vous ne contrôlez jamais rien. Ce n'était pas la première fois depuis que j'avais atterri ici, mais l'effet n'en restait pas moins toujours aussi surprenant. J'assistais à nouveau à une démonstration du potentiel humain à toujours nous surprendre et nous forcer à remettre en question nos acquis. La logique voulait que mes attentes quant à la réaction de Kamui puissent se résumer simplement en une réponse à mes accusations, ou tout simplement une explication. M'expliquer le pourquoi et le comment tout simplement. Mais à ce moment précis, mon esprit avait commis une erreur flagrante...Une erreur insoupçonnée mais qui allait pourtant amener un véritable chaos. J'aurais pourtant du m'attendre a quelque chose d'inattendu. L'élu primordial n'avait jamais réagit comme j'aurais pu l'avoir souhaité, et n'était-ce pas au fond pour cette mystérieuse spontanéité que je me sentais autant attiré par cette personne et sa bienveillance ? Mais cette fois-ci, les choses ne s'arrêtèrent pas a un carrefour acceptable et ou un retour en arrière était chose aisée et envisageable. Cette fois-ci, j'étais allez trop loin. Mes sensations m'avaient mené sur une piste maudite, et la blessure infligée me laissait d'ores et déjà comme un arrière-gout de situation désespérante. Un arrière-gout qui se propageait lentement mais surement au fond moi, comme un liquide vénéneux glissant au delà de la cavité buccale.

Il avait fait demi-tour. Me laissant pour le moment dans le silence le plus profond et le plus agonisant. Repartir d'ou il provenait, sans dire mot. Etait-ce là tout ce qu'allait m'offrir Kamui ? Etait-ce là la seule réponse que j'allais avoir de mon élu primordial ? Un être autant divinisé allait partir sans donner la moindre explication ? Ma première pensée avait lentement viré dans le camp de la lâcheté. Partir, loin, s'enfuir. Courir et ne jamais assumer ses torts, ses péchés ou encore se refuser une quelconque défense. Ne dit-on pas que le silence et la fuite sont les meilleurs amis du coupable ? Se taire était en quelque sorte admettre l'accusation comme ne pouvant pas être réfutée. Je me refusais de croire à une telle image de lui. La même remarque ressurgissait en moi, comme le soir au dortoir et tant d'autres fois : Comment notre chef, notre modèle...Comment un être aussi noble que lui pouvait s'autoriser un pareil comportement ? Ne jamais succomber à la colère, ne jamais répondre. S'avouer vaincu d'office. N'avait-il aucun orgueil ? Aucune volonté ? Allait-il éternellement se délaisser dans les bras d'autrui et jamais accepter sa personne comme étant une priorité ?

Je me relevais délicatement, agacé par son comportement. Je voulais qu'il se défende. Je voulais sincèrement qu'il me réponde, qu'il contredise chacun de mes arguments. Au fond de moi, je ne voulais entendre qu'un seul mot : ''Inepties.'' ''Foutaises''. Mais rien. Je n'obtins rien de tout ceci. Je n'eus pas droit au Kamui gargantuesque et gladiateur, mais juste l'Innocence s'abandonnant à lui-même et me laissant dans mes opinions. Bien que refusant la triste conclusion qu'il me fallait tirer de ce comportement, je ne pouvais que croire finalement que toute ma haine verbale était purement et simplement fondée, et que refusant de l'admettre, Kamui avait préféré me trahir en prenant la fuite. Ridicule..Outrageux...

Mais son comportement étrange ne s'était pas simplement arrêté a une simple fuite. Depuis que je pouvais librement plongé mon regard sur lui, j'avais remarqué une gestuelle inhabituelle et répétitive. Alors même que Kamui me tournait le dos , cachant sa marque et ses mains, je pouvais encore remarquer ce va et vient frénétique. Un va et vient violent. Comme un geste dont l'origine prenait source dans le dégout et la haine. La cascade surprenante prit des lors tout son sens a cet instant. Ce moment précis ou j'ai alors compris ce que tramais l'élu primordial. Le moment précis ou j'avais compris que au delà de l'abandon et de la résignation, l'Ange de Layca avait décidé d'offrir a sa personne un châtiment. Alors même que je l'ignorais et me perdais en raisonnements hâtifs et paroles insensées, l'Ange avait commencé à bruler ses propres ailes. C'est alors que l'arrière-gout s'était amplifié et intensifié désormais.

La haine avait lentement fait place a quelque chose de plus chaotique. Au delà de mon incompréhension et de ma colère, j'étais désormais paniqué. Effrayé par l'ampleur de la situation et par cette succession d'élément qui ne ressemblaient guère aux habitudes de l'élu primordial. Un rire profond, ironique et effroyablement glauque vint glacer mon sang et paralyser chacun de mes doigts. Avais-je perdu le Kamui que je connaissais pour toujours...? La bienveillance et la lumière semblait avoir laissé place a une folie destructrice et sombre. Une folie qui le ravageait lentement. Le voir se consumer ainsi... Etait tout simplement insupportable.

Mes oreilles sifflaient, mes membres se refusaient a bouger. J'avais compris des lors l'urgence de la situation et le désespoir qu'affrontait Kamui a ce moment-là. Tout ceci allait bien au-delà de simples broutilles. Tout ceci allait bien au-delà d'un problème quelconque. En arriver a rejeter cette marque par la violence et le sang était le signe le plus flagrant que Kamui n'était plus lui même, et qu'un veritable cauchemar le dévorait de l'intérieur. Il n'était plus question de bien ou de mal désormais, mais bien de réagir. Réagir rapidement. Car il n'y'avait pas de plus terrible effroi en ce monde que de n'avoir d'autre choix que de bruler ses propres ailes pour souhaiter s'envoler. Mon cœur battait désormais la chamade et mes oreilles se refusaient d'écouter et de comprendre ce que Kamui prononçait à cet instant. Mon esprit n'était désormais centré que sur une seule chose : L'arrêter.
Mais quelque chose vint frapper mon esprit. L'élu primordial avait tourné légèrement sa tête en ma direction, et des lors un écho résonnait alors au fond de mon âme. Des mots. Un nom. Une voix éteinte...

Alvaro Matthew Crescent.

Mon nom... Telle une lame froide au milieu d'un crane, ce nom qui était le mien résonnait encore et encore. Qu'avait-il dit ? Pourquoi ? Je ne comprenais plus rien. Et cet impact ne fit que me convaincre d'autant plus de mes agissements. L'arrêter. C'était mon obsession a ce moment-là. Succombant a la hargne, j'arrachais vivement les bandelettes ornant mon bras droit et me jetait vivement sur l'Ange de Layca qui fermait désormais les yeux et levait cette main tachée de sang et ma direction. N'entendant que le battement de mon cœur, cette sensation de vide autour de moi vint se briser au moment même ou ma paume vint se renfermer la main ensanglantée encore levée. La tenant fermement, je maintenais sa main, ouverte, laissant le liquide rouge couler sur ma peau dénudée. Mon bras gauche était venu entourer le corps de Kamui et pansait d'ores et déjà la vaste et terrifiante vallée de griffures qui recouvraient son cou. Le tissu blanc composé de bandelettes virait peu a peu au rouge vif.

L'arrêter...

...Telle était mon obsession.

Je ne sais combien de temps s'était écoulé depuis que je maintenais fermement Kamui a bout de bras, mais mon esprit peu a peu délaissait sa brume d'incompréhension et ouvrait la voie a la raison et a la parole. Une parole motivée par l'inquiétude, la peur, l'effroi et cette urgente envie d'arrêter ce massacre. Je voulais que l'Ange déploie encore une fois ces majestueuses ailes blanches.

''Tais toi Kamui. Quoi que tu dises, quoi que tu aies envie de faire. Tais toi. Arrête tout ceci. Arrête tu m'entends?!''

Je serrais un peu plus mon emprise sur la main de Kamui, refusant de lui permettre toute échappatoire.Je le sentais se debattre, tentant de s'enfuir, mais rien n'y faisait etm on poignet ne faisait que se refermer davantage. L'arrêter...

''C'est ainsi que tu te défends ?! C'est ainsi que tu surmontes les obstacles ? En te pliant a chacune de mes attaques ? Ne te connais-tu donc pas suffisamment pour ne pas succomber a de pareilles mièvreries ?! Qui suis-je pour te juger Kamui ? Dis le moi ! Je ne suis rien ! Je ne suis Personne ! Absolument Personne ! ''

Serrant mon étreinte, je continuais inlassablement...L'arrêter...

''Penses-tu...Que te convaincre de tes torts t'aidera a t'en sortir...? Penses-tu que de te faire violence résoudra tes torts et tuera tes propres démons ?! Ne ressens-tu donc aucune honte de te dégouter toi même a ce point ? Penses-tu que je suis idiot ? Tes tourments vont au delà de mes pitoyables accusations. Comptes-tu tout garder pour toi éternellement ?! Vois la réalité en face Kamui ! Tu t'obstine a ne voir de toi qu'une pittoresque image, mais tu vaux bien mieux que ça ! Prouve moi que j'ai tort ! Prouve le moi ! ''


Mon poignet fermait d'autant plus le sien involontairement. Perdant toute notion de contrôle et de force, je m'agrippais a lui comme pour l'obliger a abdiquer et abandonner son tourment solitaire. L'arrêter...Une bonne fois pour toutes.

''Ne refais plus jamais ça. Ne succombe plus jamais a cette facilité. Viens, frappe moi, insulte moi, crache moi au visage, mais ne te renferme plus sur toi même. Sinon crois moi que tu n'auras plus besoin de tes propres ongles. Si toi tu n'en as rien a faire de ta propre dignité et de ta personne, il n'en est pas de même pour moi ! Je préfère t'achever moi-même que de te voir te détruire de la sorte ! ''

Et agrippant le cou de Kamui je soufflais tant bien que mal ces quelques paroles...

''Parle moi... bon sang... Espèce d'imbécile... ''


Je n'avais qu'une seule obsession...

...L'arreter...

...Qu'il cesse...

...Que le veritable Kamui revienne...
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MessageSujet: Re: Entre Innocence et Gargouilles [PV Kamui] (CLOS)   Mer 1 Juin - 21:43

Étreinte. Un mot qui pour beaucoup évoque des sentiments chaleureux et rassurants. Moments d'intimité au cours desquels vous vous permettez un élan d'affection pour un être auquel vous tenez. Combien de fois s'était-on retrouvé dans les bras chauds de ses parents après s'être blessé, ou encore contre son amant après une dispute. Quelle que fut la gravité de l'événement, on dit souvent que les gestes ont une vertu bien plus efficace que les paroles. Lorsque quelqu'un pleure, à quoi bon utiliser vainement des mots lorsque l'on peut simplement le serrer dans ses bras. Pourquoi donc s'embarrasser de mots lorsque nous avions tout à portée de main pour offrir un endroit paisible pour permettre aux âmes perdues de se reposer. Lieu de repos éternel. Certains disent qu'une fois dans les bras d'une personne chère, plus jamais ils ne veulent s'en détacher. Combien de regards tristes avons nous croisé après avoir relâché notre emprise sur un corps sanglotant ? Comportement si humain et sensible. Pourtant il ne fallait pas nier que dans certaines situations, les étreintes étaient notre pire ennemi. Vous ne souhaitez qu'une chose. Vous isoler. Récupérer votre liberté, n'être seul qu'avec votre propre conscience. Lorsque les gens trop bien intentionnés s'obstinent à vous faire parler. Lorsque vous ne désirez que vous complaire dans le silence et que dans un élan de générosité, un être tente de vous faire parler, de vous rassurer. Mais qu'en est-il lorsque l'on ne souhaite pas être rassuré ? Pourquoi donc les êtres humains ne sont-ils pas capables d'empathie ? Pourquoi fallait-il forcer ceux qui ne le souhaitaient pas à se confier ? Pourquoi imposer sa propre volonté à ceux qui ne le désirent pas ?

Cette supposée générosité n'était-elle pas au fond la plus grande preuve de l'égoïsme de l'être humain...?

Les paupières closes, je m'abandonnais au silence de la nuit. Je sentais l'air froid me faire trembler sous ses assauts mordants. L'hémoglobine qui tendrement dévorait mon cou, imprégnant ma chemise immaculée produisait contre ma peau une sensation désagréable et glaciale. Perdu dans les pensées du vide, je savais que mes pas devaient me mener à quitter ce toit. Je n'y étais aucunement le bienvenue. Le message d'Alvaro avait été claire quand au désagrément que je pouvais causer à sa personne. Un léger souffle s'échappa de mes lèvres alors que je me décidais sans conviction à avancer vers l'échelle. Elle était à quelques pas à peine. Je n'aurai pas à faire subir plus longtemps l'affront de ma présence au brun. Comme déconnecté de la réalité, le silence nocturne n'était plus à mes oreilles qu'un bourdonnement régulier... Ou peut-être était-ce simplement le fait que mes sens commençaient petit à petit à perdre de leur efficacité..? Ne dit-on pas que lorsque l'on est confronté au désespoir, tout semble dysfonctionner en soi ? De nos sens les plus innés jusqu'à la réflexion...? Toutefois, il me fallait partir. J'avais beau sembler être une coquille vide, mon esprit n'en restait pas moins alerte à la désagréable sensation qui habitait Alvaro. Mon don, loin de se taire me faisait ressentir ses émotions de façon décuplée, comme si elles essayaient de combler le vide qui subitement avait pris place au creux de ma poitrine. Ironie du sort que de ressentir le dégoût que l'on fait soi-même éprouver à autrui...

La main que j'avais levé en un simple signe d'au revoir à destination du brun amorça lentement sa descente pour revenir au contact de mon flanc. Cependant, il semblait que quelque chose ait empêché mon membre de se mouvoir comme je l'aurais souhaité. Je tournais faiblement la tête en direction de ma main droite et voyais une main fermement agrippée à la base de celle-ci. La peau blanche qui resserrait ses doigts fermes contre mon poignet était d'une teinte diaphane. Lentement souillée par le sang qui coulait de long de ma main, je vis les gouttelettes se répandre le long de l'avant bras...

Mais que...?

Un bras puissant vint enserrer mes épaules, une étoffe chaude venant fermement faire pression sur la blessure que je m'étais infligé. J'ouvrais grand les yeux, l'azur marqué d'une étincelle de pure incompréhension. Que se passait-il...?

Mais tout sembla s'éclairer lorsque vivement une chaleur se fit sentir dans mon dos. Tournant un peu plus la tête, je croisais deux pierres scintillantes d'un rubis enflammé. Alvaro...? Je ne comprenais plus. Pourtant mes sens semblaient petit à petit reprendre leurs aises alors que je percevais une faible douleur au niveau de ma main. Une voix s'éleva, imprégnée d'une vague de sentiments qui vinrent se répercuter en moi d'une violence inouïe. Mon don exacerbé par l'absence d'émotion que j'éprouvais s'évertuait à catalyser toutes les émotions qui provenaient de l'être qui de façon maladroite désirait étreindre ma personne. Peine. Terreur. J'étais subitement enseveli par un flot d'émotions qui n'étaient pas les miennes. Tout ceci était si puissant. Je commençais à frissonner. Je me sentais comme intrus dans mon propre corps. Une plainte étouffée s'échappa de mes lèvres. Je devais fuir. Fuir vite.

La tête toujours tournée vers le brun dans mon dos, j'essayais de souffler quelques mots pour qu'il me relâche. Mais avant même qu'un seul son ai pu se former pour sortir de ma gorge, je l'entendais s'énerver d'une voix concernée et brûlante d'inquiétude. Je sentais un sentiment malsain s'insinuer dans mes veines.

« Tais toi Kamui. Quoi que tu dises, quoi que tu aies envie de faire. Tais toi. Arrête tout ceci. Arrête tu m'entends?! »

La surprise vint se mêler au flot de peur qui s'abattait sur mon être frêle. Je sentais un long frisson remonter le long de ma colonne vertébrale. J'avais l'impression d'être sous le joug d'une maladie horrible. Oppressé par une force surnaturelle qui dépassait de loin les capacités de mon corps. Je n'étais physiquement pas assez puissant pour pouvoir endosser pareille charge d'émotions. Comme si l'on essayait de me déchirer de l'intérieur, une vague nauséeuse s'empara de moi. Un geignement pitoyable s'échappa de mes lèvres alors que je tentais de me débattre de toutes mes forces. Mais la poigne d'Alvaro sur mon poignet s'accentua alors que je sentais l'étoffe imprégnée de l'odeur d'Alvaro m'entourer alors qu'elle accroissait sa pression sur mon cou.

J'écoutais ses paroles avec le sentiment que j'allais m'évanouir. Il fallait qu'il me lâche. Absolument. Ses mots faisaient écho dans ma tête alors qu'aucune autre pensée que la liberté et le mal être. Arrêtant toute action pour me débattre, je me sentais faible. Fébrile, je sentais mes jambes perdre de leur force, alors que je venais poser ma main libre sur mon visage. J'avais le cœur au bord des lèvres. Me sentant rapidement chavirer, je me laissais aller contre le torse d'Alvaro sans même m'en rendre compte. Je laissais mes épaules tremblantes reposer contre le corps du plus grand. Ses propos sonnaient à mes oreilles comme des pics dénués de sens. Je ne comprenais décemment pas un traitre mot de ses paroles tant ma tête me faisait mal. Je sentais la sueur perler sur mon front alors que la détermination d'Alvaro semblait croître de pair avec le ton de sa voix.

Ses doigts se resserraient violemment sur mon poignet, m'octroyant une douleur insupportable. J'étais tellement perdu. Ma vision brouillée, mon souffle haletant, je me sentais sur le point de m'évanouir. Toutes les émotions qui traversaient mon corps étaient intolérable. Insupportables. Loin de s'apaiser avec son discours, Alvaro ressentait des sentiments si vifs et poignants que je sentais mon être tout entier se tordre sous l'impact de ceux-ci. Je tentais désespérément de me replier sur moi-même. Je voulais me rouler en boule pour faire taire cette douleur. Me protéger de tout ceci. J'étais si affaiblit que tout mon être semblait ployer sous la pression émotionnelle du brun. Je savais que quand j'étais amoindri par ma condition physique et mental, mon psyché relâchait ses limites et me rendait incapable de tout contrôle. Je faisais pourtant de mon mieux pour ne pas que les barrières de mon esprit ne se baissent. Mais à cet instant, quiconque aurait su user d'un don mental aurait pu sonder mon esprit jusqu'au moindre recoin. Je n'étais que trop heureux que Rose ne soit pas en ces lieux.

Ce fut les derniers sentiments que je pus percevoir d'Alvaro qui finirent de m'achever. Son bras qui se resserrait sur mon cou. Mon poignet douloureusement retenu par sa main. La douleur lancinante qui me broyait la main était atroce. Mais ce sentiment. Ce sentiment vint tout écraser. L'affection. Un sentiment si fort qu'il vint effacer tous les autres. Tout l'attachement qu'il ressentait pour moi, je le ressentais d'une façon si décuplée qu'un gémissement s'échappa de mes lèvres. C'était trop. Trop pour ma tête. Elle allait exploser.

Ce sentiment se déclinait sous tant de facettes. Le manque, l'intérêt, l'inquiétude, et... L'am...

Je n'eus pas le temps de mener à terme ma réflexion. Un cri clair et étouffé s'éleva sans que je ne le souhaite pas. La plainte aurait pu être celle d'une demoiselle tant ma voix fut aigüe à cet instant. J'étais à bout. Je sentais que mon poignet allait se briser sous ses doigts. Que mon âme et mon corps étaient sur le point d'éclater en mille morceaux. Trop. Trop de sentiments. C'était trop.

- Tu me fais mal !

Mes doigts sur mes lèvres se crispèrent alors que d'un coup sec j'essayais de défaire ma main captive pour la porter à ma gorge. Mais rien à faire. La prise était si ferme. Le tissu dans mon cou me donnait une impression poisseuse, la chaleur de son torse dans mon dos me rendait fou. Je sentais une fièvre perfide parcourir chaque goutte de mon sang dans mes veines. Je serrais les dents avec forces, sentant mes genoux céder. Les bras d'Alvaro ne lâchèrent pas leur prise, me retenant fermement. J'allais...

Un sanglot déchirant m'échappa alors que ma voix pris une intonation désespérée.

- L-lâche-moi !!

Sentant la prise toujours aussi forte, je ne pus retenir plus longtemps le mal être qui rongeait mon corps. Ma respiration se coupa alors que m'inclinant brutalement vers l'avant, je forçais Alvaro à en faire de même, mût par la force du désespoir. Ma main libre vint agripper fermement le bras bandé d'Alvaro qui appliquait le tissu dans mon cou.

J'allais..

La bile vint me brûler la gorge alors que dans une plainte écœurante je sentais le liquide acide s'échapper de mes lèvres. Que pouvait bien rejeter mon estomac vide ? Cette simple idée vint effleurer mon esprit alors que tous les canaux de mon subconscients se fermèrent, rejetant toutes potentielles émotions que ressentait Alvaro. Le silence se fit dans ma tête alors que le liquide brûlant m'arrachait la gorge, se répandant sur les tuiles.

Je ne sais combien de temps ce petit manège dura. Mais un moment vint où mon estomac sembla déclarer forfait. Comment était-il possible que tant de sucs gastriques puissent...? Je n'osais pas finir ma réflexion, la simple idée de repenser à ce qui venait à peine de se passer me rendant à nouveau nauséeux.

Mon souffle pantelant, les yeux fermés avec force, les larmes s'échappant de mes paupières closes, je sentais un froid immense prendre possession de mon corps. La sueur perlait le long de mon cou, glissant en une caresse livide et froide le long de mon dos. J'étais si mal. Je me sentais brûlant et pourtant, le froid s'accaparait mon être d'une façon si désagréable. J'étais blême. Mais...

Ma tête était si vide... Si vide...

Un dernier gémissement s'échappa de ma gorge meurtrie. Je détachais mes doigts du bras d'Alvaro où j'avais très probablement planté mes ongles, et je vins essuyer mes lèvres d'un revers de manche disgracieux.

Si vide... et pourtant si douloureuse...

_________________

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MessageSujet: Re: Entre Innocence et Gargouilles [PV Kamui] (CLOS)   Jeu 2 Juin - 2:10

Les battements déchirants de nos deux cœurs brisaient cet épouvantable silence regorgeant d’amertume et de désespoir. Toujours emprisonné dans cette éprouvante armure angoissante, je ne cessais de maintenir fermement le doux poignet fragile du jeune blond au teint pâle comme neige. Ce mélange de larmes, sangs et sueur laissaient planer une épouvantable exhalaison morbide à en faire dépérir les plus thanatophobes. Cet ouragan impitoyable ne me laissait aucun répit, comprimant mes poumons à m’en couper le souffle. Attendant qu’il réagisse comme la rédemption pour un condamné à mort, le temps ne m’épargnait pas et ma libération se voyait toujours plus retardée. Pas un traitre mot, pas un simple geste. Peu à peu, je sentis que l’être vivant que je tenais d’un poing ferme et que j’enlaçais avec vigueur se laissait inlassablement chuter vers son propre abandon. Son énergie l’avait progressivement quitté, et d’un geste lent, sans vie ni volonté, Kamui vint se perdre contre mon torse crispé. Son corps froid et transpirant fit frissonner l’ensemble de mes membres. Cet être pourtant si chaleureux et vivant autrefois n’était donc plus qu’une âme perdue et chavirant dans les méandres de la tristesse… Ses multiples sourires, ses bons conseils et ses gestes attentionnés s’étaient perdus dans l’ombre de la passivité, rongés par le cauchemar et la résignation. Le temps s’était désormais métamorphosé en véritable assassin, tuant instant après instant et grain après grain tout espoir et tout souffle de vie. Au fil de cette glissade insaisissable et mortelle, mes sentiments perdaient tout contrôle et devenaient plus fous qu’une tempête. Cette accablante angoisse qui venait me prendre au cou et brider mon oxygène ne faisait que me rendre d’autant plus fragile et hélas bien moins efficace que ma volonté profonde ait pu souhaiter. Mais mes bras refusaient de lâcher prise. Alors même que le teint livide de l’élu primordial ne présageait rien de bon, mes membres se refusaient de le libérer.

Etait-ce un comportement égoïste ? Voulais-je réellement le tirer de ce vaste gouffre ou n’étais-ce au fond qu’un rejet de ma part de cette possibilité de ne jamais revoir cet être si spécial ? Le voir dans cet état, affalé contre moi, tremblant de tout son corps, ses lèvres confinées au mutisme ne me rassurait guère, mais plus que tout me déchirait profondément. Je ne pourrais définir avec exactitude ce que je ressentais, ni même quelles étaient mes réelles intentions. Mon esprit tout entier s’était concentré en une seule obsession, rassemblant mon organisme tout entier en une seule et unique volonté. Agir pour qu’il revienne. Offrant à mes bras toute la force dont je puisse disposer pour que jamais il ne puisse s’enfuir et se perdre dans l’obscurité. Pour que jamais plus il…

…Ne me quitte….

J’avais toutefois compris, à son manque flagrant de réaction, que mes mots n’avaient pas été entendus et encore moins compris. Comme une brise qui ne ferait qu’effleurer à peine l’immensité du ciel, mes efforts s’étaient avéré des plus inutiles. Pire, j’avais cette désagréable sensation que mes agissements ne faisaient qu’accélérer indéniablement cette odieuse chute aux enfers. Mes mots s’écrasaient dans le puits de l’ignorance et de l’inefficacité, et mes bras pourtant solides étaient bien plus étouffants que salvateurs. Le terrible paradoxe de l’être inspiré par St-Martin qui finissait pourtant par n’être qu’un vulgaire et effroyable imitateur de Ponce Pilate. Le malheureux avocat finissant par céder son suspect aux décombres de la culpabilité. Mais que faire ? L’abandonner ici, le laissant s’effondrer sur les tuiles gelées et tranchantes comme un corps inerte ? Il était hors de question pour moi que cela se produise. Il est vrai que jamais je n’avais émis la moindre volonté d’aider autrui et que si les doigts devaient pointer le plus lâche et le moins altruiste d’entre nous, j’allais très certainement être la cible inévitable. Arrogant, narcissique, impitoyable, froid. Les vérités sanglantes pleuvaient sans cesse sur ma personne, ne me laissant jamais un seul instant de répit. L’être humain avait cette capacité de rapidement savoir qui pouvait être considéré comme le mouton noir du pâturage. Qui n’a jamais entendu parler du fameux vilain petit canard, rejeté par tous les merveilleux cygnes blancs et majestueux ? N’avions-nous pas au sein de cet échiquier une version tout à fait valable de cet affreux conte ? Le vilain petit Alvaro, abjecte petit canard solitaire n’ayant jamais rien fait pour qu’on le considère comme un cygne à part entière… Il était tout à fait crédible de croire à ces palabres entachant mon identité et mon orgueil, mais pour ce qui était de l’Innocence de Layca, les logiques intrinsèques reliées à mon comportement perdaient tout leur sens. De maintes fois je m’étais rendu compte désormais que de côtoyer cet Ange pur éveillait en moi des sentiments longtemps taris au fond d’un désert inconscient dont l’accès avait été scellé avant même que je ne trouve le moyen de les exprimer par moi-même. Bridé à la naissance, tout n’était que haine, dégoût et désir individualiste. Mais lorsque Kamui approchait, que cela soit lors de nos nombreuses rencontres alors même que je n’étais encore qu’un vulgaire pion, ou plus récemment les événements méconnus de tous ayant pris place dans ce silencieux et mystérieux dortoir m’avaient démontré que même le plus laid des cannetons pouvait aspirer un jour à blanchir ses ailes cramoisies. Et tout ceci justifiait cette volonté de lui venir en aide. Cette volonté de maintenir sa flamme vive et ardente afin de me permettre de m’émanciper davantage et de pouvoir aspirer à vivre à nouveau de précieux instants en sa bienfaisante compagnie.

Mais l’heure n’était guère aux bons sentiments et aux constats frôlant la niaiserie. Il me fallait me contenter pour le moment de réagir. Maintenir un contact avec Kamui, l’empêcher de tomber et tout simplement ne pas l’abandonner. Je ne pouvais pas le laisser à son sort, pas dans cet état. Il n’était même plus question de sentiments, ni même de ce qui allait m’attendre. Probablement même que Kamui n’allait jamais plus me considérer comme digne de lui. J’avais osé levé mon dard trop impertinent contre lui, et rien ne me garantissais que jamais plus il n’allait bien vouloir m’offrir l’un de ses sourire qui savaient faire bondir mes entrailles. Perdu dans cette intarissable cascade d’émotions, je ne me rendais probablement pas compte à ce moment-là qu’une rupture irrécupérable venait de me séparer pour l’éternité de celui que je considérais dès lors comme le premier être humain pour qui je pouvais éprouver de l’empathie et de la compassion. Il y allait très certainement y avoir un avant et un après cette soirée. Quiconque connaitrait cette histoire pourrait dire que jamais plus les choses n’allaient être comme avant. Les dés étaient jetés.

Et cette criante vérité semblait prendre tout son sens dès lors que mon ouïe alerte me forçait à transcrire les frêles paroles du jeune blond. Comme un coup de poing s’abattant sur un miroir et le brisant éternellement apportant malheur et désarroi, ses paroles nouèrent d’un seul coup mon estomac.

- Tu me fais mal !

Quoi de plus limpide et transparent qu’une pareille accusation prouvant en quelques mots mes craintes les plus fondées ? Ma bonne volonté s’était bel et bien retournée contre moi, ne faisant de moi qu’un bourreau ne pouvant infliger que douleur et damnation. Tel un disciple maudit de Lucifer, j’étais voué à brûler à vif tout ce que je pourrais toucher. Un ange déchu qui jamais ne pourrait espérer siéger aux côtés du Saint aux ailes pures. Mes bras n’étaient finalement rien d’autre qu’une chaîne détestable. Une chaîne que je me refusais de détruire malgré tout…

- L-lâche-moi !!

Tel le glas annonçant l’entrée d’une nouvelle âme dans le royaume d’Hadès, mon cœur sanglant s’émietta ne laissant plus qu’une poussière emportant avec elle toutes mes émotions. Sa réaction tant attendue ne m’avait apporté qu’un plus profond désarroi. Criant du peu de forces qu’il pouvait lui rester, Kamui avait cherché à obtenir coûte que coûte sa précieuse liberté. Il n’était plus question ici de se débattre physiquement. Tout s’était désormais résumé à un ultime cri de désespoir, probablement alimenté par le dégoût. Oui, ce désir que je le laisse à son sort ne pouvait être nourri que par un noir désir d’être seul et de me fuir. J’étais donc allé trop loin, et l’Ange purificateur avait ordonné le Jugement Dernier de son claquement de doigt final. L’abandon sans équivoque. Il avait décidé de me laisser seul. Comme les autres. Bien malgré moi, le vilain petit canard se retrouvait à nouveau abandonné au bord du fleuve ou nageaient paisiblement ses frères émancipés. J’avais failli à mon devoir, et j’avais définitivement perdu toute chance de rester près de lui. Tout était clair… Je ne pouvais me tromper.

Je le dégoutais.

Et ce profond dégoût à mon égard vint symboliquement se réunir au fin fond d’une bile ardente se déversant sur le sol congelé alors même que mes bras paralysés n’avaient cessé de tenir cette âme meurtrie prisonnière. Le liquide s’écoulant de la bouche de Kamui ne m’apportait qu’un sentiment de pitié et de culpabilité. Se repliant comme il pouvait, et s’agrippant à moi de toutes ses maigres forces, j’étais le témoin dévasté d’une expression des plus pures de ce dégout. Vomissant probablement toute la haine qu’il pouvait dès lors éprouvé en imaginant mon visage et mes paroles. Tout était clair dès à présent dans mon esprit déphasé et déconnecté de la réalité…

Je le dégoutais…

Je le voyais se décomposer seconde après seconde. Son corps déjà affaibli sévissait d’autant plus les conséquences désastreuses de ce rejet acide. Ne bougeant plus, je restais là, accrochant encore et toujours le blond tremblant et noyés par des sueurs froides. Son poing toujours serré sur mon bras, nous restions là, sans bouger. Me rappelant sans cesse ses dernières paroles et constatant avec effroi son état. Jamais je n’avais pu voir Kamui souffrir de la sorte et succomber à pareille faiblesse. Et ma culpabilité grandissante faisait vibrer en moi des paroles malsaines. ‘’Tout est de ta faute…’’ ‘’Tu ne mérites pas ta place’’ ‘’Tu me dégoutes, Alvaro…’’. La douce voix de Kamui s’était transformée en un râle démoniaque et accusateur au plus profond de mon subconscient et je sombrais peu à peu dans une tristesse déconcertante. Cette réalité implacable ne cessait de revenir me hanter.

Je le dégoutais…….

Mais au-delà de cette tristesse, alors même que je plongeais tant bien que mal mes rubis éteints au fond de son cou, une profonde pensée ressurgit en moi. Il n’avait plus de vie. Il ne voulait plus de moi et son seul corps ne le maintenait même plus debout. Cette image des plus insupportables ne pouvait plus durer. Quand bien même j’avais pu provoquer tout ceci et proclamé ma propre mise à mort, je ne pouvais pas laisser les choses se dérouler ainsi. Mon cœur éparpillé ne pouvait cesser de brûler. Il était bien trop spécial, bien trop unique pour que j’abandonne. Pour que je le laisse là. Alors même que d’un geste fébrile l’élu primordial essuyais du mieux qu’il pouvait ses lèvres entachées par sa propre libération, je l’obligeai à se retourner pour qu’il puisse me faire face. Affrontant ses saphirs délavés, j’avais décidé de tout donner et d’en payer le prix s’il le fallait. Je me devais de réagir, et ce quelle qu’en soit le prix.

Je le dégoutais. Mais je suis désormais déterminé.

Le retenant fermement par les épaules, je contemplais ses lèvres dénuées de toute volonté de vivre et de joie. Ayant probablement perdu tout contact avec la réalité, Kamui semblait ailleurs, luttant probablement avec le peu de forces qu’il pouvait bien lui rester. Comme aux frontières de la conscience, je réalisai dès lors que bien que nos deux regards se croisent, Kamui ne me percevait plus réellement, perdu dans la brume de sa faiblesse physique. Peu importait ce que j’allais bien pouvoir faire, Kamui ne réagirait probablement plus, et ne me permettrait plus d’entendre le moindre mot de sa part. Les battements de mon cœur accéléraient leur cadence dès lors que mon esprit se perdit dans une volonté ardente. Une volonté de lui réinsuffler la vie. Une volonté me consumant avec violence de lui offrir une quelconque énergie. Une volonté brûlante de retrouver de la joie dans ses yeux et sa bouche. Une volonté agonisante de chasser ce dégout malgré le châtiment ultérieur…

‘’Kamui… Bien que tu ne m’entendes probablement plus, et que ton corps et ton âme ne t’autorise la moindre réaction, je voulais que tu saches que… Bien que ma misérable personne ne puisse que te dégouter au point de déverser ta colère sur les tuiles de ce toit, je ne peux rien faire de plus que de te démontrer que je ne suis pas un être aussi abjecte que tu pourrais le penser. Et par-dessus tout, j’imagine que si tu te voyais dans un pareil état, tu t’en sentiras gêné, et probablement honteux. Mais ce que je tiens réellement à te dire c’est que… Même si je suis voué à n’être qu’un objet de dégoût à tes yeux… ‘’

Une profonde inspiration vint libérer mes poumons fatigués. Je continuais fébrilement mon monologue.

‘’Jamais tu ne m’as dégouté, tu ne me dégoutes, et ne me dégouteras… Et même si tu ne te souviendras probablement pas de tout ceci, et que tu n’auras peut-être plus envie de croiser ma route demain lorsque tu auras récupérer tes forces, je tenais à t’offrir cette preuve que jamais je n’ai souhaité que tu m’abandonnes, et que je ne souhaite qu’une chose. ‘’

Approchant mon visage de celui du jeune blond, mes lèvres s’écartant peu à peu n’étaient plus bien loin de la bouche parfaite de l’élu primordial. Par-delà toute notion de dégout, par-delà toute pensée négative, j’embrassais désormais calmement ses lèvres, faisant abstraction de tout, ne voulant que transmettre toute l’ampleur de ma réelle volonté, et prouver, peut être uniquement à moi-même à cet instant précis, que j’allais me battre pour lui. Que jamais je ne céderai et que le serment que je fis ce matin-là conduirait chacun de mes agissements. Peut-être n’était-ce qu’une expression de mon angoisse. Peut-être n’était-ce qu’un geste prenant son origine dans mon incapacité à le faire réagir. Mais quoiqu’il en soit, je voulais démontrer l’importance que Kamui avait à mes yeux, et que malgré tout ce qu’il allait pouvoir penser lorsqu'il reprendrais pleinement connaissance, je continuais de le trouver merveilleux malgré tout. Ce baiser avait une saveur des plus intenses et réveillait en moi toutes sortes d’émotions.

‘’Je souhaite que jamais plus tu n’en arrives à ce point. Et que par ce geste inhabituel de ma part je te prouve, bien que jamais tu ne puisses te souvenir de tout ceci, que je veux rester à tes côtés. Pour toujours. Et ce, que ton coeur ne porte que de la haine à mon égard ou non...’’

N’attendant aucune réaction, et gardant mon sérieux le plus total, je concentrai toutes mes forces pour porter l’élu primordial dans mes bras. Tel un enfant endormi ou une jeune mariée, je m’étais décidé à lui permettre un repos bien mérité en le portant à bout de bras. Mais bien qu’il ne soit pas des plus lourds et des plus grands, descendre par l’escalier allait s’avérer une tâche plus ardue que prévue. Réfléchissant à la façon la plus efficace et sûre d’atteindre le dortoir, je restais là quelques instants à contempler le ciel, un Ange meurtrit se reposant tant bien que mal au creux de mes bras.
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MessageSujet: Re: Entre Innocence et Gargouilles [PV Kamui] (CLOS)   Jeu 2 Juin - 4:01

Silence. Mélodie luxueuse. Pause durant laquelle l'esprit pouvait enfin respirer. Ne dit-on pas que le sommeil n'est réparateur que dans le plus religieux des silences ? Ce court moment où aucun bruit ne vient perturber vos sens. Il est souvent qualifié comme apaisant... Valeur culturelle qui permet aux Hommes de trouver la sérénité, le calme. D'autres toutefois trouvent que le silence est la pire des horreurs qui fut créée en ce bas monde. Oppressant, vil. Il était vrai que lorsque le mutisme s'emparait d'un être que l'on chérit lorsque l'on a le plus besoin d'entendre ses paroles rassurantes, ou ne serai-ce que son avis... Que pouvions-nous faire que de craindre la potentielle réaction qui viendrait nous cueillir par surprise ? Le silence peut être vecteur de nombreux sentiments. Mais il reste toutefois souvent attaché à l'idée de repos. Cet apaisement qui s'empare de nous après un vacarme tumultueux qui nous a fait bourdonner les oreilles... Le silence s'apparentait souvent au vide... Mais le vide, n'était-ce pas le degré supérieur au silence ? Car là où il n'y aurait pas de bruit, il n'y aurait finalement rien du tout. Lieu aseptisé où nulle âme ne pouvait vivre. L'on pourrait parler d'objets inertes... Mais quels étaient donc leur intérêt ? L'Homme n'avait-il pas été conçu dans le but de communiquer ? Il est pourtant si évident que tout Homme seul finissait indéniablement par rencontrer la démence... Paradoxe complexe qui s'élevait ici. Comment peut-on trouver la paix à la fois dans le silence, mais aussi auprès d'êtres avec lesquels nous pouvons et devons communiquer de vive voix...? Quelle était donc la limite intrinsèque qui séparait le silence rassurant de l'implacable sensation de vide ?

Et puis... Fallait-il forcément parler pour prouver à ce que l'on aime que l'on est là ?

J'avais pourtant l'impression qu'à ce moment là, Alvaro n'aurait eu besoin d'aucun mot de plus que ses mains sur moi pour me rassurer. Le silence qui s'élevait dans mon esprit était si doux.. Comme l'édredon si chaud que l'on aime récupérer les soirs d'hiver pour s'y blottir confortablement. Mais au-delà de ce silence, la chaleur que m'apportait Alvaro était indéniablement la plus sécurisante.

Pourtant je ne pouvais me sentir tranquillisé... Mes doigts sur mes lèvres brûlantes me rappelaient indéniablement cet événement honteux qui venait de s'abattre sur moi. Je me sentais incontestablement fiévreux. L'azur de mon regard n'arrivait à fixer qu'un point dans le vague. J'étais si absorbé par le silence harmonieux qui régnait subitement dans ma tête que plus rien n'aurait pu avoir de sens. En dehors des bras d'Alvaro fermement resserrés sur mon être, je ne percevais rien. Si ce n'était la douleur âpre de ma gorge brûlée. Les perles d'eau qui coulaient le long de mon visage, sang, sueur et larmes... Tout ceci semblait subitement si désuet. J'étais encore tiraillé par tout ceci...

Mais le calme passager fut happé par la réminiscence de la douleur qui perdurait quelques instants plus tôt. Mes yeux se fermèrent rapidement alors que je serrais les dents. Tout mon corps se crispa en même temps que la douleur foudroyante vint s'abattre dans ma tête. Comme si l'on m'avait disséqué le crâne sans anesthésie, je me sentais vidé de mes forces. J'étais purement incapable de tenir sur mes jambes, et ce n'était que grâce à la poigne d'Alvaro que je persistais à rester dans une position digne.

Pourtant...

Pourtant, mes yeux se fermèrent lentement. Mes paupières lourdes... Les battements de mon cœur se répétaient en un écho infernal dans ma tête. Mais j'étais si épuisé... Et cette chaleur étouffante qui rongeait mon être. Ma main tremblante remonta à mon front, et du bout des mes doigts glacé je percevais la peau brûlante et humide. Quelle idiotie... Du repos...

Ce fut cependant un mouvement brusque qui me fit rouvrir les yeux. Tout dans ma tête vacillait. La douleur insoutenable et poignante me fit lâcher une faible plainte. J'étais dans un tel état d'épuisement que même le simple fait de respirer me prenait toute mon énergie. Je sentis faiblement les bandages dans mon cou se délier, les bandelettes dans un doux ballet dévalant singulièrement le long de mon torse avant de s'échouer probablement à mes pieds... Je n'en savais rien... Ce voile blanc devant mes yeux qui s'opacifiait avec les secondes me fit comprendre que tout ceci était trop pour mon faible corps. J'allais probablement perdre conscience...

Le noir... Le silence...

Je sentais la poigne d'Alvaro contre mon corps fragile. Sa chaleur près de moi...

Et ce mal de tête obnubilant qui décemment m'empêchait d'obtenir le repos que je méritais... Les paupières closes, le bourdonnement sinistre du silence s'élevait autour de moi. Mais dans cette absence de bruit diffuse, j'entendis soudain l'écho lointain d'une voix suave et ronronnant à mes oreilles. Cette voix... C'était celle du brun... Sa poigne était ferme contre mes maigres épaules. Et ses paroles... Le timbre de sa voix était doux.. Apaisant et... Tremblant...

La mélodie de ses mots s'échouait sur la plage vide de mon âme. Ressac rassurant des vagues un soir d'été. Pourtant...

Ses paroles semblaient si empruntes de désespoir... Je voulais ouvrir les yeux... Je voulais comprendre pourquoi si subitement mon élu parlait ainsi... Pourquoi discutait-il de dégoût ? Je voulais l'interrompre... Lui faire savoir que...

Son souffle vibrant vint rencontrer mes lèvres entrouvertes. Alvaro était décidément l'homme le plus théât...

Une douce chaleur. Un contact léger. Papillon innocent qui vient chastement se déposer sur votre peau pour s'enfuir en un battement d'ailes. Je luttais... Luttais pour ouvrir mes yeux... Pour comprendre..

Les yeux mi-clos, je percevais le visage tout proche du brun. Que..? Il... M'embrassait...? Ma tête tournait, je sentais un incendie ardent s'élever dans tout mon corps...

Maudite fièvre. Je fronçais imperceptiblement les sourcils, laissant la lourdeur de mes paupières gagner à nouveau le combat que je tentais de mener pour garder les yeux ouverts... Mais que faire lorsque les forces vous manquent... Mais... Je brûlais littéralement... Une pensée pour Andrew fit son apparition dans mon esprit, aussitôt balayée par l'imposant silence... Toute ceci n'avait rien à voir... Il n'y avait pas ce désir incandescent de plus... C'était aussi bref qu'une brise fugace au printemps. Et sans chercher à obtenir plus, la sensuelle caresse cessa... Ce fut la voix tendre et concernée d'Alvaro qui me fit savoir que je n'étais pas encore passé du côté des inconscients... Et ses mots... Je comprenais soudain le sens de ce geste...

Il ne cherchait pas les mêmes fins qu'Andrew... Il ne voulait pas... S'approprier mon être... Je me demandais alors... Était-il donc coutume récente que de démontrer son attachement à quelqu'un de la sorte...? Comme un parent qui dépose un baiser sur les lèvres de son enfant pour le rassurer... Alvaro cherchait-il à... Me montrer son affection...? Cette promesse d'allégeance et de protection... Le brun solitaire aurait-il enfin su accorder des sentiments à autre que lui...? Je savais depuis ce matin au dortoir qu'il tenait un tant soit peu à moi... Et ce geste, bien que gênant à mon âge avait pour moi quelque chose d'adorable.

Me considérait-il donc comme un être de sa propre famille...? Avait-il enfin touché à la fibre sensible..? Celle qui faisait que je m'évertuais incessamment à toujours vouloir le meilleur de mes camarades...?

La pression sur mes épaules se relâcha. Je croyais tomber... Mais un bras sous mes genoux et l'autre dans mon dos vinrent me maintenir loin du sol. Puis subitement... Une chaleur rassurante... Et un bruit régulier...

Le silence n'était plus...

Le cœur qui battait vivement contre mon oreille... Cette tiédeur qui enveloppait mon corps glacé... Ma tête reposait fébrilement contre l'épaule du brun, j'étais en sécurité...

J'entrouvris lentement les yeux, l'azur se posant sur le noir d'albâtre de la tenue d'Alvaro. Relevant doucement la tête j'apercevais la mine préoccupée du brun qui semblait fixer le ciel avec intérêt. Un souffle léger s'échappa de mes lèvres je prononçais, ma voix éteinte.

- Merci Alvaro...

Je levais ma main droite, tremblante et froide, et vint caresser du bout des doigts le contour du visage baissé vers le mien. Sa peau brûlait la mienne... Mais j'étais rassuré. Le rubis se posa sur l'azur, et avec un léger sourire, je finissais pas clore mes paupières, laissant échapper ces quelques mots dans un dernier souffle.

- … Et pardonne-moi...

Ma main sur sa joue retomba lentement contre moi. Dans un dernier effort, je vins la poser contre son torse, cherchant par ce geste à mieux prendre contact avec la chaleur irradiant du brun. J'avais si froid... Si froid...

Et le silence se fit...

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Alvaro
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MessageSujet: Re: Entre Innocence et Gargouilles [PV Kamui] (CLOS)   Jeu 2 Juin - 16:51

Une légère brise vint caresser mon visage, emportant avec elle quelques mèches rebelles. Le ciel obscur me paraissait désormais d’autant plus majestueux qu’auparavant. Comme si le spectacle de mille feux avait pris un tout autre sens. Mon regard posé vers les étoiles n’était plus le même. C’était comme si, d’un seul coup, j’étais devenu un autre Homme. Comme si mon âme guidée par une fraicheur nouvelle venait d’embrasser chaleureusement des sensations jamais ressenties auparavant. Cette sensation de liberté qui me parcourrait dès lors était comparable à celle d’un vieux trésor dont le verrou rouillé par les décennies viendrait de sauter libérant son contenu secret caché depuis des millénaires. Sentant un léger battement de cœur au creux de mon torse, une légère respiration transperçait le silence de la nuit. Posant mon regard sur l’Ange que je portais à bout de bras, je pus apercevoir ces merveilleux iris d’azur s’entrouvrir aux faibles lueurs nocturnes. Nos deux regards se croisèrent dans une douceur inexplicable. Un sourire spontané vint couronner mes lèvres, non mécontent de constater que l’élu primordial pouvait encore ouvrir ses yeux sur ce monde et se maintenir conscient. Rapprochant son visage du mien, celui-ci murmura faiblement quelques mots tout en laissant fébrilement glisser ses doigts sur mon visage soulagé.

- Merci Alvaro.. Et pardonne-moi...

Et alors que ces dignes mots prirent fin, sa main droite s’effondra paisiblement, finissant sa lente glissade contre mon torse. Je le sentis trembler avec vigueur. Avait-il froid ? Epris par le doute, je préférai m’assurer que ces frissons cessent en serrant un peu plus mon étreinte. Ces mots me plongèrent dans une vaste réflexion. Pourquoi me remerciait-il… ? Et plus que tout, que devais-je lui pardonner ? Me sentant coupable depuis le début, tout ceci me semblait presque absurde… N’était-ce pas à moi de me faire pardonner ? N’était-ce pas moi l’être dégoutant devant se racheter à tout prix ? Je n’y comprenais plus rien… Plongeant mon regard perdu sur ce petit être grelotant, je cherchais l’étrange signification de tout ceci. Qu’avait-il voulu dire… ?

Mais de légers gémissements vinrent m’extirper de ma longue réflexion. Le visage pâle de Kamui ne démontrait désormais plus qu’une certaine douleur. Que lui arrivait-il ? De fines gouttelettes de sueurs parsemaient son front consumé. Une grimace inhabituelle ponctuait désormais ces traits parfaits. Comme pris dans un mauvais rêve, Kamui commençait à se tordre légèrement au creux de mon torse, ne cessant plus ces râles douloureux. Posant ma main sur son front pour tenter de le calmer, je compris dés lors ce qui lui arrivait. Son front était aussi brûlant que l’enfer. Kamui souffrait d’une montée de fièvre des plus terribles provoquant sans aucun doute tous ces frissons et ces gigotements. Le sang qu’il avait perdu était suffisant pour ne pas prendre sa blessure à la légère, et affaibli comme il l’était, il lui fallait un repos immédiat sous peine de tomber dans l’urgence et peut-être même la mort… Une mort dans le feu de la fièvre et la douleur était indigne de l’Elu Primordial. Il me fallait donc réagir, et trouver le moyen de le descendre du toit rapidement… Mais comment ?

Il nous fallait descendre l’échelle pour atteindre les dortoirs. Mais cette échelle criarde ne pouvait être descendue avec quelqu’un dans les bras. Il me fallait pouvoir tenir Kamui et me soutenir moi-même aux barreaux d’acier. Ne voyant hélas d’autre options, je n’eus d’autre choix que de maintenir l’Innocence dans une posture bien moins princière.

‘’Excuse-moi d’atteindre ainsi ta haute dignité Kamui, mais je n’ai d’autre choix si je veux t’épargner tes souffrances…’’

Plaçant l’élu sur mon épaule droite, je le maintenais fermement. Sa légèreté et sa petite taille étaient bienvenues et me facilitaient grandement la tâche. Ses remous fiévreux semblant s’être quelque peu calmés, je profitais de sa momentanée tranquillité pour amorcer ma descente. Doucement et sûrement, je descends chacune des étapes grinçantes. Ce bruit d’une horreur sans nom ne faisait qu’amplifier mon sentiment d’agir rapidement et de sortir Kamui de là. Son repos se devait d’être immédiat.

‘’Tiens bon Kamui…’’

Les ultimes marches n’étaient plus bien loin, et dès lors que je posai mon pied sur le sol, je replaçai délicatement l’Ange de Layca dans la chaleur de mes bras résolus. Il me fallait faire vite… Marchant aussi vite que je pouvais en tentant de garder le jeune blond aussi confortablement que possible, j’écoutais attentivement les faibles battements de son cœur. Presque inaudibles, mais toujours là. Il était encore vivant, mais lui restait-il encore de longues minutes à vivre ? Je ne pouvais pas le laisser mourir. Pas là, dans mes bras. Passant couloir après couloir, je m’approchais des dortoirs, lorsqu’un détail vint frapper mon esprit. Le brouhaha qui en ressortait me fit réaliser qu’en pleine nuit, ces lieux étaient peuplés par les habitants de la forteresse. Or bien que ma priorité soit de permettre à l’élu de guérir et de se reposer, son piteux état nous obligeait à jouer la carte de la discrétion. Il me fallait trouver un autre endroit, plus calme et tout aussi reposant… Un lit… Ou diable pouvais-je allonger cet Ange mourant dans cette maudite forteresse ? Me posant dans un coin sombre d’un couloir, je pus intercepter la conversation deux jeunes laycaistes méconnus. Ceux-ci parlaient de médicaments et de blessures qu’il fallait soigner à…

…L’infirmerie.

Mais bien sûr ! Comment avais-je pu oublier pareil endroit ? Non seulement Kamui allait pouvoir se reposer, mais j’allais aussi être en mesure de lui administrer les soins minimums nécessaires à son entière guérison. Partant dans la direction contraire aux jeunes gens, je traversais couloir après couloir en donnant à mes jambes toute le force nécessaire. Mais quelque chose freina ma course. Un râle étrange… Des pas lourds et déterminés… Quelle sorte de créature pouvait bien provoquer pareil boucan dans des couloirs aussi vastes ? J’étais comme pris au piège, car celui-ci se dirigeait en ma direction d’un pas affirmé, et l’infirmerie ne pouvait être atteinte qu’au-delà de cette longue allée. Kamui ne devait pas être vu. Personne ne devait remarquer que notre chef suprême gisait fiévreusement au creux de mes bras. Sa faiblesse ne devait être qu’un secret entre nous et personne d’autre. Mais…

La bête s’approchait. Inévitablement.

Je sentis le cœur de Kamui s’accélérer, comme si lui aussi pouvait ressentir cette oppressante présence qui s’avançait en notre direction. Il commença à geindre fortement à nouveau. Comme pris au piège dans un terrible cauchemar angoissant, il ne cessait plus de gémir avec force. Pareil bruit allait forcément dévoiler son identité. Il me fallait trouver un moyen de le cacher et vite, mais ce râle suffoquant se faisait de plus en plus assourdissant au fur et à mesure des pas vif, et il ne me restait hélas plus beaucoup de temps pour réagir. Je ne pouvais fuir, pas aussi près de notre but, mais je me devais de trouver un moyen de cacher Kamui quelque part le temps d’esquiver l’étrange personnage qui rongeait le parquet le faisant crier de ces pieds bestiaux. Telle une véritable bête féroce, ces gémissements puissants se rapprochaient inexorablement. Scrutant chaque recoin du couloir qui, par chance ne jouissait d’aucune lumière le plongeant dans une bénite obscurité, je cherchais tant bien que mal une cachette ou quelque chose qui me permettrait de dissimuler cet Ange des yeux du Démon approchant. Mais ce couloir ne possédait aucun détour. Une véritable ligne rectiligne forçant cette rencontre inexorable. La fièvre montante de Kamui le plongèrent dans un délire de plus en plus suffoquant et ses gémissements de douleur puisaient toute l’oxygène dont il pouvait disposer. Cédant quelque peu à la panique, mon esprit bouillonnait, cherchant l’issue. J’expiais mon agacement à voix basse.

‘’Merde ! Qui qu’il puisse être, je dois le cacher. Il le faut. Vite… Trouve Alvaro, dépêche-toi...’’

Ne trouvant de solution, mon front laissait perler quelques gouttes de sueur. Puis soudain… Mon sang se glaça subitement. Au bout du couloir, une ombre démoniaque se profilait. Il était là. Le temps se faisait court. Le sablier n’allait pas tarder à se vider.

…Vite…

Mais soudain, mon désespoir se vit récompenser. Mon pied buta sur un objet. Un objet salvateur.

Une immense cape noire jonchait le sol, probablement perdue par un quelconque guerrier de Layca trop pressé. Quelle chance… Qui plus est, à en juger la taille de la cape, le guerrier était bien plus grand que moi. Je n’attendis pas une seconde de plus et j’emmitouflais rapidement le corps ardent et frissonnant de l’Ange endormi. Personne n’allait pouvoir le reconnaître dans ce couloir sombre. Continuant de gémir, je commençai ma longue marche me dirigeant vers l’ombre grandissante en posant ma main sur sa bouche tremblante. L’empêchant de prononcer quoi que ce soit, je le condamnais au silence. Et bien que son état aie fortement fait faiblir son aura, je décidai de libérer ma propre Aura à son potentiel maximum, tentant de camoufler tant bien que mal celle de l’être qui m’était cher.

Un léger rugissement vint faire vibrer les murs de cet immense couloir. M’ayant probablement remarqué, l’étrange personne imposante accéléra le pas. Nous n’étions plus très loin l’une de l’autre. Il n’était plus qu’une question de seconde, et je pus dés lors ressentir sa propre aura. Une aura des plus maléfiques et vicieuse. Une aura qui bien malgré moi firent trembler mes membres, leur imposant une chair de poule hideuse. Cette personne n’était pas comme les autres. Elle me semblait bien plus dangereuse… Et bestiale. Une véritable créature démoniaque. Un véritable Démon. Ce Démon… Il me fallait le tenir éloigné de cet Ange assoupi. Coute que coute.

Mon cœur se mit à battre avec férocité, dès lors que je pus apercevoir les traits de cet immonde personnage. Son aura m’infligeait une véritable vague de haine et de colère. Une véritable bête assoiffée de sang croisait dès lors ma route. Tenant fermement Kamui contre moi, caché sous sa cape, je priais pour que mon plan fonctionne. Ma main se resserrait davantage contre ses douces lèvres, le prohibant toute expression qui l’aurait dès lors vendu. Et dans un silence de monastère…

…Les yeux du Scorpion et du Démon s’affrontèrent avec violence.

Emmitouflé dans une capuche rouge, l’inconnu laissait ressortir sa langue baveuse tel un véritable chien enragé. Ses yeux bleus étaient dignes de Satan et ne laissaient transparaitre aucune pitié. Sans la moindre parole, mes rubis tenaient tête à son regard infernal. Il ne s’était écoulé qu’une seule seconde, mais au fond de moi je sentis au creux de cette bataille de regards que j’allais le revoir. J’étais persuadé que nos deux destins étaient liés. Et bien malgré moi, une profonde haine ressurgit au fond de mon cœur. Une volonté malsaine régnait dès lors que je vis cette néfaste créature aux cheveux blonds perlant sous sa capuche d’un rouge ensanglanté. Une volonté morbide. Je ne savais encore pourquoi, mais j’étais déjà convaincu qu’un jour ou l’autre, ma rapière finirait par lui trancher la gorge. Était-ce ceci que l’on appelait une rencontre prédestinée ? Je ne sais ce qu’il cherchait, mais n’arrêtant pas sa course et semblant n’avoir pas remarqué que je tenais un corps fragile sous une cape, je compris dès lors que je n’étais pas l’objet de ce désir malsain qui hantait ses rugissements et sa course impatiente. Il s’en alla d’un pas vif, me laissant Kamui et moi seuls au fond de ce couloir. Plus rien n’allait désormais me retenir d’offrir à cet Ange son repos tant mérité.

Approchant de la porte qui nous retenait hors de l’infirmerie, je l’ouvris d’un geste vif, jetant rapidement la cape qui maintenait Kamui caché de la vue de tous. Sans attendre, je le posais sur le premier matelas, allongeant ses jambes frêles et tremblantes et posant à nouveau ma main sur son front. Sa température n’avait absolument pas baissée, et il me fallait agir vite. Cherchant à lui ôter un maximum de chaleur suffoquante, je pris la peine de poser mes doigts lentement sur le bouton qui retenait le col de sa chemise, puis je libérais son cou du tissu qui le maintenant prisonnier. Dévoilant légèrement sa peau brûlante, j’allai fermer la porte de l’infirmerie à clé. Rien ni personne n’allait venir déranger l’élu primordial dans sa guérison. Tout ceci resterait entre nous, et nous seuls.

Fouillant les tiroirs un à un, je cherchais tant bien que mal un sérum pour la fièvre. Ne sachant ou les médicaments étaient rangés, je jetais les tiroirs un à un sur le sol, continuant frénétiquement ma recherche. Tombant sur le désinfectant, je le posai sur une table non loin de là et ouvrait encore et encore chacun des tiroirs. Je mis finalement la main sur un sirop sensé calmer les fièvres les plus prenantes. Sans perdre de temps je me munissais d’une petite cuillère et versait le liquide brun et onctueux dans son récipient. Me rapprochant de Kamui, je posais ma main dénudée et encore tachée de sang sur sa bouche, l’obligeant à ingérer délicatement le médicament.

‘’Ouvre la bouche Kamui… En espérant que cela puisse calmer quelque peu ta douleur.’’

Après deux cuillèrées offertes sans grand mal, je me munissais du désinfectant et regardait d’un air attentif les plaies qui ornaient le cou de l’élu primordial. Il n y était pas allé de main morte tant son coup laissait encore perler de fines gouttes de sang retombant désormais sur le creux de son cou. Arrachant l’ensemble des bandelettes qu’il me restait, je désinfectais les plaies tout en appliquant un bandage du mieux que je pouvais.

‘Cela va piquer, mais c’est pour ton bien. Ne bouge pas…’’

Nouant le bandage autour de son cou, je posais mon regard sur le corps assoupi et tremblant. Ne souhaitant qu’une seule chose…

…Que le véritable Kamui revienne….


[Suite du Topic à l'Infirmerie]
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Entre Innocence et Gargouilles [PV Kamui] (CLOS)

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